Après les élections générales, c’est l’heure de régler les comptes

LES ELECTIONS ONT LAISSE LA PLUPART DES PARTIS KO. Après le choc électoral, c’est donc l’heure des comptes pour les directions des principales organisations politiques britanniques.

Pour les vainqueurs l’équation est simple. Boris Johnson, confirmé Premier Ministre, va procéder à quelques changements mineurs au sein du gouvernement avant d’entamer le processus législatif menant à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Le leader tory a l’avantage d’avoir rayé de la carte toute opposition interne. Le camp du maintien n’a eu aucune chance et tous les dissidents ont été battus sèchement.

Indépendance écossaise, saison 2 – prologue

Pour l’autre vainqueur du scrutin, au nord du mur d’Hadrien, c’est la bataille pour l’indépendance qui recommence. Au nom du Parti nationaliste écossais SNP, Nicola Sturgeon a réitéré son souhait de voir un nouveau référendum organisé d’ici la fin de l’année 2020. Boris Johnson et Michael Gove ont, pour leur part, fait savoir que pour eux c’était hors de question. Selon eux, le référendum de 2014 règle la question « pour au moins une génération« , selon l’expression de David Cameron qui l’avait alors accordé. Ils balaient les arguments de la Première Ministre écossaise qui évoque le mandat « renouvelé et renforcé reçu par le SNP » (45 % en Ecosse).

Pour les tories cela signifie simplement que les indépendantistes sont minoritaires puisque 55 % des électeurs n’ont pas voté pour eux.  Quant à la perte de la moitié des élus conservateurs écossais, c’est un dommage collatéral pour Boris Johnson qui retient avant tout que ses opposant au Nord ont aussi été éliminés par le SNP.

Nicola Sturgeon refuse que les « Ecossais soient pris en otage par Westminster« . Il n’en demeure pas moins que le Scotland Act stipule que l’organisation d’un nouveau référendum doit avoir l’approbation de Londres. Le SNP étudie toutes les solutions possibles pour avoir gain de cause. Aller en justice contester le Scotland Act ? Une démission en bloc des 48 élus SNP à Westminter dans l’espoir de provoquer une crise politique ? Les nationalistes écossais n’ont pas l’intention de baisser les bras face à Boris Johnson. Une pétition exigeant la tenue d’un nouveau référendum et soutenue par le SNP a obtenu, lundi 16 décembre, plus de 485.000 signatures en ligne.

A Belfast, on prend (presque) les mêmes et on recommence

En Irlande du Nord, c’est une autre ambiance. En janvier 2020, cela fera 4 ans que l’Irlande du Nord est sans gouvernement. Les unionistes du DUP, affaiblis après les élections générales se disent à présent prêts à discuter de la constitution d’un nouveau gouvernement avec le Sinn Fein. Minoritaires, et surtout privés de moyen de pression sur les conservateurs londoniens qui disposent d’une confortable majorité, les unionistes sont confrontés au retour à la réalité. Ils espèrent peser suffisamment pour écarter durablement toute perspective de référendum aboutissant à la réunification avec la République d’Irlande.

Mais avant d’évoquer ce sujet qui fâche… Lors d’une conférence de presse le DUP et le Sinn Fein ont estimé par la voix d’Arlène Foster et de la présidente du Sinn Fein Mary Lou McDonald qu’il était nécessaire que le gouvernement central à Londres fasse « une injection de cash » pour résoudre les problèmes auxquels fait face l’Irlande du Nord, notamment dans le secteur de la santé.

Au Pays de Galles, les nationalistes de Plaid Cymru ont maintenu leurs positions, mais ce sont les tories qui ont bousculé le Labour en le privant de 7 élus. L’espoir de l’indépendance est fort mince : seuls 28% des sondés y sont favorables. Au dessus des intentions de vote pour le parti mais bien trop faible pour l’emporter.

