Budget : le Labour démissionne de l’opposition

Le budget d’urgence présenté, mercredi 8 juillet, par le Chancelier de l’Echiquier George Osbourne a amené le Labour party à se prendre les pieds dans le tapis. Par la voix de sa dirigeante par intérim, Harriet Harman, il a été incapable de se distancier véritablement des mesures assumées par les Tories, critiquées par les syndicats et qui ont amené des centaines de manifestants à braver l’interdiction de rassemblement devant le Palais de Westminster. Il faut dire que certaines d’entre-elles, comme l’a relevé la MP Diane Abbot, figuraient à l’agenda politique du Labour période Ed Miliband…

Harriet Harman a résumé les contradictions qui frappent le Labour. Tout en dénonçant un budget « trop dur » qui « frappe les jeunes et les pauvres », elle refuse de reconnaître la logique globale des tories et reconnaît certains points positifs dans le projet d’Osborne. Il n’est pas sûr que les salariés du secteur public, dont l’augmentation de salaire est bloquée à 1 % depuis 2009, seront satisfaits d’apprendre que le Labour soutient la proposition des tories de reconduire cette hausse limitée à 1 % par an jusqu’en 2020. Compte tenu de l’inflation, cela signifie une nouvelle baisse de pouvoir d’achat que dénoncent les syndicats.

La chef par intérim du Labour, Harriet Harman, penche à droite...

La chef par intérim du Labour, Harriet Harman, penche à droite…

George Osborne a masqué l’ampleur des coupes budgétaires (12 milliards de livres) par l’introduction d’un revenu national présenté comme « vital« , qui permettrait à quelques 2,5 millions de Britanniques âgés de plus de 25 ans de voir leurs faibles salaires augmenter d’un tiers d’ici les élections générales de 2020. Sur le papier, cette proposition d’apparence sociale semble couper l’herbe sous les pieds d’un Labour encore stupéfait d’être sur les bancs de l’opposition.

Le Labour a sauté à pieds joints dans le piège tendu par les tories. Cette mesure prise isolément pourrait faire illusion, mais remise dans le contexte du plan d’austérité à l’oeuvre depuis 2010, elle sera vidée de sa substance. Les syndicats n’ont pas manqué de dénoncer un revenu minimum vital qui sera notoirement insuffisant pour vivre et travailler à Londres (qui représente pas moins de 70 % de la vie économique du pays). Pour le TUC, « ce que donnent les tories d’une main, ils le reprennent de l’autre ».

Compte tenu des coupes budgétaires, des attaques contre les 2 millions de jeunes et les étudiants les plus modestes qui se retrouveront laissés à eux mêmes et sans aide d’aucune sorte en matière de logement, sans droit au fameux revenu vital, la gauche et les syndicats ont du mal à trouver la posture « constructive » du Labour adaptée à la situation. Il est vrai que seuls 43 % des moins de 25 ans ont voté aux dernières élections générales, alors que les plus de 65 ans, eux, votent à 78 %.

Répondant au budget conservateur, Jeremy Corbyn est resté sur sa ligne

Répondant au budget conservateur, Jeremy Corbyn est resté sur sa ligne

Parmi les candidats à la direction du Labour, seul Jeremy Corbyn, fidèle à sa campagne, s’est exprimé clairement contre ce budget. Il a fermement dénoncé ce qui lui semble relever d’une « absence de stratégie de développement du pays par les tories ». En réalité, 5 millions de britanniques, soit 1 salarié sur 6, gagnent moins que le revenu minimum fixé, en 2016, à 7,20 livres par heure ; la pauvreté au travail n’a jamais été aussi élevée. Tout comme le nombre de salariés faisant appel aux aides pour accéder à des logements qui n’ont jamais été aussi chers. « Le gouvernement conservateur ne va pas régler cette question puisqu’il entend aligner le prix des loyers du parc public et des résidences gérées par les associations sur le secteur privé », a asséné le MP d’Islington-North.

Dans ce cadre, Jeremy Corbyn a dénoncé le revenu minimum présenté par Osborne comme « de la poudre aux yeux« . Il a encore énuméré : « Les jeunes se retrouvent livrés à eux mêmes (…) Le gouvernement renonce aux investissements, baisse encore les taxes des entreprises – alors qu’elles sont les plus basses du G7. Les coupes ne seront pas sans conséquences sur l’économie.« 

Le budget d'Osborne fait pencher Yvette Cooper à gauche

Le budget d’Osborne fait pencher Yvette Cooper à gauche

Dans un registre classique mais plus modéré, sa challenger, Yvette Cooper, a également dénoncé un gouvernement tory qui s’attaque aux salariés et aux mères de famille, son grand cheval de bataille. Elle a ainsi déclaré que « la réduction des crédits d’impôt frappera en premier lieu les mères qui travaillent. L’idée selon laquelle la diminution des crédits d’impôt récompenserait le travail est une baliverne : 70 % des bénéficiaires des crédits d’impôt sont déjà en situation d’emploi ». La candidate brownite au leadership du Labour a mis en lumière la politique de classe menée par Osborne : « Réduire la taxe sur l’héritage dans les parties les plus riches du pays pendant que ceux qui ont les plus faibles revenus sont frappés le plus durement relève d’une mauvaise priorité pour le pays ».

Trois prises de position, trois discours divergents. Difficile de s’y retrouver pour un adhérent du parti travailliste. Autant dire que c’est incompréhensible pour le Britannique moyen. A croire que, en attendant son prochain leader, le Labour a démissionné de son statut d’opposant.

Silvère Chabot

Points clés du budget

* Un salaire vital obligatoire pour les travailleurs âgés de plus de 25 ans, dès avril 2016, démarrant à 7,20 livres de l’heure pour atteindre 9 livres en 2020.
* L’impôt sur les sociétés est réduit de 20 % aujourd’hui à 18 % en 2020.
* Les exemptions fiscales passeront de 10.000 à 11.000 livres l’an prochain.
* Le niveau maximal de 40% d’imposition sur le revenu sera porté de 42.385 livres à 43.000 l’an prochain.
* L’augmentation des salaires dans le secteur public est restreinte à 1% pour les quatre années à venir.
* Gel pendant quatre ans des allocations pour les travailleurs âgés.
* Le revenu à partir duquel démarre la suppression de crédit d’impôt est réduit de 6.420 à 3.850 livres.
* Le soutien aux enfants à travers des crédits d’impôt et le crédit universel est limité à deux enfants par couple, pour les naissances postérieures à 2017.
* Le plafond d’allocations est réduit de 26.000 livres par foyer à 23.000 à Londres et 20.000 dans le reste du pays.
* Les locataires du secteur social gagnant plus de 40.000 livres par an à Londres et plus de 30.000 dans le reste du pays devront payer un loyer aligné sur le niveau du marché privé.
* Suppression de l’allocation logement automatique pour les 18-21 ans.
* Le niveau de l’Employment and support allowance (ESA – pour les personnes handicapées) est aligné sur le montant des jobseeker’s allowance (JSA – allocation chômage) pour les nouveaux demandeurs réputés capables de travailler.
* Les loyers du secteur social seront réduits de 1% par an pendant les quatre années à venir.
* La taxe sur l’héritage est réformée afin que les propriétés d’une valeur allant jusqu’à un million de livres puissent être transmise sans impôt si elles comprennent une habitation.

 

 

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Bonus vidéo : The Exploited – Class War

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