Après la tentative d’empoisonnement d’un ancien agent, la Grande-Bretagne expulse 23 diplomates russes

C’EST DEVENU UNE AFFAIRE D’ETAT. Après que l’ultimatum fixé à Moscou soit arrivé à échéance, la Russie n’a même pas daigné répondre aux demandes d’éclaircissement formulées par Theresa May au nom de la Grande-Bretagne après la tentative d’empoisonnement sur l’ancien agent double Sergeï Skripal. Le Royaume-Uni a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations-Unies (ONU). Devant la chambre des Communes, la première ministre a annoncé des mesures de rétorsion ce mercredi 14 mars. A commencer par l’expulsion de plusieurs diplomates.

Ancien agent des services russes, Sergeï Skripal a été retourné par le MI6, les services de renseignement britanniques dans les années 90. Il a rejoint la Grande-Bretagne après un échange d’agents, dans la plus pure tradition de la guerre froide. Il a été retrouvé agonisant sur un banc à Salisbury, le 4 mars dernier, en compagnie de sa fille, après avoir déjeuné dans une pizzeria. Les analyses ont fait apparaître que les deux individus ont été empoisonnés avec un agent neuro-toxique, le novichok, lequel est considéré comme la signature des services russes.

Theresa May a exigé à Moscou des clarifications, sans lesquelles la Grande-Bretagne serait fondée à « estimer que la Russie a fait un usage illégal (unlawfull) de la force« , ouvrant la porte à la demande de sanctions internationales. Aujourd’hui, le gouvernement russe a prévenu que chaque mesure prise par Londres ferait l’objet d’une réponse de sa part. Il a dénié être lié à la tentative d’empoisonnement de Sergeï Skripal et de sa fille, dénonçant des accusations « sans fondement« . Il a enfin fait savoir qu’il aurait répondu, « dans un délai de dix jours » si la Grande-Bretagne avait formulé une demande officielle, « en lien avec la convention internationale sur les armes chimiques ».

Devant la Chambre des Communes, la première ministre a estimé que le gouvernement de Vladimir Poutine avait traité avec « dédain » la possibilité qui lui était offerte de répondre. Elle a accusé en outre la Russie de disposer d’un arsenal d’armes chimiques non déclaré « en violation des lois internationales« . La chef du gouvernement a donc conclu à la « responsabilité » russe dans la tentative d’empoisonnement.

S’attachant à faire preuve de fermeté, Theresa May a annoncé l’expulsion de 23 diplomates russes. Selon elle, ils ont été « identifiés comme des agents de renseignement non déclarés« . C’est la plus importante expulsion collective de représentants d’une puissance étrangère depuis 1971 quand le Royaume-Uni avait renvoyé dans ce qui était alors l’Union soviétique 90 personnes travaillant pour l’ambassade à Londres.

La première ministre a également confirmé que les membres du gouvernement et les officiels britanniques n’assisteront pas à la Coupe du monde de football, qui doit avoir lieu cet été en Russie. La visite officielle du ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov a été annulée. Et les contacts « de haut niveau » avec Moscou sont désormais interrompus, une situation que Theresa May a qualifiée de « tragique« .

Sur le plan intérieur, la locataire du 10 Downing Street a annoncé une nouvelle législation « pour protéger le pays des actions hostiles de la part d’états étrangers » et envisage un renforcement des lois en matière de contre-espionnage. Les avoirs russes en Grande-Bretagne seront « gelés s’ils s’avèrent être utilisés pour menacer des vies ou des biens« . D’autres mesures seront prises, que Theresa May a refusé de rendre publiques. Elle n’a rien dit, en revanche, d’éventuelles actions destinées à lutter contre le blanchiment d’argent par les oligarques russes liés au Kremlin sur la place de Londres.

La première ministre a confirmé la saisine du conseil de sécurité de l’ONU sur le dossier, conseil où la Russie dispose d’un droit de veto… Le gouvernement britannique a confirmé, cependant, bénéficier de l’appui des Etats-Unis mais aussi de l’Allemagne et de la France. Il faudra voir comment cet « appui » se traduira en actes dans les prochaines semaines. La France, par exemple, est partenaire privilégié de la conférence de Saint-Petersburg sur les investissements.

Isolé au sein du parti travailliste, Jeremy Corbyn, en tant que leader, a répondu à la première ministre dans la Chambre des Communes. Il n’a pas condamné explicitement le gouvernement russe, mais a qualifié l’usage d’agents neurotoxiques comme « abominable ». Il a demandé à Theresa May si le gouvernement « croit toujours possible qu’un groupe ait pu se procurer le novichok par la négligence des services russes« , comme cela avait été envisagé la veille. Regrettant la rupture des relations diplomatiques, Corbyn a plaidé en faveur du maintien d’un « dialogue ferme » avec la Russie et d’un travail avec l’organisation en faveur de l’interdiction des armes chimiques.

La réponse de Theresa May a été lapidaire. Elle s’est contentée de se féliciter qu’il « existe un consensus au sein de la chambre » sur le dossier, soulignant qu’il n’allait pas jusqu’à Jeremy Corbyn. La découverte, mardi 13 mars, d’un autre exilé russe mort à son domicile londonien, en la personne de l’ancien directeur d’Aeroflot Nikolai Glushkov, offre à Theresa May une grande marge d’action. L’émotion sur le sujet est intense en Grande-Bretagne. Selon la presse, les services de Moscou seraient liés à la mort de 14 autres ressortissants russes sur le sol britannique ces dernières années.

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