A l’extrême-droite, on se console en se disant que UKIP et le Brexit party ont remporté la bataille idéologique dans le camp conservateur débarrassé de sa frange favorable au maintien dans l’Union européenne, mais c’est au prix de l’existence même de leurs partis, tandis que les tories leur ont refusé tout deal.

Chez les Libéraux-Démocrates, on essaie de faire bonne figure après le pari perdu d’apparaître comme le parti du maintien. On retient que le vote tactique n’a pas du tout fonctionné, les partis signataires ne sont pas parvenus à le défendre sur le terrain : ce sont les tripes qui ont parlé. Finalement, cinq ans après, le parti paie encore sa participation à une coalition avec les conservateurs qu’il pensait avoir soldée depuis quelques années. Quant à l’espoir de supplanter le Labour, il est évanoui. Ce sont les conservateurs qui ont emporté le morceau dans ce qui était autrefois le « mur rouge » au Nord du Pays.

Guerre civile au Labour, saison 438 – prologue

C’est évidemment au Labour que les couteaux sont tirés. La perte d’un cinquième de ses parlementaires (toutes tendances confondues, de l’aile gauche pro Brexit aux Blairistes) constitue un tremblement de terre. Certes, en termes de voix, la direction peut arguer d’un score similaire à celui de Tony Blair en 2005. Mais ce sont les sièges qui font cruellement défaut, renvoyant les travaillistes à leur représentation des années 30.

Il n’en fallait pas moins pour rallumer les feux d’une guerre civile que personne n’a cru terminée. Certes, le bon score du parti en 2017 (40%) avec un manifeste anti austérité, les dix millions de voix obtenues avaient alors mis sous l’éteignoir l’extrême tension qui traversait le parti. Mais les haines recuites n’attendaient qu’un signal pour s’exprimer.

John Mc Donnell, dirigeant de l’aile gauche du parti, et qui a décidé de cesser toute activité à la tête du Labour, a donné le ton pour calmer les ardeurs des uns et des autres. Le résultat des élections générales s’explique par la seule question du Brexit, axe de campagne unique des conservateurs. C’est donc l’analyse officielle de la gauche du Labour qui veut sauver un manifeste aussi radical que touffu. « C’est le Brexit qui nous coule, pas le programme« . Pour Andy McDonald (secrétaire du cabinet fantôme chargé des transports), c’est la presse et surtout la BBC qui sont coupables d’avoir sans cesse chargé Jeremy Corbyn.

Du côté de l’aile droite du parti, l’interprétation est différente. C’est, au choix, le rejet inspiré par Jeremy Corbyn ou l’image d’antisémitisme qui colle au parti qui constituent les principales causes de la défaite.

Le décrochage du parti dans les bastions du Nord, dans des circonscriptions travaillistes historiques parfois depuis un bon siècle, ne date pas d’hier. Mais cette fois, la frange de l’électorat Labour pro Brexit est passée de l’abstention massive à un basculement pour une part en faveur des conservateurs qui promettent la sortie rapide. Cela fait un bon moment que nombre d’électeurs pensent que le Labour est plus à l’écoute de Londres qu’à celle de leurs préoccupations. Le parti se retrouve cantonné dans les grandes agglomérations, et risque de se retrouver durablement dans l’opposition.

Il y a aussi le décrochage générationnel qui frappe le Labour, les électeurs les plus âgés ont massivement voté conservateur. Or, c’est la catégorie de la population qui se mobilise le plus. Les consolations sont maigres : n’avoir concédé que quelques centaines de milliers de voix aux écologistes sans qu’ils soient en mesure d’emporter d’autres sièges au delà de Brighton ? Les dissidents tous battus, notamment ceux partis chez les Libéraux-Démocrates (Umuna, Berger…).  Maigre bilan.

L’heure de la succession

Jeremy Corbyn a, dans la nuit des résultats, annoncé qu’il ne conduirait pas le parti aux prochain scrutin national. Il a souhaité une période de « réflexion collective » sur les raisons de l’échec électoral, à l’issue de laquelle il démissionnera. Les estimations évoquent une « dizaine de semaines » avant que le membre du parlement pour Islington-North ne rende son mandat. Certains de ses opposants (Alan Johnson, ou encore Jess Phillips) ont réclamé qu’il s’en aille de suite comme le veut la tradition.

