Les petits salles de concert en danger, l’industrie du disque se mobilise

« Chaque fois que je vais à Londres, j’ai l’impression que la moitié des salles de concert ont fermé. » Ce sentiment du rédacteur en chef de notre site frère Metalchroniques n’est pas dénué de fondement. Les observateurs estiment que, de 2005 à 2015, 40% des salles londoniennes ont disparu. Le phénomène s’est étendu à l’ensemble du Royaume-Uni  avec une salle sur trois. Des lieux aussi célèbres que l’Astoria, l’Hammersmith Palais ou Picture House à Edinburgh ont cessé toute activité. La situation est jugée si grave que la communauté musicale s’est mobilisée le 10 janvier pour soutenir un projet de loi déposé par le membre du parlement travailliste John Spellar.

Ce texte, baptisé « Agent of change », est inspiré d’un dispositif initialement créé en Australie. Il a pour vocation de préserver l’existence des clubs et autres salles de concert, en plaçant sous la responsabilité du promoteur construisant à proximité la responsabilité de prendre des mesures de prévention des nuisances, notamment sonores. A l’heure actuelle, la question du bruit est l’argument majeur utilisé pour contraindre les lieux à la fermeture. Les travaux de mises aux normes pour des bâtiments âgés parfois de plus de 50 ans sont insoutenables financièrement pour les propriétaires.

La sécurité est l’autre moyen d’étrangler les clubs. La surveillance de la police est de plus en plus serrée, officiellement pour lutter contre la drogue. C’est l’argument qui a été utilisé pour fermer The Arches à Glasgow alors que le lieu, outre le clubbing et les concerts, servait aussi à promouvoir les arts vivants et avait ouvert une aile dédiée au théâtre. Bram E Gieben, son ancien directeur commercial, estime aujourd’hui :

« L’industrie de la nuit est considérée comme un parent pauvre. Elle est bien plus surveillée que les autres activités culturelles. C’est dur pour un groupe débutant de progresser si sa ville ne dispose pas de salle de petite ou moyenne capacité. Désormais, à Glasgow, il n’y a plus d’équipement de ce type. »

Pourtant, Manchester’s Free Trade Hall, The Cockpit à Leeds, The Arches à Glasgow ou encore The Marquee Club ont vu passer ceux qui sont devenus, par la suite, parmi les plus grands de la musique internationale, de The Who à Amy Winehouse. Ainsi, le premier concert donné par The Clash, en première partie de Sex Pistols en 1976, a eu lieu dans un pub de Sheffield qui est devenu, par la suite, The Boardwalk, aujourd’hui fermé. Les petites salles ont servi de terreau à la musique indépendante, particulièrement, laquelle joue un rôle majeur dans le rayonnement culturel de la Grande-Bretagne.

Aujourd’hui, le marché du disque britannique est le quatrième au monde derrière les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne. Il pèse 4.4 milliards de livres dans la valeur ajoutée brute du pays (chiffres 2016) dont un milliard pour les seuls concerts. Le secteur génère, selon les mêmes sources, 142,208 emplois. En 2016 encore, trois des cinq plus gros vendeurs au niveau mondial étaient des artistes britanniques : Adele, Coldplay et David Bowie. La même année, la musique a contribué à hauteur de 2.5 milliards de livres aux exportations du Royaume-Uni.

Certes, la fréquentation des concerts est en hausse (12.5%), portée par les festivals et les grands lieux dont le prix d’entrée est très élevé. Mais le parcours classique d’un groupe britannique, avant de jouer dans les grandes salles telles que le O2 débute, encore aujourd’hui, par un parcours du combattant qui les voit jouer soir après soir dans les différents lieux du pays, comme l’Hammersmith Odeon, devenu l’Appollo ; Shepherd’s Bush ou l’Underworld à Camden. « C’est là que se fait l’apprentissage« , rappelle Ed Sheeran.

« Sans ces clubs de province, les pubs ou les petites salles, ma carrière aurait été bien différente, explique Sir Paul McCartney. Si nous ne les soutenons pas, le futur de la musique, en général, est en danger. »

Ainsi, l’ex Beatles a rejoint Nick Mason, batteur du Pink Floyed ; Chrissie Hynde ; Ray Davies ; Billy Bragg ; Craig Davies, Ed Sheeran ou encore Brian Eno, mercredi en fin de journée devant la Chambre des Communes. Les dizaines d’artistes ont manifesté leur soutien à la proposition portée par John Spellar, élu dans les contrées désindustrialisées des West-Midlands, berceau du heavy metal britannique.

 

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