La principale campagne en faveur du Brexit accusée de triche et de dépassement des plafonds de dépense

LA CAMPAGNE EN FAVEUR DU BREXIT POURRAIT BIEN AVOIR ENFREINT LA LOI. Ce mardi 27 mars au matin, la commission parlementaire en charge du numérique, des médias et de la culture auditionne le lanceur d’alerte Christopher Wylie sur les liens entre Cambridge Analytica, Facebook et la campagne en faveur de la sortie de l’Union européenne pendant le référendum de 2016. En parallèle, il apparaît hautement probable que les organisations qui soutenaient le Brexit aient enfreint la loi sur le financement des campagnes électorales. Le scandale touche la Première ministre puisque les principaux dirigeants de la campagne Vote Leave, en ligne de mire, sont désormais ses conseilleurs au 10 Downing Street.

La loi britannique interdit que deux organisations électorales, même si elles poursuivent le même but, coordonnent leurs actions. chacune dispose d’une autorisation de dépenses plafonnée et fixée, à l’avance, par la loi. Si elles se coordonnent, ou qu’elles organisent des actions communes, elles sont soumises à un plafond de dépenses commun car elles deviennent, de fait, une seule et même organisation à vocation électorale.

C’est là que le bât blesse pour la campagne Vote Leave, qui était dirigée politiquement par Boris Johnson, actuel secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, et Michael Gove, secrétaire d’Etat à l’Environnement de Theresa May. Cette organisation était animée, de manière opérationnelle, par Stephen Parkinson, aujourd’hui le principal conseiller de la première ministre. Durant la campagne référendaire, Vote Leave partageait ses bureaux avec BeLeave, une organisation fondée par des jeunes pour convaincre les étudiants de voter en faveur du Brexit.

Selon Shahmir Sanni, qui était secrétaire et trésorier de BeLeave pendant la campagne, les équipes de Stephen Parkinson conseillaient les jeunes militants sur les actions à mener et sur la manière de dépenser leur argent, ce qui est, en soi, un acte de collusion entre les deux organisations et donc une infraction à la loi. Les deux campagnes partageaient aussi les mêmes données placées sur un serveur commun.

Shahmir Sanni affirme que la directrice des opérations de Vote Leave, Victoria Woodcock, a effacé ses interactions sur ce serveur ainsi que celles du directeur des campagnes Dominic Cummings et du responsable numérique, Henry de Zoete. Le tout afin de prévenir les accusations de coordination entre les deux organisations. L’ancien militant devenu lanceur d’alerte a, néanmoins, transmis nombre de courriers électroniques qui témoigneraient des liens étroits entre Vote Leave et BeLeave.

Par ailleurs, les responsables politiques et techniques de la principale campagne en faveur du Brexit doivent faire face à l’accusation de dépassement des dépenses autorisées. Lors de la clôture des opérations en juillet 2016, Vote Leave a déclaré un total de dépenses de 6.77 millions de livres, donc en dessous du plafond fixé à 7 millions. Mais cette déclaration n’a pas pris en compte une donation de 625,000 livres effectuée par la campagne principale en direction de BeLeave. Or cet argent a servi, directement, à payer les services de AggregateIQ, une société canadienne liée à Cambridge Analytica, qui opérait au profit de Vote Leave.

Cambridge Analytica a récemment été placé sous les feux des médias car la firme est accusée d’avoir soutirée les données personnelles de 50 millions d’utilisateurs de facebook au profit de la campagne électorale de Donald Trump. Christopher Wylie, qui a été un des fondateurs et le directeur des recherches de cette société, a aussi travaillé pour AggregateIQ, qui semble avoir été considérée comme le « département canadien » de Cambridge Analytica. Dans un entretien donné à plusieurs quotidiens européens dont The Guardian et Libération, le désormais lanceur d’alerte explique en quoi l’action de Cambridge Analytica pourrait avoir influencé le Brexit :

« Cambridge Analytica a admis avoir effectivement travaillé avec le groupe de campagne «Leave.EU». L’autre aspect, c’est que AggregateIQ a aussi travaillé avec Cambridge Analytica sur un système qui a permis à Leave.EU de dépasser son plafond de dépenses, et d’utiliser près d’un million de livres pour cibler la population. Sans AggregateIQ, le camp du «Leave» n’aurait pas pu gagner le référendum, qui s’est joué à moins de 2% des votes. Si vous ciblez un petit nombre spécifique de personnes avec des milliards de publicité, cela peut suffire à gagner suffisamment d’électeurs. »

Selon les données publiques, 40% du budget de la campagne Vote Leave est allé à AggregateIQ, sans compter la fameuse donation de 625,000 livres opérée au profit de BeLeave mais qui a finalement servi à payer la firme canadienne. Selon Shahmir Sanni, l’argent déclaré comme une donation ne serait même pas passé sur le compte bancaire de BeLeave mais directement dans les caisses de la société.

L’implication de Leave.EU, la campagne pro Brexit animée par le parti europhobe UKIP et, notamment, Nigel Farage, laisse aussi à penser qu’elle pourrait être aussi coupable de collusion avec Vote Leave. De fait, UKIP et les Tories favorables au Brexit auraient mené, sans le dire, campagne commune.

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