Budget 2016 : Osborne entre équilibrisme et illusionnisme

Un site sabordé et une (nouvelle) démission fracassante, c’est le premier impact de l’annonce du budget 2016 par le chancelier de l’Echiquier, George Osborne. Un des principaux animateurs tories du secteur handicap a quitté le parti, après la prestation de son ministre, mercredi 16 mars, à la chambre des Communes. Graeme Ellis a hacké le site du Conservative Disability Group pour protester contre les coupes opérées par le gouvernement dans les allocations pour adultes handicapées alors que les entreprises bénéficient, in fine, de nouvelles baisses d’impôt.

George Osborne voulait afficher un budget offensif, pour asseoir la campagne conservatrice en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Il n’ a réussi, pour l’heure, qu’à exaspérer, une nouvelle fois, la partie la plus fragile du peuple britannique. Son budget est par ailleurs marqué par l’optimisme de ses prévisions de croissance et quelques tours d’illusion dont il a le secret.

Le site du Conservative Disability Group a été saboté par son webmestre

Le site du Conservative Disability Group a été saboté par son webmestre

Le chancelier de l’Echiquier, et idéologue du parti conservateur, est tout entier fixé à son objectif de dégager un excédent budgétaire à la fin du mandat, en 2020. Mais comme il n’oublie pas non plus son projet politique de fond, c’est essentiellement dans les dépenses sociales qu’il a concentré les 3,5 milliards de livres de réduction de dépenses qui caractérisent son agenda. Par ailleurs, les exonérations d’impôts – à hauteur de 4,4 milliards de livres – dont bénéficient essentiellement les classes supérieures du Royaume-Uni ont été financées par une réduction drastique des allocations bénéficiant aux personnes handicapées. C’est cette décision qui a poussé Graeme Ellis, membre de la direction nationale de la branche handicap des conservateurs, vers la sortie.

« Je voudrais demander à George Osborne est-ce qu’il réalise seulement qu’il est en train de détruire des vies ? », a confié le militant, diabétique et en fauteuil roulant, au tabloïd de centre-gauche The Mirror.

Moins volontaire, le candidat tory à la mairie de Londres, a été démissionné de la présidence d’une organisation caritative fondée par des handicapés à direction de handicapés. C’est son vote en faveur des coupes budgétaires dans le secteur qui a amené le conseil d’administration à se séparer du membre du Parlement Zac Goldsmith.

budget 2016La mise en place d’une taxe spécifique sur les produits sucrés, concernant les fabricants, est la seule véritable innovation d’un budget marqué par une vision très idéologique de l’action politique. Cette décision, réclamée par le chef Jamie Oliver, personnalité très populaire outre-Manche. Elle s’inscrit dans un affichage de lutte contre l’obésité infantile, un vrai problème sanitaire en Grande-Bretagne. Mais George Osborne laisse de côté toutes les réflexions qui lient la « mal bouffe » à la pauvreté… Raison pour laquelle l’annonce a été appréciée, finalement, de manière assez dubitative par les professionnels.

Pour populaire que soit cette annonce dans l’opinion, elle est contrebalancée par la décision de transformer toutes les écoles d’Angleterre en academies, une forme britannique – et de philosophie privatiste – de l’enseignement. Ce choix doit surtout sortir l’enseignement primaire de la tutelle des villes qui en ont la charge aujourd’hui. Très controversé, le système des academies rencontrent de fortes résistances, dont le membre du Parlement Clive Lewis (Labour) s’est fait le porte-voix. Pour s’assurer les conditions de réussite dans son projet, le gouvernement a décidé de réduire les crédits accordés aux councils, responsables des écoles publiques…

George Osborne budget 2016Les priorités affichées par George Osborne dans le budget 2016 s’inscrivent dans la continuité de ses précédents exercices. Il a déjà réduit de manière drastique les allocations qu’elles concernent le logement, la recherche d’emploi ou la famille… Pendant ce temps-là, outre une baisse des impôts qui peut atteindre jusqu’à 4,000 livres par an pour les ménages les plus aisés, les entreprises bénéficient d’une baisse de 17 % de leur fiscalité propre.

En apparence, seules les petites entreprises sont concernées, qui devraient bénéficier de 7 milliards de livres d’exonération fiscale. Les multinationales et les grands groupes voient, eux, leur fiscalité croître d’un montant de plus de 9 milliards de livres. Sauf que… La fiscalité sur les bénéfices financiers a été considérablement réduite, passant de 28 % à 20 %. Or, ce sont surtout les grandes entreprises qui bénéficient de cette réduction bienvenue. George Osborne procède là à un habile tour de passe-passe, rendant d’une main ce qu’il a pris de l’autre. Pas sûr que l’illusion dure longtemps…

Le chancelier de l’Echiquier a présenté ses orientations en soulignant : « Voici un budget qui permet aux investisseurs d’investir, aux épargnants d’épargner, aux entreprises de faire du business. Nous construisons une Grande-Bretagne tournée vers la population laborieuse avec des impôts faibles, tournée vers l’entreprise, sûre à l’intérieure et forte à l’extérieure ».

En ligne d’horizon, il faut voir là un réquisitoire en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, véritable raison d’être d’un budget très politique.

Après Jeremy Corbyn, c'est John McDonnell qui va mener la charge contre le budget 2016

Après Jeremy Corbyn, c’est John McDonnell qui va mener la charge contre le budget 2016

Pour autant, plusieurs instituts indépendants n’ont pas manqué de critiquer les choix de George Osborne. D’abord, parce qu’il repose sur une vision optimiste de la croissance alors que les observateurs indépendants ont ramené leurs prévisions de 2,4 à 2 % cette année, entre novembre 2015 et début mars 2016. Par ailleurs, le exemptions fiscales dont bénéficient les plus riches vont générer des difficultés importantes pour atteindre l’objectif d’excédent budgétaire. Les organismes indépendants évoquent un « trou noir » de 54 milliards de livres dans les années à venir. Au moindre retournement de la conjoncture, tout le savant édifice bâti par George Osborne risque de s’effondrer.

C’est d’ailleurs ce qu’a souligné Jeremy Corbyn, dans la réponse qu’il a apporté, mercredi 16 mars à la Chambre des communes, au chancelier de l’Echiquier. « Ce budget est bâti sur du sable, a attaqué le leader travailliste, dans une des interventions les plus musclées qu’il ait prononcées depuis son élection en septembre dernier. Il marque aussi l’échec absolu de six années de gouvernement conservateur. La croissance a été revue à la baisse l’an dernier, cette année ; l’investissement des entreprises a été revu à la baisse ; l’investissement a été revu à la baisse. »

Dans une charge saluée par la presse, le Membre du parlement pour Islington-North a condamné une orientation qui « fait de l’inégalité son cœur » et qui est « payé par ceux qui en ont le moins les moyens ».

Le Shadow chancelier de l’Echiquier, John McDonnell, a crucifié son alter ego conservateur en soulignant que ce dernier « a raté, systématiquement, tous les objectifs qu’il s’était lui-même fixés »

Nathanaël Uhl

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