Le dîner de « gentlemen » du Presidents Club crée le scandale

C’est moins l’existence de clubs ou événements réservés aux hommes que la réaction du public qui constitue un événement. Après les révélations de Madison Marriage, journaliste pour le Financial Time, sur le dîner annuel du très select Presidents Club, qui rassemble 350 responsables politiques et économiques autour d’une oeuvre de charité, le club a du fermer, les bénéficiaires des donations collectées les ont rendues et un ministre chargé de la famille et de l’enfance (sic) se bat pour rester en poste.

Dans la prude Grande-Bretagne, les vices doivent rester privés et seules les vertus sont publiques, rappelle le regretté auteur de polars Robin Cook. Le Presidents Club s’intègre parfaitement dans ce cadre. Ses membres sont tous des hommes de pouvoir. Les seuls femmes que l’on peut y croiser sont les serveuses. Elles font l’objet de blagues salaces, de commentaires sexistes quand elles ne se voient pas imposer des mains aux fesses. Une clause singulière les contraint au silence, si elles veulent conserver leur emploi.

Ces dîners particuliers ne sont pas l’apanage de la seule élite masculine. Dans le pays, d’autres groupes moins clinquants mais tout aussi homogène en termes de genre organisent des événements similaires. C’est le cas du club conservateur de Horwich, dans le Grand Manchester. Il a « fièrement présenté » sa « soirée pour gentlemen » avec « stripteaseuses, serveuses et nourriture ».

Ces événements s’inscrivent dans une nostalgie, pour le moins discutable, des habitudes de la bonne société britannique de la fin du 19e et du début du 20e siècle, quand les clubs pour gentlemen fleurissaient dans les principales villes du Royaume-Uni. Ces lieux  étaient eux-mêmes héritiers des clubs privés de l’aristocratie qui ont fleuri dès le 18e siècle. Sélectifs sur leurs critères d’admission, ces clubs n’autorisaient pas, alors, les discussions commerciales mais on y entretenait son réseau, on parlait philosophie et, parfois, politique dans une ambiance aussi feutrée que sûre, à l’abri des oreilles indiscrètes.

Dans les années 1880, âge d’or de ces lieux privés, les règles strictes de la société victorienne n’autorisent pas la mixité dans des endroits fermés, les femmes des classes aisées disposent d’ailleurs de leur propres clubs. Celles que l’ont croise dans les gentlemen’s clubs sont là pour servir ces messieurs.

Aujourd’hui, la seule ville de Londres recense encore 25 clubs pour messieurs. Mais on en trouve toujours dans les grandes villes du Royaume-Uni comme le New Club à Edinburgh, le St James’s Club à Manchester, ou l’Ulster Reform Club à Belfast. L’Athenaeum de Liverpool a été fondé en 1797 par le collectionneur d’art et réformateur William Roscoe ; on y trouve une bibliothèque célèbre pour ses livres rares. Le Clifton Club de Bristol date lui de 1818 et occupe toujours un bâtiment massif…

La nouveauté tient donc à la réaction de rejet qu’ont provoquée les révélations de la journaliste du Financial Time qui s’est faite embaucher comme serveuse pour le dîner annuel du Presidents Club. Cet événement, dont la dernière édition a eu lieu le 18 janvier à l’hôtel Dorchester, a pour but de lever des fonds pour des associations caritatives. En trente ans, il a permis de récolter 20 millions de livres. La soirée 2018 aurait rapporté dans les 2 millions. Dont une part lui est aujourd’hui retournée par les bénéficiaires.

Ainsi, les établissements pour enfants Great Ormond Street Hospital et Evelina London Children’s Hospital ont annoncé, mercredi 24 janvier, qu’ils vont retourner les fonds dont ils ont bénéficié, ces dernières années, grâce aux dîners du Presidents Club. Co-président du club et directeur non exécutif du Département de l’Education (équivalent de l’Education nationale française), David Meller a démissionné de ses responsabilités au sein du club. Il a aussi été démis de ses fonctions professionnelles en raison d’un « comportement obscène et inapproprié ».

David Meller s’est avéré être un donateur du parti conservateur, de même qu’un autre membre influent du Presidents Club, Bruce Ritchie. Ses dons au parti tory s’élèvent à 200,000 livres. Plus délicat encore, Nadhim Zahawi, ministre délégué à la famille et à l’enfance, participait à l’événement. Il affirme avoir quitté la soirée « trop tôt pour pouvoir commenter plus avant ». Il explique son départ anticipé de l’événement par sa nature « profondément dérangeante ». Le pair travailliste Lord Mendelsohn y participait aussi.

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