Avec le référendum, Cameron lance la guerre civile chez les Conservateurs

On n’est jamais mieux trahi que par les siens. Ce 26 février, le premier ministre britannique David Cameron fait l’amère expérience de la vérité de cet adage. Après son ami et allié Michael Gove, secrétaire à la Justice ; après son « grand ami » mais néanmoins rival Boris Johnson, c’est son mentor, l’ancien leader du parti conservateur, Michael Howard qui bascule en faveur du Brexit. La blessure est d’autant plus vive pour Cameron que son père spirituel se permet de considérer l’accord obtenu à l’issue du sommet européen comme un « échec ». Malgré ses déclarations, le premier ministre est donc confronté à une vraie guerre civile au sein du parti Tory.

En lançant son roadshow, mardi 23 février dans l’atrium de la firme O2 à Slough, Cameron se voulait confiant. Il pérorait sur la majorité de Membres du parlement élus sous l’étiquette bleue qui le suivent en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. A ce moment-là, seuls six membres du gouvernement, dont cinq membres du cabinet, s’étaient prononcés en faveur de la sortie, suivis par environ un tiers du groupe tory à la Chambre des communes. Ce que David Cameron semble ne pas avoir pris en compte, quand il tombe la veste devant les salariés de l’opérateur de téléphonie britannique, c’est qu’il a lui-même ouvert les hostilités.

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En s’engageant à renégocier la place du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne et en essayant de faire valider cette nouvelle situation par référendum, David Cameron pensait apaiser les plus eurosceptiques de son propre parti. Ce faisant, il se donnait les moyens d’assurer un passage de relais dans les meilleures conditions à son dauphin, le chancelier George Osborne. Las, le joli scénario a grippé. Les plus durs du courant europhobes n’ont pas été convaincus. Avant même les conclusions du sommet européen, Iain Duncan-Smith, ministre du travail et des pensions ; Theresa Villiers, nostalgique de Margaret Thatcher et secrétaire pour l’Irlande du Nord ; Chris Grayling, leader de la Chambre des communes ; John Whittingdale, secrétaire à la Culture, et Priti Patel, ministre de l’Emploi avaient annoncé leur intention de faire campagne en faveur de la sortie.

Pour Cameron, ces défections n’étaient guère importantes. En revanche, il a été « choqué et blessé » quand son ami et allié fidèle, le secrétaire à la Justice Michael Gove, a annoncé, en plein sommet européen, son choix en faveur du Brexit. Gove est le parrain du plus jeune enfant du couple Cameron, c’est dire les liens étroits qui unissent les deux hommes. Le dimanche suivant, c’est Boris Johnson qui a mis fin au suspense en annonçant, à son tour, après « un questionnement atroce », son engagement en faveur de la sortie. Le maire de Londres, et candidat à la succession de Cameron à la tête des Tories, avait longtemps hésité entre les deux positions. Il s’était même imaginé une solution à double détente avec un référendum proposant la sortie suivi d’une renégociation conclue par un second référendum actant le maintien.

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C’est cette suggestion que David Cameron a taillée en pièces à la chambre des Communes lundi 22 février, sans prendre de gants. Il a même attaqué ad hominem son ancien camarade du collège d’Eton, de manière assez peu élégante. Faisant allusion à la vie maritale assez complexe de Bo Jo, le premier ministre s’est permis de trancher dans le vif : « Je connais beaucoup de couples qui ont entamé des procédures de divorce. Mais je n’en connais aucun pour qui cela se soit traduit par un renouvellement des vœux de mariage ». La saillie a provoqué des remous importants sur les backbenches conservateurs au sein desquels le bouillant maire de Londres jouit d’une popularité importante. Ce, malgré l’opportunisme sans vergogne dont Bo Jo s’est toujours montré capable.

Dans les médias, Cameron se plaint que Bo Jo, son pote, l’ait informé de sa décision de faire campagne pour la sortie par sms et neuf minutes avant de parler aux caméras, le dimanche 21 février à 10 heures, en direct devant son domicile. Il oublie juste, Dave, que Boris lui avait envoyé un courrier électronique le vendredi précédent, courrier auquel il n’avait pas jugé bon de répondre. A croire qu’il n’y a que des problèmes de télécommunication au sein du parti conservateur…

Plus sérieusement, l’attaque de Cameron trahit surtout la fébrilité des Tories partisans du maintien dans l’Union européenne. La défection de Boris Johnson affaiblit notablement sa position au sein de l’électorat conservateur et, plus encore, au sein de l’électorat flottant, qui peut se révéler sensible aux positions d’un Johnson considéré comme un peu à part, parmi les tories. Le lendemain de son attaque fielleuse, le premier ministre a immédiatement adouci le ton en parlant de son « grand ami », qui aurait « toujours un grand destin politique ». Voire même une place de choix au sein du Cabinet à l’issue du référendum, le 23 juin prochain.

Michael HowardLa déclaration de Michael Howard, au travers d’une tribune dans le Daily Telegraph, ce 26 février, a du résonner comme une gifle pour Cameron. L’actuel leader des Tories a débuté sa carrière politique comme collaborateur de celui qui était, à l’époque, Home Secretary, en 1990. Howard avait alors rejeté la perspective d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe. Aujourd’hui, évoquant « l’échec » du sommet européen, l’ex dirigeant conservateur, après avoir réaffirmé son « admiration » pour son successeur, l’assomme : « Il n’y a qu’une chose qui puisse sortir les dirigeants européens de leur suffisance : le choc provoqué par le vote britannique en faveur de la sortie ».

La Tory civil war est bel et bien déclarée. Quel que soit le camp qui l’emporte à la fin, elle laissera des cicatrices, si ce n’est pas des plaies ouvertes. Passée inaperçue de ce côté de la Manche, la démission de l’activiste conservateur Tim Montgomerie, il est vrai opposant de longue date à Cameron, constitue la première de ces plaies ouvertes.

Nathanaël Uhl

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