Elections générales 2017 : le journal – 11ème édition

Confirmant la dynamique observée depuis 5 semaines, les derniers sondages voient les travaillistes continuer à réduire leur retard vis à vis des conservateurs. La dernière étude en date est d’autant plus bienvenue pour l’état-major du parti à la rose qu’elle a été réalisée après l’attentat de Manchester et autour d’un discours de Jeremy Corbyn sur la sécurité, discours aussi clé que, potentiellement, clivant.

(sondage Survation, les 26 et 27 mai)

Le site BritainElects a publié sa mise à jour de la moyenne des sondages. Elle met en lumière que les deux grands partis captent près de 80% des intentions de vote. Alors que d’aucun pensaient que le bipartisme était révolu, ces enquêtes d’opinion, si elles se vérifiaient, montrent a contrario que le système traditionnel britannique se porte bien.

Cette moyenne des enquêtes montre que la baisse des intentions de vote pour UKIP, au plus bas de son niveau d’influence depuis février 2012, correspond, à un point près, à la hausse des intentions de vote en faveur de conservateurs qui incarnent, désormais, le Brexit.

Corbyn prend le risque de parler sécurité

La campagne officielle a donc repris ses droits dès le vendredi 26 mai. Le leader travailliste a prononcé un discours remarqué après l’attentat de Manchester, qui a occasionné 22 victimes. Ne cédant rien à son orientation personnelle en termes de politique étrangère, Jeremy Corbyn, tenant d’une ligne non interventionniste, a martelé en substance : « Il faut être fort face au terrorisme mais aussi fort face aux causes du terrorisme ».

Il a clarifié, si besoin, ses positions en matière de sécurité :

« Ne doutez pas de ma détermination à mener toutes les actions nécessaires pour préserver la sécurité de notre pays et protéger nos concitoyens dans nos rues, dans nos villes et à nos frontières ».

Les conservateurs ont tenté de profiter de ce discours un peu téméraire dans une période de deuil pour tout le pays. Mais la polémique a fini par se retourner contre eux. Ils ont notamment attaqué Corbyn quand il a évoqué, comme « carburant » de la terreur, la participation de la Grande-Bretagne à des opérations militaires en Irak et en Libye mais aussi, plus récemment, en Syrie. Les attaques sont montées crescendo jusqu’à ce qu’un journaliste rappelle que de tels propos ont été tenus en 2005 par… Boris Johnson, désormais secrétaire d’Etat aux affaires étrangères.

May trébuche à la télévision

Dopé par le succès inattendu d’Arsenal (club dont il est fan absolu) face aux blues de Chelsea en finale de la FA Cup, Corbyn a commencé la semaine par un succès lors de sa première confrontation télévisée avec Theresa May. Lundi 29 mai au soir, ce n’était pas un débat à proprement parler. Les leaders des deux partis majeurs se sont succédé devant le même auditoire, aux questions desquels ils ont du répondre avant d’être interrogé, devant le même public, par Jeremy Paxman pour les chaînes de télévision Sky et Channel 4.

Tous les observateurs s’accordent à reconnaître la plutôt bonne prestation de Corbyn autant que la performance décevante de la première ministre. L’auditoire s’est moqué, ouvertement, des réponses alambiquées d’une Theresa May tentant de justifier les coupes budgétaires dans l’éducation. Quand elle a évoqué le bilan de son gouvernement sur le NHS, un membre du panel n’a pas réussi à retenir un « bollocks » qui fait florès sur les réseaux sociaux. Pendant ce temps, le leader travailliste a réussi à retourner un chef d’entreprise plutôt agressif envers le Labour.

Mais c’est surtout devant Paxman, un des interviewers les plus redoutés de la télé britannique (qui ne manque pourtant pas de journalistes teigneux), que les deux leaders ont du faire preuve de leur leadership.

Il a d’abord commencé par tacler Corbyn sur le renouvellement du parc nucléaire Trident, auquel le membre du parlement pour Islington-North est opposé mais qui figure dans le programme travailliste. Le militant pacifiste a réitéré :

« Je mettrai en oeuvre ce que la conférence du Labour a décidé, cela s’appelle la démocratie. A titre personnel, je continue à croire en un monde libéré du nucléaire ».

Paxman l’a ensuite questionné sur l’abolition de la monarchie, en rappelant que Corbyn y était favorable. Le leader travailliste a répondu en souriant : « Ce n’est pas dans le programme du Labour parce que nous n’allons pas le faire ».

Le présentateur vedette a ensuite pris à partie Theresa May sur sa capacité à mener des négociations avec l’Union européenne. Rappelant la reculade de la première ministre sur la hausse des contributions pour l’assurance nationale, promise dans le budget puis abandonnée une semaine plus tard, il a qualifiée la chef du gouvernement de « vantarde qui disparaît au premier coup de feu ». Une saillie qui a contraint Theresa May à affirmer que, concernant le Brexit, elle « préférait qu’il n’y ait aucun accord plutôt qu’un mauvais accord ».

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