Cambridge choisit de rester au sein d’un National Union of students en crise aigüe

Les étudiants de Cambridge ont décidé de rester au sein du National Union Of Students (NUS, le syndicat des étudiants britanniques). Les résultats du référendum tenu dans l’une des deux universités les plus renommées du Royaume-Uni sont certes serrés mais c’est une victoire pour la nouvelle direction du syndicat étudiant, en pleine crise depuis l’élection, en avril dernier, de Malia Bouattia à la tête du NUS.

Le choix de la nouvelle présidente a créé une controverse au sein de la gauche britannique en raison des positions politiques de la jeune femme. Depuis, une série de référendums est organisée université par université pour choisir le maintien ou la désaffiliation des syndicats locaux par rapport à leur organisation nationale. Le vote des étudiants d’Oxford débute ce 31 mai pour se clore le 2 juin.

Syndicat des étudiants de CambridgeA Cambridge, la participation a atteint 28.76%. Le maintien au sein du NUS enregistre 3,183 voix soit 51.5% quand la désaffiliation capitalise 2,880 votes soit 46.6%. Le syndicat des étudiants de Cambridge rejoint ceux de Warwick, Exeter et Surrey quand ceux de Lincoln, Hull et Newcastle ont opté pour la rupture avec l’organisation nationale. Les résultats des scrutins organisés dans les syndicats des universités de Loughborough et Worcester ont été jugés non recevables en raison de la faiblesse de la participation.

C’est l’élection de l’étudiante d’origine algérienne Malia Bouattia qui est à l’origine de la crise qui frappe le NUS. La jeune femme, première présidente du syndicat étudiant issue des minorités ethniques, a mené sa campagne sur des positions très engagées à gauche. Mais elle a fait surtout l’objet d’accusation d’antisémitisme.

Moualia Bouatta, présidente du NUS

Malia Bouattia, présidente du NUS

Les détracteurs de la nouvelle présidente du NUS se basent sur un article co-signé par Malia Bouattia, pour le blog London School of Emancipation, qui défend la cause palestinienne au sein de la prestigieuse London School of Economics. L’article tacle sévèrement l’université de Birmingham, considéré comme « un avant-poste sioniste au sein de l’enseignement supérieur britannique ». Plus loin, décrivant les « challenges » auxquels elle doit faire face en tant que responsable de la branche des étudiants noirs (les Maghrébins sont catégorisés comme « noirs » en Grande-Bretagne), elle signale que Birmingham accueille « la plus grande société juive du pays ».

Un second point est mis en avant pour justifier l’accusation d’antisémitisme frappant Malia Bouattia. Pendant sa campagne en vue de la présidence du NUS, elle aurait reçu le soutien du Muslim Public Affairs Committee (MPAC), une organisation musulmane militante et de son porte-parole Raza Nadim. Le NUS a coupé toute relation avec le MPAC en raison des positions de ce dernier, jugées anti-juives.

C'est d'Oxford que tout est parti

C’est d’Oxford que tout est parti

Les deux sujets ont été au cœur d’une lettre ouverte signée par 50 responsables de sociétés étudiantes juives à l’attention de l’alors candidate à la présidence du syndicat étudiant. A l’époque, Malia Bouattia a saisi l’opportunité pour leur répondre au moyen d’une autre lettre ouverte « pour clarifier la situation ». Elle a regretté que sa foi et ses positions politiques aient été « mal interprétées » et utilisée « de manière fallacieuse » pour « (l)’accuser d’antisémitisme ». Elle a affirmé, par ailleurs, n’avoir « jamais considérés les grandes sociétés juives sur les campus comme « un problème » », ajoutant :

« Je me réjouis de la capacité offerte aux gens et aux étudiants de toutes origines de se rassembler tout en affirmant leurs valeurs et leur foi de manière ouverte et positive et continuerai à aller dans ce sens. »

Pour autant, Malia Bouattia n’évite aucun sujet conflictuel. Elle a participé à de nombreuses campagnes qui ont divisé le monde étudiant. La dernière de ses prises de position a pris la forme d’une opposition résolue aux mesures gouvernementales destinées à « lutter contre le terrorisme ». Elle est accusée de ne pas avoir soutenue, au sein du NUS, une motion condamnant explicitement Daesh. Pourtant, la présidente, âgée de 28 ans et arrivée au Royaume-Uni à l’âge de 7, réfute toute complaisance avec l’islam radical et le terrorisme. Elle a rappelé, dans son premier discours en tant que présidente, que sa famille avait dû fuir l’Algérie quand les terroristes ont attaqué son école.

NUSLa question de l’antisémitisme à gauche est explosive en ce moment au Royaume-Uni. L’ancien maire de Londres, Ken Livingston, et la membre du Parlement Naz Shah, ont été suspendus pour des propos litigieux, en attendant qu’une enquête permette de statuer de manière définitive. Au total, dix-huit membres du parti travailliste ont été soit suspendus soit exclus. Le leader du Labour, Jeremy Corbyn, a lancé une commission d’enquête indépendante sur l’antisémitisme dans son parti.

En février, le club travailliste de l’Université d’Oxford – le plus grand groupe travailliste étudiant du pays – est devenu le centre d’une crise après la démission d’un de ses responsables suite à la décision du club de participer à une semaine de boycott contre Israël. Alex Chalmers, le démissionnaire, a expliqué sa démission par le fait qu’une « grande proportion du club travailliste et de la gauche étudiante d’Oxford semble avoir un problème avec les Juifs ». Depuis, Alex Chalmers, qui n’a jamais caché ses liens avec Progress, le think tank proche des thèses de Tony Blair, a été exclu pour avoir publiquement soutenu un candidat libéral-démocrate lors des dernières élections locales.

Si le symbole envoyé par Cambridge tombe bien pour la nouvelle direction du NUS, il n’empêche que la période est trouble. Alors que le gouvernement vient d’annoncer une nouvelle hausse des frais d’inscription, cette bataille interne tombe bien mal.

Nathanaël Uhl


Bonus vidéo : Garbage – Empty

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