Vu de Londres, état de guerre dans la « jungle » de Calais

Depuis Douvres – et plus encore de Fleet Street (la rue des quotidiens à Londres) -, Calais serait devenu une jungle, en proie à des scènes de guerre quotidienne. En juillet dernier, les tabloids ont multiplié les reportages alternant alarmisme et mise en scène spectaculaire sur ce thème. Il faut dire que, avec plusieurs milliers migrants tentant désespérément de rallier la Grande-Bretagne, où les conditions d’accueil sont réputées plus douces qu’ailleurs, l’ancienne possession anglaise attire tous les regards. Elle est devenue un enjeu politique majeur à Westminister. Ainsi, la candidate au Labour leadership et shadow secretary à l’Intérieur, Yvette Cooper, en a même appelé, le 10 août, aux Nations-Unies.

Dès le mois de juillet, le premier ministre David Cameron, prenant appui sur la situation à Calais, a évoqué un « essaim de personnes traversant la Méditerranée » pour trouver une vie meilleure en Grande-Bretagne. Cette prise de position a suscitée de vives réactions y compris parmi les travaillistes qui se sont, récemment, convertis au contrôle de l’immigration, tels Andy Burnham. Au coeur de la torpeur estivale, plusieurs tabloids britanniques en ont appelé à l’armée pour régler la question. Selon un sondage de l’institut YouGov, dont les résultats ont été publiés par The Independant ce 12 août, 67 % des interrogés soutiendraient l’envoi de troupes britanniques pour mettre fin à la crise.

Calais british borderIl faut peut être voir, dans les résultats de ce sondage, le fruit de l’escalade verbale à laquelle se sont livrés les conservateurs. Le 3 août dernier, le gouvernement de David Cameron a annoncé qu’il financera un contingent de 100 membres des UK Border Forces (la police des frontières), destinés à prendre place au terminal du tunnel sous la Manche à Coquelles… côté français. Recrutés par la France, ces forces supplémentaires seront financées par le Royaume-Uni. Cette annonce est intervenue après que la société Eurotunnel ait fait état de 700 tentatives de passage clandestin dans la nuit du dimanche précédent. Dans la continuité, le gouvernement britannique a envoyé des moyens supplémentaires pour la police française, incluant des clôtures renforcées et davantage de chiens policiers. Mais les migrants risquent toujours leur vie en tentant de passer la frontière. Depuis juin, date du début de ce que le gouvernement de Londres qualifie de « crise », dix personnes sont mortes en essayant de rejoindre l’Angleterre.

Le 10 août, le secrétaire aux Affaires étrangères, Philip Hammond, qui s’est arrogé le dossier, a expliqué les décisions du gouvernement par la « menace » que constitueraient, selon lui, les migrants. S’exprimant devant la BBC, le ministre a précisé : « Tant qu’il y aura autant de migrants désespérés maraudant autour de la zone (de Calais – NDLR), il y aura toujours une menace à la sécurité de tunnel. Nous devons résoudre ce problème en fin de compte en étant capable de renvoyer ceux qui n’ont pas droit de réclamer l’asile à leurs pays d’origine ». Visiblement, le raidissement du discours opéré à l’occasion de la campagne des élections générales, pour contrer la montée de UKIP, est toujours à l’ordre du jour.

La jungle à CalaisLa réaction travailliste n’a pas tardé. Les principaux tenors du Labour ont évoqué un « alarmisme ». Mais Yvette Cooper, candidate au Labour leadership et principale porte-parole travailliste sur les questions de sécurité, a coupé l’herbe sous le pied de tout le monde. Elle en appelle désormais aux Nations-Unies et, singulièrement, à son Haut Comité pour les Réfugiés n(HCR). Reprenant à son compte l’antienne britannique qui renvoie la responsabilité de la situation à Calais sur l’inaction du gouvernement français, Yvette Cooper propose que le HCR puisse enregistrer les demandeurs d’asile, parmi les migrants de Calais. « Le gouvernement britannique devrait accepter les réfugiés validés par les Nations-Unies, notamment ceux qui tentent de fuir les zones de conflit, comme la Syrie », précise-t-elle.

Enfin, elle souhaite un règlement similaire à celui qui a amené à la fermeture du centre de Sangatte, de sinistre mémoire. « Sous le dernier gouvernement travailliste, un accord a été conclu pour fermer Sangatte, en prenant en compte ceux qui vivaient là, afin d’empêcher une situation aussi dangereuse que celle à laquelle nous a assistons maintenant – des gens risquent leurs vies en essayant d’entrer Uni illégalement au Royaume-Uni. Nous avons besoin d’un accord semblable encore une fois », conclut Yvette Cooper.

Nathanaël Uhl

Bonus : lire l’essai photographique sur la « jungle » de Calais pour The Guardian.

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Bonus vidéo : Sleetgrout – Try Or Die

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