Jenny Fornby, secrétaire générale du Labour party, a proposé un calendrier au comité exécutif pour régler la succession. Le processus démarrerait le 7 Janvier 2020 pour aboutir fin Mars 2020 à l’élection de la nouvelle direction (Leader et Deputy Leader).

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Lisa Nandy (By Rwendland – Own work, CC BY-SA 4.0)

A l’heure où nous écrivons trois parlementaires se sont dits intéressés par le leadership du Labour party. Lisa Nandy, parlementaire de Wigan depuis 2010, est la première à avoir fait acte de candidature. Plutôt proche de l’aile droite du parti, elle avait quitté le cabinet fantôme en 2016. Elle avait soutenu Owen Smith contre Jeremy Corbyn en 2016. Elle présente un profil plus rassembleur que l’autre prétendante déclarée, Jess Phillips. Elue de Birmingham depuis 2015, la jeune femme, célèbre pour ses coups de gueule, est une opposante de longue date à Jeremy Corbyn.

David Lammy, élu de Tottenham depuis 2000, a aussi marqué son intérêt pour le poste. Ancien candidat à la primaire travailliste pour la mairie de Londres, il incarne les minorités au sein du Labour. Il est surtout connu pour un coup d’éclat médiatique alors qu’il a comparé Jacob Rees Mogg et Boris Johnson à des « nazis« .

D’autres prétendants sont évoqués tels les Londoniens Keir Starmer, Emily Thornberry, Sadiq Khan et Dawn Butler. Yvette Cooper est également mentionnée. Pour la gauche travailliste, Angela Rayner ou Richard Burgon ont été évoqués mais ces deux derniers ont laissé filtrer leur intérêt pour le poste de Deputy Leader.

Rebecca Long Bailey (By Rwendland – Own work, CC BY-SA 4.0)

Mais les projecteurs sont braqués sur celle que la presse considère comme la prétendante la plus légitime, Rebecca Long Bailey. Adoubée par John Mc Donnell, qui l’a citée nommément après avoir affirmé qu’il est impératif que le prochain dirigeant du Labour soit une femme. Elle bénéficie de soutiens importants, de l’aile gauche du parti mais aussi des syndicats. Sa candidature a été aussitôt brocardée par l’aile droite. Ainsi, Caroline Flint (battue aux élections) estime qu’il ne faut pas changer de tête pour avoir un « Corbyn sans barbe« …

Malgré ses erreurs, l’aile gauche apparaît partie pour conserver son leadership sur le Labour. Elle a fait changer le parti en profondeur depuis l’élection de Jeremy Corbyn en 2015. Elle tient la direction (le NEC) ainsi que l’appareil du parti. C’est d’ailleurs sa principale victoire. Mais cela suffira-t-il ? Les proches de Corbyn ne manquent jamais de mettre en avant de mauvais symboles.

Ainsi, alors que les permanents ont reçu leurs lettres de licenciement après la défaite et en prévision d’une période de vaches maigres, on a appris que Seumas Milne, le conseiller spécial de Jeremy Corbyn, avait vu son contrat modifié. Pour plus de 100,000 livres par an, il ne travaille plus pour le leader (ce qui aurait entraîné son départ de facto à la démission de Corbyn) mais pour le parti…

En tout état de cause, chaque candidat devra avoir le soutien de 10 % du groupe parlementaire à Westminster. 21 élus (Le groupe au parlement Européen était inclut dans le règlement mais si le Royaume-Uni sort effectivement fin Janvier 2020 cette disposition tombera d’elle même). En outre chaque candidat devra avoir le soutien de 5 % des comités de circonscription ou 5 % des groupes affiliés au Labour (dont deux doivent obligatoirement être des syndicats).

 

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