Brexit : après le vote populaire, Theresa May se crée une majorité parlementaire en faveur de la sortie

Quel que soit le verdict de la Cour suprême, Theresa May pourra activer l’article 50 du Traité de Lisbonne selon la feuille de route qu’elle s’est fixée. Mercredi 7 décembre 2016, elle a réuni une majorité de 372 membres du parlement pour voter un texte en ce sens. Outre l’essentiel des élus tories, une partie des parlementaires travaillistes a voté en faveur d’un texte qui respecte la volonté des Britanniques telle qu’elle s’est traduite dans les urnes en juin dernier. Mais les divisions du Labour ont encore éclaté au grand jour puisque 23 membres du parlement issus de ce parti ont voté contre et que 66 se sont abstenus.

Les Lib-Dems, prompts à se présenter comme le « parti du maintien » se sont partagés : 5 ont voté contre le texte du gouvernement mais quatre l’ont laissé passer. Au final, seul le Scottish national party a réussi à maintenir sa cohésion en s’opposant à ce que la chambre des Communes autorise la première ministre à déclencher le processus de sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Au moment où les parlementaires votaient, la Cour suprême poursuivait, elle, ses débats et auditions. La plus haute juridiction du royaume doit trancher la question « est-ce que le gouvernement peut activer l’article 50 sans l’aval du parlement ? ». En première instance, la haute cour a répondu par la négative, en se basant sur le rôle central des deux chambres dans la vie publique britannique. Le gouvernement a alors fait appel de la décision et saisi la Cour suprême.

Dans le même temps, anticipant un avis négatif des juges, Theresa May a présenté à la chambre des Communes un texte non contraignant l’autorisant à déclencher l’article 50. Un amendement a été ajouté spécifiant qu’il le serait « d’ici au 31 mars 2017 », entraînant un soutien à l’agenda de Theresa May pour un Brexit qu’elle veut « bleu, blanc, rouge », c’est-à-dire aux couleurs du drapeau britannique.

Le parti travailliste n’a pas résisté à la manœuvre du gouvernement. Son groupe parlementaire a volé en éclats, partagé entre le respect de la volonté populaire d’un côté et de ses engagements pro-européens de l’autre. Le contournement du Brexit par l’appartenance continue au marché unique européen, une des questions clés a été au cœur de cette dispute propre au Labour.

Parmi les 89 à avoir défié le PLP whip, le membre du parlement pour Exeter, Ben Bradshaw, a précisé que le gouvernement ne s’était engagé à aucune réponse sur l’accès au marché unique, ajoutant : « Dans les faits, ce vote donne un chèque en blanc au gouvernement, lui permettant d’activer l’article 50 sans que nous ne soyons plus renseignés sur ses intentions ».

Certes, le parliamentary Labour Party a présenté une motion qui exige, de la part de Theresa May, la présentation d’un plan avant le vote formel sur l’activation de l’article 50. Cette motion a obtenu 448 votes contre 75. Le Labour, qui s’exprimait notamment par la voix de la shadow foreign secretary Emily Thornberry, a présenté ce scrutin complémentaire comme une victoire, estimant que la motion force le gouvernement à clarifier ses objectifs.

L’argument a été rejeté par le SNP et les Lib-Dems qui arguent du fait que la motion n’oblige pas Theresa May à faire plus que des déclarations générales. Les parlementaires nationalistes et libéraux ont accusé les conservateurs et les travaillistes de s’allier en faveur d’un Brexit dur.

Avec 372 voix pour le texte gouvernemental, il apparaît clairement que, malgré les rodomontades des uns et des autres, peu de parlementaires vont s’aventurer à tenter de bloquer l’article 50. Cela signifierait en effet ne pas tenir compte du vote des Britanniques le 23 juin 2016, à l’issue duquel une majorité de 52% s’est déclarée en faveur de la sortie de l’Union européenne.

Nathanaël Uhl

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