Europe : Cameron obtient son « accord » pour rester dans l’Union

La mise en scène a été soigneusement travaillée. Avec juste ce qu’il fallait de tension et de dramaturgie pour que David Cameron apparaisse, à l’issue du sommet européen des 18 et 19 février, comme ayant triomphé de ses interlocuteurs. Sur l’essentiel de sa feuille de route, il obtient satisfaction et fera donc, comme il s’y est engagé, campagne pour le maintien du Royaume-Uni à l’occasion du référendum qu’il a lui-même provoqué. Ce dernier est donc programmé pour le 23 juin prochain. Pour le projet européen, la victoire prévisible de David Cameron est un nouveau camouflet. Le premier ministre britannique obtient que soient gravés dans le marbre une Europe à la carte, un retour en arrière sur le traitement égal des citoyens de l’Union européenne dans l’ensemble des pays membres, un recul sur l’objectif d’une Europe toujours plus intégrée.

A l’exception des pays de l’est, notamment la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie, personne ne semblait vraiment prendre les demandes du gouvernement britannique très au sérieux. La chancelière allemande avait signifié, avant même le début des discussions, que le plus important, à son sens, demeurait la question des réfugiés, autre point de l’ordre du jour du sommet. A croire que si les discussions se sont terminées tard vendredi, mais juste à l’heure pour faire la une des journaux télé du soir, c’est que tout a été mis en scène. Et David Cameron, qui avait amené trois chemises dans ses bagages, n’a pas été pris au dépourvu. Il a pu tenir, samedi matin, pour la première fois depuis la guerre des Falklands, une réunion de cabinet extraordinaire. Aucun symbole n’a été laissé de côté.

David Cameron et Donald TuskChacun peut retourner dans son pays en se félicitant d’un accord qui empêche la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Le refrain est, évidemment : « Nous avons réussi à échapper au pire ». La dramaturgie a été poussée à son paroxysme avec récit par le menu d’une nuit de tensions avec menace d’un veto grec, forcing franco-belge, multiplication des bilatérales et levée des discussions à 5h30 du matin, le vendredi. Histoire de masquer combien cet accord contrevient à l’utopie des pères fondateurs de l’Union, quel que soit le regard que chacun soit en droit de porter sur ce « rêve ». Qu’on en juge.

Immigration

Le premier ministre britannique a obtenu de pouvoir limiter, selon une échelle graduelle et pendant sept ans, l’attribution des aides sociales aux nouveaux migrants issus de l’Union européenne.

Les allocations familiales, accordées aux parents dont les enfants sont restés dans leur pays d’origine, seront indexées sur le niveau de vie dudit pays. Cette mesure s’applique immédiatement aux nouveaux demandeurs et pourra être étendu aux bénéficiaires actuels à partir de 2020.

Souveraineté

David Cameron a obtenu qu’à la prochaine modification des traités, le Royaume-Uni soit explicitement dispensé de l’obligation de former avec les autres pays européens une « Union toujours plus étroite » un des piliers de construction de l’UE qui figure actuellement dans ses textes fondateurs.

Le chef du parti conservateur souhaitait également obtenir un système de « carton rouge » qui permettrait à un groupe de parlements nationaux d’opposer un veto à toute législation européenne. Ce système sera présent, mais en pratique, il restera compliqué à appliquer.

Gouvernance économique

Enfin, David Cameron a obtenu des protections pour la City, un des principaux centres financiers du monde, contre toute discrimination des pays utilisant la monnaie unique. De facto, il peut expliquer que l’Union européenne reconnait de facto et « pour la première fois » qu’elle a plusieurs monnaies.

drapeauxDans ces quatre points, il faut lire la satisfaction d’un agenda propre au parti Conservateur britannique. Un agenda à double détente. Dans un premier temps, il a pour vocation de priver d’air le parti qu’il craint le plus : UKIP, en le débordant sur sa droite. Cet aspect de la stratégie de Cameron explique, notamment, le caractère à la limite de la xénophobie des propos qu’il tient sur les immigrés intra-européens, notamment ceux venus de Pologne. L’autre volet de cet agenda tient à des considérations purement internes au parti Tory.

C’est bien pour calmer ses propres troupes que Cameron s’est lancé dans la double aventure d’une renégociation du statut de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne et du référendum. La question européenne a toujours constitué le cœur des conflits internes des Tories. Le clivage entre eurosceptiques et europhiles a généré les plus violents affrontements que ce parti ait jamais connu. En témoigne la manière dont la figure tutélaire de Margaret Thatcher est aujourd’hui utilisée par les eux camps. Dans cette situation, surdéterminée par la crise du parti conservateur, les autres forces : le Labour et même UKIP sont inaudibles.

Avec son accord obtenu, forcément, à l’arraché, Cameron espérait pouvoir asseoir définitivement son leadership et passer la main, en cours de mandat, au successeur qu’il s’est désigné. Las, pour lui, d’autres en ont décidé autrement. Son ami et allié, Michael Gove, ministre de la Justice, n’a même pas attendu la conclusion des négociations à Bruxelles pour faire savoir qu’il ferait, lui aussi, campagne pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Et, dimanche matin, c’est le bouillant maire de Londres, Boris Johnson, qui a lâché Cameron en pleine campagne pour rejoindre le camp du non. BoJo, il est vrai, n’a pas du tout l’intention de laisser Cameron donner les clés de la maison conservatrice au dauphin du premier ministre George Osborne.

Nathanaël Uhl

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