Sévère défaite des conservateurs aux élections locales

Boris Johnson fragilisé

Maigre consolation pour le Premier Ministre Boris Johnson, il n’a pas subi une défaite aux élections locales aussi cinglante que Theresa May en 2019, où les conservateurs avaient perdu plus de 1300 élus.

Si la défaite n’est pas le cataclysme annoncé (on prédisait la perte de plus de 800 sièges, on en décompte 486), le scandale des fêtes organisées à Downing Street pendant le confinement en 2020 -le partygate- a laissé des traces. Les défaites dans certains bastions réputés imprenables vont fragiliser les conservateurs et en premier lieu le locataire du 10 Downing Street. Boris Johnson devrait tout de même rester en place, faute de mieux.

En Angleterre, le parti conservateur cède un quart des conseils locaux qu’il dirigeait. Il en détient 35 (-11 par rapport au précédent scrutin), le parti travailliste 64 (+4) les Lib Dem 16 (+5).

Les tories conservent 1042 sièges (-341), le Labour 2221 (+42), les Lib Dem 711 (+191), les écologistes 113 (+60).

Quelques défaites symboliques vont marquer le scrutin : le Labour renforce son emprise sur Londres et remporte le conseil de Westminster. Ils perdent également à Londres les conseils de Barnet et Wandsworth (la circonscription favorite de Margaret Thatcher). Ailleurs en Angleterre, les conservateurs perdent Southampton, Worcester, Wokingham. Dans le Somerset c’est une débâcle au profit des Libéraux Démocrates (qui passent de 21% à 55%).

Le Labour sous la direction de Keir Starmer ne l’emporte pas de manière décisive, il y a bien des victoires symboliques à Londres où il domine déjà largement. Au-delà de la capitale, des victoires à Barnet, Kirklees, Rossendale et Southampton. Le succès à  Cumberland permet à la direction d’espérer des jours meilleurs. La victoire du Labour est nette alors que les trois parlementaires élus en 2019 étaient élus pour les tories. Mais le parti travailliste perd Hull au profit des Lib  Dems et perd Hastings, tandis que ses majorités se fragilisent à Wolverhampton, Oldham, Salford et Coventry.

Dans ce contexte, ce sont les Libéraux Démocrates qui sortent leur épingle du jeu. Ils remportent 191 sièges et 5 conseils. Gosport, Kingston upon Hull, une victoire éclatante dans le Somerset (ils remportent 37 sièges dont 1 sur le Labour et 34 sur les tories), Westmorland & Furness et Woking. Les études électorales démontrent qu’ils sont les principaux bénéficiaires des pertes des conservateurs.

C’est un double motif d’inquiétude :

  • pour les conservateurs, la résurgence des libéraux démocrates va les handicaper pour les futures élections générales alors qu’ils ont totalement rayé de la carte toute concurrence à l’extrème droite en faisant disparaitre UKIP,
  • et pour le Labour, le retour des Libéraux Démocrates va aussi leur poser des difficultés pour apparaitre comme la seule alternative aux tories.

Les écologistes grignotent encore du terrain et doublent leur représentation dans un scrutin réputé difficile. Ils obtiennent un premier élu à Coventry et font une percée remarquée à Oxford, passant de 3 à 6 élus. Victoires au détriment du Labour et des conservateurs dans les conseils de Cumberland, South Tyneside, et Worcester. Pour l’instant le Labour ne se sent pas menacé sur sa gauche.

En Ecosse

Situation paradoxale au nord, sur 32 conseils, seuls deux disposent d’une majorité nette, Dundee remporté par le Scottish National Party et West Dunbartonshire par le Labour.

Sur le plan national en revanche, le SNP domine toujours avec un tiers des sièges. Pas d’érosion inquiétante malgré sa longévité au pouvoir. Les conservateurs perdent un quart de leur représentation et ne peuvent plus prétendre être l’alternative au SNP laissant la seconde place au Labour qui progresse de 20 sièges. Même progression de 20 sièges pour les Libéraux Démocrates, tandis que les écologistes en remportent 16. Quand au parti Alba d’Alex Salmond, ex-leader du SNP, il perd ses 3 élus et on se demande bien comment il pourrait s’en sortir, alors qu’il avait déjà essuyé un échec électoral en 2021 en récoltant 1,7 % des voix.

Douglass Ross, le leader conservateur s’est empressé de déclarer qu’il n’allait pas démissionner alors que c’est Boris Johnson qui porte la responsabilité entière de la défaite… Malgré tout, des voix s’élèvent dans les rangs conservateurs pour expliquer qu’il y a sans doute un problème « Boris Johnson » mais qu’il y a également un problème « Douglas Ross  » pour expliquer une telle contreperformance. Et ils soulignent que la ligne dure anti-indépendantise de Ross a pu amplifier le désaveu.

  • SNP 453 (+22),
  • Conservative 214 (-62),
  • Labour 282 (+20),
  • Lib Dem 87 (+20)
  • Green 35 (+16),
  • Autres 155 (-16).

Au Pays de Galles

Mauvaise journée pour les conservateurs qui reculent nettement, à Cardiff ils perdent 11 élus, et sur l’ensemble du Pays de Galles le décompte s’élève à 86 sièges perdus. Il leur reste un peu plus de la moitié de leur représentation, et perdent le seul conseil qu’ils dirigeaient (Monmouthshire, 12 sièges perdus au profit du Labour). Les travaillistes sortent nettement vainqueurs (8 conseils et +66 sièges, tandis que le parti indépendantiste Plaid Cymru stagne (Il perd 6 élus tandis qu’il remporte 3 conseils).

  • Labour 526 (+66)
  • Plaid Cymru 202 (-6)
  • Conservative 111 (-86)
  • Lib Dem 69 (+10)
  • Autres 326 (+16)

En Irlande du Nord

Forte participation électorale en Irlande du Nord (près de 63%). Le Sinn Fein sort en tête avec 29% des suffrages, le DUP recule de près de 7 points à 21%. Alors que les écologistes percent au Royaume Uni, ils reculent de 0.4%, et se retrouvent relégués à 1.9%. Leader des écologistes, Clare Bailey n’est pas réélue à Belfast.  Le Labour local, le Social Democratic & Labour Party recule de 3 % et se situe à 9 % des suffrages.

Le Sinn Fein devient le premier parti d’Irlande du Nord pour la première fois de son histoire. Michelle O’Neill est en passe de devenir Première Ministre.

Pour autant, un référendum sur la réunification de l’Irlande qui reste un objectif ultime du Sinn Fein, ne sera pas mis en oeuvre dans l’immédiat. La présidente du Sinn Fein, Mary Lou McDonald a déclaré qu’il sera planifié dans un délai de 5 ans si le parti obtient le poste de Premier Ministre d’Irlande du Nord. Les dernières enquêtes d’opinions estiment que 30% de l’électorat soutient la réunification. Le dirigeant conservateur Oliver Dowden a déclaré que le gouvernement honorera l’obligation constitutionnelle d’organiser un référendum sur l’avenir de l’Irlande du Nord si une majorité en faveur de l’unification le souhaite.

On retiendra également la forte percée du parti de l’alliance de l’Irlande du Nord, proche des libéraux démocrates anglais qui passe de 7 à 17 sièges au parlement.

  • Sinn Fein 27,
  • DUP 24,
  • Alliance 17
  • UUP 9,
  • SDLP 7,
  • Autres 4.

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