UKIP, crise de leadership malgré la victoire politique

UKIP, le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, constitue l’illustration de la difficulté des victoires relatives. Il manque toujours un petit quelque chose pour que personne ne puisse les remettre en cause… Premier parti lors du scrutin européen de juin 2014, avec 27,5 % des voix et 24 élus au parlement de Strasbourg, le parti eurosceptique n’a pas réussi à confirmer lors des élections générales du 7 mai dernier. Il arrive certes en troisième position, capitalisant quatre millions de voix et 12,6 % des suffrages mais n’obtient qu’un membre du Parlement. Résultat des courses, UKIP, fondé en 1993, après le traité de Maastricht, est aujourd’hui secoué par de violentes tensions internes.

Nigel Farage loin de faire l'unanimité

Le système électoral britannique est un scrutin majoritaire à un tour. Dans chaque circonscription, seul le candidat qui a le plus de voix l’emporte. Arriver en deuxième position dans plus de cent circonscriptions, comme cela a été le cas pour UKIP, ne sert à rien. « Il y a beaucoup de votes UKIP, et beaucoup d’électeurs vont être en colère et ne vont pas se sentir représentés, a estimé Nigel Farage, leader du parti, au lendemain du scrutin. Notre système est biaisé. »

Nigel Farage a ainsi échoué à se faire élire dans la circonscription de South Thanet (Est de l’Angleterre) où il se présentait. Dans un premier temps, comme le veut la coutume non écrite en Grande-Bretagne, il a annoncé rendre son tablier, sans exclure de se présenter, en septembre, à la présidence du parti. Mais ça, c’était avant de décider de se maintenir. Une décision qui a désarçonné certains de ses partisans. Au-delà de la question du leadership, c’est aussi la ligne politique qui est questionnée.

Ainsi, l’ancien directeur de campagne d’UKIP, Patrick O’Flynn, s’en est pris sur la chaîne Sky News aux conseillers de Nigel Farage, les accusant de bâtir un « culte de la personnalité » autour de l’ancien trader. Dans les colonnes du Times, il a enfoncé le clou, estimant que Farage, homme politique « gai, exubérant et effronté », s’est transformé en un personnage « bougon, susceptible et agressif ». Il ajoute que ses conseillers ont transformé la formation en « un mouvement de droite dure ultra-agressif sur le type du Tea Party américain » au lieu de l’ancrer dans « le sens commun, pilier de la politique britannique ».

la mobilisation anti ukip a été importante

Contrairement aux idées reçues de ce côté-ci de la Manche, UKIP n’est pas le strict équivalent britannique du Front national. Il y a le British national party pour jouer ce rôle. UKIP est un parti créé, il y a plus de vingt ans autour de membres de la ligue antifédéraliste d’Alan Sked, rejoints par les plus anti-européens du parti conservateur. La ligne politique de UKIP est que le Royaume-Uni « doit de nouveau être gouverné par des lois adaptées à ses propres besoins par son propre parlement, qui doit être directement et seulement représentant de l’électorat du Royaume-Uni ». Il milite donc pour la sortie de l’Union européenne. Plus récemment, il a fait du contrôle de l’immigration son credo et évolué vers une ligne libertarienne, en opposition à la vision du rôle de l’Etat en vogue dans les milieux conservateurs britanniques, donc pas au parti conservateur.

Et, comme souvent, du côté de la droite radicale, l’argent est au cœur de la querelle. Ainsi, le comportement de Nigel Farage, et ses changements de pied récents, font grincer les dents de certains donateurs du parti, comme l’homme d’affaires Stuart Wheeler. Ce dernier a estimé que le chef de file de UKIP devrait songer à démissionner pour laisser la place à quelqu’un de « plus calme ». Enfin, un contentieux oppose Nigel Farage au seul candidat élu de UKIP, Douglas Carswell. L e conflit porte sur la question des subventions publiques attribuées au parti en raison de son score électoral. Douglas Carswell a estimé qu’en tant que seul élu, il n’avait pas besoin des millions de livres auxquels le parti a droit et que ce serait une erreur de prendre ces subventions.

le référendum anti UE, vraie vicvtoire de UKIP

Malgré la grogne, Farage a assumé son leadership et assuré qu’il serait là « pour vingt ans ». Il pourrait s’appuyer, pour défendre sa position, sur une victoire politique à défaut de victoire électorale. Son discours anti-immigrés a amené tant le Labour que les Tories à se prononcer en faveur d’un contrôle de l’immigration. Plus important encore, pour la base historique de UKIP, sa victoire aux élections européennes a amené David Cameron, premier ministre, à s’engager à tenir un référendum sur la sortie de l’Union européenne. Mais voilà, il n’est pas sûr que la « bataille idéologique » soit un élément du corpus de UKIP.

Nathanaël Uhl

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Bonus vidéo : Burning Heads « Making Plans For Nigel »

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