La gauche radicale dispersée façon puzzle

Le résultat des élections générales de mai 2015 fut tout aussi cruel pour la myriade d’organisations qui rêvent de disputer le leadership de la gauche au Labour Party que pour ce dernier. En totalisant, toutes tendances confondues, 57.000 suffrages, le réveil est douloureux, face au million de voix du Green party et aux 9 millions du Labour Party. Parmi toutes les organisations qui structurent le paysage (Alliance for Green Socialism, Class War, Communist League, Communist Party Of Britain, Left Unity, People Before Profit, Republican Socialist, Socialist Equality Party, Socialist Labour Party, Socialist Party of Great Britain et autres Workers Party), bien peu surnagent. Détailler par le menu les histoires, divergences, clashs entre les divers groupes se réclamant de Marx et Trotsky, pourrait expliquer pour une bonne part pourquoi la plupart de ces groupes demeurent marginaux. Pour autant, certains groupes méritent plus d’attention, fruits de regroupement de militants qui dépassent l’horizon habituel.

En Ecosse, c’est bien simple, le SNP a littéralement atomisé le Labour et tout ce que existe à sa gauche. Le Scottish Socialist Party, qui faisait la fierté de la gauche de la gauche internationale il y a quinze ans, est porté disparu ; Solidarity, qui prétendait lui succéder, n’est pas parvenu à sortir de l’ombre. A la décharge de la gauche de la gauche, le système électoral britannique est une machine à broyer toute alternative. Et, pour le coup, les occasions de percer sont rares. Il y a toujours un Georges Galloway, leader de Respect, pour émerger de temps à autre, sans parvenir à convaincre au delà d’un scrutin.

12689A l’issue du scrutin général, la Trade Unionist and Socialist Coalition domine la gauche radicale avec 135 candidats, 36.000 suffrages et quelque 5.000 militants. Elle a été formée en 2010 par des syndicalistes soucieux de rompre avec leurs bureaucrates, dont Bob Crow qui était le secrétaire général du syndicat des transports ferroviaires. Aujourd’hui, cette coalition regroupe plusieurs organisations : Socialist Party (organisation qui, autrefois, formait une tendance au sein du Labour et a dirigé la municipalité de Liverpool en 1984), Socialist Resistance (la section locale de la Quatrième Internationale – version secrétariat unifié), le vieux Socialist Workers Party et Solidarity.

Left Unity est une formation toute jeune, constituée fin 2013. Selon la légende consacrée, c’est à la suite d’un appel du réalisateur Ken Loach à fonder un nouveau parti à la gauche du Labour que l’organisation s’est lancée. Elle regroupe environ 2.000 militants. Disposant de peu de candidats aux élections générales, on retiendra surtout qu’elle a présenté des candidats commun avec la Trade Unionist and Socialist Coalition.

Respect, mouvement dominé par l’ancien membre du parlement Georges Galloway, est en déclin : plus de 80.000 suffrages pour 26 candidats en 2005, 33.000 et 11 candidats en 2010, et moins de 10.000 suffrages pour 4 candidats (dont près de 9.000 pour le seul Galloway). Controverses, polémiques et déclarations douteuses ont fait fuir l’électorat. Notamment Kate Hudson, aujourd’hui secrétaire nationale de Left Unity, qui a renoncé à être candidate de Respect après des déclarations de Galloway sur le viol, crime dont a été suspecté Julian Assange.

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On ne déballera pas plus les histoires sordides ; les divergences et scissions ; les procès d’intentions… Pas besoin de vous faire un dessin pour comprendre comment la gauche de la gauche britannique se tire une balle dans le pied toute seule. Et ce, malgré des plateformes qui avaient tout, en termes de contenu, pour rencontrer un écho auprès de la population (lutte contre l’austérité, défense des services publics de santé, d’éducation, contre la guerre…). Malgré cela, les querelles intestines, incitent l’écrasante majorité des militants syndicaux, associatifs ou encore du Labour à rester dans la maison mère, en dépit de ses innombrables défauts.

Malgré tout, dans la gauche, on se rend bien compte que les divisions mortifères, querelles d’ego et batailles de virgules sur les plateformes politiques, n’intéressent pas la population. Si les démarches unitaires restent encore bien timides, elles vont dans le bon sens. N’allez pas croire que les militants de gauche britanniques se complaisent dans l’isolement. Ils savent pertinemment qu’ils sont à des kilomètres du niveau d’organisation de la gauche radicale en Europe. Le problème c’est que la gauche manque de temps, de moyens et de militants, alors qu’elle en a besoin pour gagner la crédibilité dont elle est totalement démunie aujourd’hui. Pour autant, on peut compter sur leur forte implication dans les batailles à venir contre l’austérité, dans la rue.

C’est au fond là tout le paradoxe de la gauche radicale britannique : ses mots d’ordre contre l’austérité font florès dans la rue, comme elle avait animé le mouvement anti-guerre en 2001 et 2003. Mais elle ne parvient pas à sortir la tête de l’eau dans les batailles électorales et, au final, c’est la chanteuse galloise Charlotte Church qui apparaît comme la figure de proue du mouvement anti-austérité.

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