Labour Party : pendant la course aux nominations le grand déballage continue

La course d’obstacles au sein du Labour Party pour succéder à Jeremy Corbyn, vient de franchir une première étape. Les prétendants devaient avoir le soutien de 22 parlementaires pour rester dans la course. Ils doivent maintenant convaincre les comités de circonscription.

Bien avant l’heure, David Lammy s’est rapidement désisté en faveur de Keir Starmer. Yvette Cooper a estimé que le parti avait bien changé depuis 2015 et qu’elle n’aurait guère de chances de rassembler. Clive Lewis n’a pu se qualifier, avec 13 soutiens parlementaires, ses prises de position dissonantes n’ont, semble-t-il, pas convaincu (que ce soit sur la séparation entre le Labour écossais et le Labour anglais et le droit à tenir un nouveau référendum, ou sa demande d’un référendum au sujet de la famille royale, sans oublier son exigence d’une discussion sur le fait que le Labour n’est plus en capacité de remporter  seul une élection).

Il reste 5 candidats pour le poste de leader du parti et autant pour le poste de leader adjoint. Chacun d’entre eux multiplie les démarrages de campagnes, déclarations , interviews dans un climat fébrile (l’obsession de ne pas faire de faute).  Le premier débat s’est tenu à Liverpool tandis que les candidats tentent d’obtenir le ralliement de 33 Comités de circonscription ou le soutien de 3 organisations affilées au parti (syndicats…) pour se maintenir dans la course.

Les deux grands favoris demeurent à ce jour Keir Starmer et Rebecca Long Bailey. Les médias ont rapidement désigné l’avocat londonien comme le futur leader du parti. Fort de 89 nominations de parlementaires, et du soutien du syndicat britannique le plus important, UNISON (1,4 million de membres). Keir Starmer est épargné par les médias, qui n’ont pas encore déterré à son propos de dossiers embarrassants. Il joue sur l’appel à unir tout le parti, réfutant toute volonté de chasse aux sorcières de l’aile gauche, tout en critiquant le très touffu manifeste du parti présenté aux dernières élections générales.

Il est parlementaire depuis 2015 de la circonscription d’Holborn – St Pancras. Lors de la désignation du successeur d’Ed Milliband, après la défaite aux élections générales, il avait refusé de se présenter et avait soutenu Andy Burnham. Membre du cabinet fantôme, il en avait démissionné en 2016 lors de la tentative de l’aile droite du parti de sortir de force Jeremy Corbyn. Il reviendra par la suite dans le cabinet fantôme comme secrétaire chargé du Brexit. Il a mené avec succès la bataille au Parlement contre Theresa May, la forçant à dévoiler son plan pour le Brexit.

Favorable à la tenue d’un second référendum, partisan sans ambiguïté du maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, il s’est aussi montré en faveur de la fin de la libre circulation. Dès sa première interview, il avait déclaré que « l’immigration était trop élevée (…) et qu’il faudrait favoriser la libre circulation du marché du travail afin que les plus qualifiés viennent au Royaume-Uni ». Cette position ne déplaît pas au Premier Ministre Boris Johnson, qui a bien l’intention de la mettre en oeuvre.

Depuis la défaite, il a intégré la sortie du Royaume-Uni dans sa réflexion et souhaite mener campagne pour un deal avec l’Union Européenne qui protège les droits des salariés, l’emploi, l’environnement. Et il maintient sa position sur la fin de la liberté de circulation.

Seul point noir à l’horizon, il refuse avec un agacement visible l’idée qu’on puisse exiger dans le parti que le prochain leader soit une femme qui ne soit pas originaire de Londres. Malgré tout il reste le grand favori.

Rebecca Long Bailey est qualifiée de candidate de la continuité,  « une Corbyn sans barbe » qui s’attire un feu roulant de critiques de l’aile droite du parti. Après avoir été critiquée de toutes parts pour avoir noté la campagne de Jeremy Corbyn comme leader 10 sur 10…  et avoir défendu le programme du parti sans y trouver à redire, elle se retrouve au centre d’une polémique sur la question de l’avortement. Le soutien du mouvement pro Corbyn Momentum, une évidence, a été critiqué dans la forme (il n’était proposé que le soutien à Long Bailey ou non, sans mentionner d’autres candidats). 7395 membres sur 40.000 revendiqués ont participé. Si ce taux de participation se confirme lors du vote dans le parti, cela s’annonce mal.

Il ne fait guère de doute que les peaux de bananes vont se multiplier, et les outsiders Jess Phillipps, Lisa Nandy et Emily Thornberry vont essayer d’en profiter. Mais elles ne sont pas épargnées non plus, comme Lisa Nandy qui se retrouve au cœur d’une polémique sur l’Ecosse où elle appelait dans une interview à traiter les écossais « comme les catalans ».

Dans l’ombre de la course pour succéder à Jeremy Corbyn, les choses semblent plus simples pour ceux qui souhaitent succéder à Tom Watson. Pour le poste d’adjoint, Angela Rayner fait figure de grande favorite, éclipsant ses rivaux. Malgré son soutien à sa colocataire à Londres, Rebecca Long Bailey, elle laisse à Richard Burgon la représentation du « camp socialiste » qui défend bec et ongles le bilan de la direction sortante.

On retrouve Rosena Allin-Khan (élue de Tooting – Grand Londres), Dawn Butler (élue de Brent Central – Grand Londres), Richard Burgon (élu de Leeds), Ian Murray (parlementaire rescapé du Labour en Ecosse à Edinburgh). La question de l’antisémitisme dans le parti a aussi fait monter la tension, Butler et Burgon refusant de signer une plateforme en 10 engagements soumise par le Jewish Labour Movement.

Dans cette course à l’échalote, on peut déplorer une fois encore que le débat de fond sur les causes de la défaite du parti ne soit qu’effleuré timidement. Le format de débat tel qu’il s’est déroulé samedi à Liverpool, contraint aux raccourcis, formules chocs et aux postures pour se prétendre celle ou celui qui sera capable de chasser les conservateurs du pouvoir.

Le parti se recroqueville dans les grandes villes, auprès d’un électorat aisé, jeune et diplômé et les anciens bastions ouvriers semblent hors de portée. Les réponses chocs qui prétendent qu’il suffit que le parti retourne sur le terrain risquent de trouver porte close.

Les adversaires du Labour, et en premier lieu les conservateurs, se régalent, et prennent des notes dans la perspective des coups qu’il faudra porter aux travaillistes lors de la prochaine campagne électorale.

 

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