Labour : Harriet Harman rate sa sortie

Leader par intérim du parti travailliste, Harriet Harman a mis au grand jour les contradictions idéologique du Labour. En appelant les parlementaires travailliste à s’abstenir sur la suppression des crédits d’impôt aux familles au delà de deux enfants, la MP de Camberwell and Peckham, une circonscription du Grand Londres, a déclenché aussi une tempête au sein du shadow cabinet, dont les effets dans la course au leadership du parti pourraient s’avérer graves pour les candidats « centristes » Burnham et Cooper.

Harriet Harman, démissionnaire de son poste de chef adjointe du Labour, semble avoir décidé de ne pas gérer les affaires courantes. Elle a ainsi refusé de s’opposer à la réduction du plafond des allocations, annoncé par George Osborne dans son budget d’urgence. S’exprimant à la Chambre des communes puis dans la presse, elle a expliqué qu’une des raisons de la défaite de son parti aux dernières élections générales était une « opposition de canapé ». Elle a ajouté qu’il fallait écouter la voix de ceux qui « n’en peuvent plus des familles qui s’agrandissent pour des raisons financières ». Harriet Harman a encore enfoncé le clou en affirmant : « La tentation de s’opposer à tout est un luxe que le Labour ne peut plus se permettre. Nous sommes vus aujourd’hui comme un parti d’opposition et pas comme un gouvernement à venir ».

Les positions d'Harriet Harman sont loin de faire l'unanimité au sein du Labour.

Les positions d’Harriet Harman sont loin de faire l’unanimité au sein du Labour.

La réunion du shadow cabinet, mardi 14 juillet, semble s’être déroulée dans un climat tendu. C’est la deuxième au cours de laquelle Andy Burnham, shadow secretary à la santé, a mis en garde contre le risque que présente un manque d’opposition. La réponse de Harriet Harman a été cinglante : « Andy, nous avons perdu cet argument. Tu as peut être remarqué que nous avons aussi perdu les élections ». Ce 14 juillet, Burnham a proposé que le Labour présente un amendement au projet de loi sur le plafond des allocations, entre autres, et un vote négatif en cas de refus des conservateurs. Si seuls deux autres membres du shadow cabinet ont soutenu la position du favori des bookmakers comme futur leader du parti, de nombreux MPs font leur la position de Burnham.

De son côté, Liz Kendall, candidate blairite à la direction du Labour, a exprimé son soutienà Harriet Harman tout en appelant ses camarades à s’opposer plus fermement aux tories sur la réforme de l’impôt sur l’héritage. Les observateurs britanniques ont analysé les déclarations de la chef par intérim du Labour comme un soutien déguisé à Liz Kendall. Et, surtout, comme un acte de défiance vis à vis d’Andrew Burnham, qualifié de « candidat de confort ».

Entre Burnham et Harman, le torchon brûle

Entre Burnham et Harman, le torchon brûle

Yvette Cooper, que les analystes considèrent comme la plus dangereuse rival de Burnham, a fait connaître son opposition aux réductions affectant la politique familiale. Rien d’étonnant de la part de celle qui attaque sans cesse Liz Kendall sur le fait qu’elle n’ait pas d’enfants… La shodow secretary à l’Intérieur a, par ailleurs, ajouté ne pas croire que « le meilleur moyen de réduire le budget soit de frapper les familles laborieuses, réduire les incitations au travail et pousser encore plus d’enfants dans la pauvreté ».

Du côté de la gauche du parti travailliste, Harriet Harman ne s’est pas fait que des amis. La première salve a été tirée par la MP de Londres Diane Abbott. « Jusqu’à présent, l’intérim d’Harriet Harman a été salué largement. Mais sa décision de soutenir la réduction du plafond des allocations et celle des crédits d’impôt pour les enfants a inquiété jusqu’à ses plus proches amis », a écrit Diane Abbott dans sa chronique pour le Guardian. La parlementaire réputée pour son opposition aux politiques d’austérité a poursuivi :

Le plafond des allocations est un moyen totalement arbitraire de réduire les politiques sociales. Il a très peu à voir avec l’élaboration de politiques en fonction de faits. Mais il a tout à voir avec la déroulé d’un récit qui laisse entendre que des millions de « profiteurs » tournent au ralenti, comptant plus sur les allocations que ce qu’ils gagneraient en travaillant.

Jeremy Corbyn toujours opposé à l'austérité

Jeremy Corbyn toujours opposé à l’austérité

En écho, Jeremy Corbyn, MP pour Islington-North et candidat de gauche au leadership du Labour, a tranché : « Si ce qui nous est proposé est que les MPs travaillistes soutiennent le projet gouvernemental de réduction des allocations pour les familles, je ne voterai pas en faveur d’une politique qui va pousser encore plus d’enfants dans la pauvreté ». Selon une étude récente, deux enfants sur trois vivant dans des familles pauvres voient leurs parents travailler.

Le Scottish National Party, dont une part de la victoire électorale est due aux tergiversations travaillistes, n’a pas manqué d’enfoncer le clou. « En Écosse, 95 % de crédits d’impôt sont payés aux familles avec des enfants, a précisé Eilidh Whiteford, porte-parole du SNP sur les questions sociales. Cela rend d’autant plus inquiétant le soutien du parti travailliste à ces coupes dont nous savons qu’elles frapperont le plus durement les familles qui travaillent. » Il est vrai que les prises de position d’Harriet Harman constituent la meilleure assurance victoire pour le parti de Nicola Sturgeon.

Mais, au final, au delà de mettre en lumière les querelles idéologiques propres au Labour, Harriet Harman est surtout en train de transformer sa sortie en sortie de route.

Nathanaël Uhl

 

 

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