Corbyn victime d’un charcutage électoral taillé sur mesure pour les Conservateurs ?

Et si Boris Johnson, George Osborne et Jeremy Corbyn se retrouvaient privés de leur mandat de membre du parlement ? Cette perspective n’est plus aussi absurde qu’il y paraît depuis le 12 septembre. Ce jour-là, la chambre des Communes a pris connaissance des propositions de découpage des constituencies. Le projet prévoit la réduction du nombre de membres du parlement de 650 à 600 et plus de 500 d’entre eux siégeant actuellement voient leur terre d’élection plus ou moins sérieusement impactée par le projet. Clairement, le Labour est le plus affecté par ce qui est présenté comme un « premier jet » par la commission chargée de redécouper le paysage électoral britannique.

A Londres, bastion travailliste s’il en est, seules 4 des 73 constituencies sont épargnées. Pour le symbole, Islington-North, où Jeremy Corbyn est élu depuis 1983, est rayée de la carte. La constituency du nord de Londres est explosée entre plusieurs autres circonscriptions électorales. Corbyn devrait donc se trouver un autre fief. Il se pourrait qu’il se retrouve à se présenter face à son alliée de toujours, Diane Abbott, élue dans la constituency voisine de Hackney. Au Pays-de-Galles, la terre d’élection d’Owen Smith serait aussi sérieusement redécoupée… Il en va de même pour Yvette Cooper ou le très médiatique et droitier Tristram Hunt.

La constituency de Corbyn disparaîtrait

La constituency de Corbyn disparaîtrait

Les travaillistes sont les principales victimes du projet présenté le 12 septembre. Ce « charcutage électoral », selon les termes du membre du parlement Stephen Kinnock, pourrait occasionner la perte de 23 sièges au Labour. Mais des personnalités du parti conservateur aussi se retrouvent en situation fragile. Si, étonnamment, la constituency de Theresa May, ressort intacte, il n’en va pas de même pour celles de Boris Johnson à Londres et George Osborne dans le Cheshire. Priti Patel, Justine Greening et David Davis, tous trois membres du Cabinet, voient également leurs sièges passer à la trappe.

Au final, les tories perdraient 17 membres du parlement. Or, 17 c’est pile la majorité dont Theresa May dispose à la Chambre des Communes… Certes, les analystes politiques estiment que, sans modification substantielle, le redécoupage électoral accorderait aux conservateurs une majorité de 33… Mais encore faudrait-il que les scores enregistrés en 2015 n’évoluent pas… Si les propositions de la commission de révision virent au casse-tête jusqu’au 10 Downing Street, elles impactent également les Greens mais, surtout, les Lib-Dems. Ces derniers pourraient perdre la moitié des huit sièges encore en leur possession à l’issue de la saignée qu’a constituée, pour eux, l’élection générale de 2015.

resultats-des-elections-generales-2015Toutes les composantes du Royaume-Uni sont affectées. Si la proposition de la commission reste inchangée, le nombre de membres du parlement pour l’Angleterre passerait de 533 à 501 ; il passerait de  59 à 53 en Ecosse ; de 40 à 29 (!) au Pays-de-Galles et de 18 à 17 en Irlande du Nord. L’objectif affiché du redécoupage serait d’homogénéiser le nombre d’électeurs par constituency. Mais la commission a travaillé sur la base du nombre d’inscrits pour les dernières élections générales. Or, le référendum qui a donné lieu au Brexit a vu l’inscription de deux millions d’électeurs en plus.

Un fait que n’a pas manqué de souligner le travailliste Jon Ashowrth, membre du shadow cabinet et responsable du dossier. Il a par ailleurs déclaré :

Les changements constitutionnels devraient être menés de manière équitable et consensuelle, pour assurer qu’une voix soit accordée à chacun. Il n’y a rien juste dans les propositions de redécoupage telles qu’elles sont présentées. Elles laissent de côté des millions d’électeurs et réduisent le nombre de membres du parlement élus tandis que les Lords non élus sont de plus en plus nombreux.

Les propositions ont été également condamnées comme une menace « pouvant biaiser la démocratie » par la Electoral Reform Society. Katie Ghose, animatrice du groupe, estime que les localités avec le moins d’électeurs enregistrés à l’heure actuelle seront pénalisées. « Les jeunes, les minorités ethniques et les locataires du parc privé sont ceux qui sont le moins enregistrés dans les listes électorales. La nouvelle carte politique va encore aggraver ce phénomène », estime Kathie Ghose.

Reste que le redécoupage électoral pourrait, finalement, faire le jeu de Corbyn, s’il est réélu leader du Labour. Les changements dans la carte électorale, s’ils étaient validés, pourraient déboucher sur la re-selection des candidats aux élections générales. Soit un processus de dé-selection soft qui verrait ses adversaires de la droite du parti contraints à se représenter aux voix des adhérents dans les constituencies redécoupées.

Nathanaël Uhl

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