Leadership du Labour : progress offre le premier non débat

Parti blairiste dans le parti travailliste, Progress a tenu sa conférence annuelle samedi 16 mai. Si vous ne connaissez pas cette officine, c’est une structure financée à coups de millions par l’ancien ministre Lord David Sainsbury (millionnaire actionnaire de la chaîne de supermarchés qui porte son nom) qui met en réseau, organise et forme les nostalgiques de l’ancien premier ministre. Au menu moyennant une participation de 15 livres, un discours sur le modernisme, l’esprit d’entreprise, l’ambition par ceux qui se sont baptisés eux mêmes « progressistes du Labour ». Mais surtout, ce samedi, au centre des congrès des Trade Unions, pas un prétendant à la succession d’Ed Miliband n’a pris le risque de ne pas participer à la conférence de Progress. De fait, le parti dans le parti a permis la tenue du premier « non débat » en vue de la direction du Labour.

Progress ne masque pas qu’elle est encline à soutenir la députée de Leicester Liz Kendall, qui se trouve être membre de sa direction, et/ou Tristram Hunt (Secrétaire à l’Education du Shadow cabinet). Les autres candidats déclarés ont dû prendre place à la tribune. Il y a là le « favori » par défaut des syndicats Andy Burnham, ancien secrétaire au Trésor du dernier gouvernement Labour et candidat malheureux au leadership du parti en 2010 ; mais aussi Yvette Cooper, ancienne secrétaire au Travail ; Mary Creagh, membre de parlement et shadow secretary au développement international. L’étoile montante du Labour, pourtant très « Progress friendly », Chuka Umanna a lâché l’affaire.

La City n’a pas de mouron à se faire. Si le banquier Umanna s’est mis hors course, l’ensemble des candidats en lice ont repris les poncifs et clichés du blairisme. Pas un n’a osé invalider le credo actuel qui exige que le Labour doive reconstruire sa crédibilité économique et soutenir les chefs d’entreprises. Ainsi, parmi les plus appliqués à débité le mantra du Blairisme qui exige que le Labour soit absolument « pro business », figure la favorite de Progress Lize Kendall.

Le débat n’a pas vraiment eu lieu, car, au fond, les prétendants n’affichent pas de franches divergences. Le seul point de clivage apparent demeure le bilan fiscal des gouvernements Blair puis Brown. Tristram Hunt a lancé la bagarre en expliquant que le Labour au pouvoir a trop dépensé. Une antienne rassurante pour le public – mais surtout la direction –  de Progress. Du coup, Burnham s’est cru obligé d’en rajouter sur le thème « le Labour a laissé filer trop fortement le déficit » avant de prendre la défense des mesures prises par les gouvernements dont ils étaient membres. Ainsi Yvette Cooper a quand même lâché : « Nous ne devrions laisser personne dire qu’il y avait trop d’enseignants, de docteurs et d’infirmières et que cela a provoqué le crash de la banque Lehman Brothers à New-York« .

De fait, il y a eu peu de remise en cause de la ligne politique du Labour quand il était au pouvoir et surtout pas de celle tenue depuis 2010. Ce qui, entre les lignes, permet de coller la responsabilité de l’échec sur le dos du seul Ed Miliband. Liz Kendall a ainsi posé la question de regagner les électeurs passés chez UKIP, les Tories ou le SNP sans jamais s’interroger sur les électeurs – bien plus nombreux – qui ne vont plus voter dans les anciens bastions du Labour.

Loin de remettre en cause les aspects les plus problématiques de la dernière campagne électorale du Labour sur l’immigration, s’ils ne souhaitent pas remettre en question la liberté de circulation (!), les prétendants en lice maintiennent leur volonté de contrôles plus stricts. Enfin, déconnectés des réalités de l’austérité que subissent les Britanniques, ces candidats bien ancrés dans l’appareil du parti auront le plus grand mal à se montrer plus performants que Milliband.

Le Labour mérite mieux que ce débat vide organisé par Progress, débat qui souligne l’absence de candidat de la gauche du parti en capacité de délivrer un nouveau discours. En tout cas, pas un des candidats déclarés à ce jour ne s’affirme capable de remédier à la crise profonde qui secoue le Labour. Et ceux qui ont cru Tristram Hunt quand il affirmait « nous devons utiliser la désignation du leader du parti pour poser de profondes questions » en sont pour leurs frais.

Désormais, les prétendants doivent obtenir le soutien de 35 parlementaires d’ici le 15 juin. Chaque adhérent sera par la suite amené a voter, du 14 août au 10 septembre. Le 12 septembre, le vainqueur sera proclamé lors d’une conférence du parti. Le processus sera mené selon les nouvelles règles édictées par Ed Milliband : un membre, une voix. Les syndicats ne pèsent plus un tiers des suffrages. En revanche ils peuvent toujours faire adhérer les syndiqués en espérant que ceux ci votent dans le sens des consignes du syndicat… Pour l’heure, sur 232 membres du Parlement, 147 sont membres de Unite (le syndicat) ou en ont reçu des donations.

 Silvère Chabot et Nathanaël Uhl

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