Elections générales 2017 : le journal – 12ème édition

C’est ce qu’il s’appelle un retournement de situation rare. Le 18 avril dernier, quand Theresa May a annoncé des élections anticipées, elle se dirigeait vers un raz-de-marée électoral, avec une majorité digne de celle obtenue par Tony Blair en 1997. Il y a encore un mois, à l’issue des élections locales, personne n’aurait parié un penny sur un parti travailliste terrassé et exsangue.

Et voilà que, mercredi 31 mai, un nouveau sondage annonçait trois petits points de retard pour le Labour de Corbyn face aux Tories. La perspective d’un hung parliament, un parlement suspendu c’est à dire sans majorité absolue possible, devient de plus en plus crédible. Les projections donneraient un Labour en progression de 30 sièges alors qu’on lui accordait un groupe de 100 parlementaires il y a un mois. Les tories ne disposerait plus de majorité absolue et leur ligne dure sur le Brexit ne permet, a priori, pas d’alliance avec les Lib-Dems. Cela étant, quoi qu’en érosion, les conservateurs restent historiquement haut, avec plus de 40% des intentions de vote. C’est donc le Labour qui retrouve des couleurs.

  • Conservateurs : 42% (-1)
  • Travaillistes : 39% (+3)
  • Lib-Dem : 7% (-2)
  • UKIP : 4% (-)

(via @YouGov / 30 – 31 May)

Les tories en mode reboot

Plusieurs facteurs expliquent ce retournement de situation. Le premier d’entre eux demeure la bascule de l’électorat europhobe, qui se portait auparavant sur UKIP, vers les conservateurs. Lesquels, en outre, parviennent à percer de manière forte en Ecosse sur une position unioniste, de refus de l’indépendance vis à vis de la Grande-Bretagne. Ces deux points contrebalancent la mauvaise campagne de Theresa May, laquelle semble fuir la confrontation avec le leader de l’opposition Jeremy Corbyn.

Après une prestation télévisée calamiteuse lundi 29 mai, elle a relancé la campagne des tories le lendemain, en revenant sur le Brexit et l’immigration. Cette réorientation coïncide avec une charge brutale délivrée par l’ancien dauphin de David Cameron, George Osborne. Dans les colonnes de l’Evening Standard, le journal dont il dirige désormais la rédaction, l’ex Chancelier de l’Echiquier a dénoncé « le culte de la personnalité » qui marquait la campagne de Theresa May.

Un nouveau débat sans May

Désormais, côté tories, le thème du « leadership stable et fort » qui a marqué les débuts de la campagne a tout bonnement disparu. Tout comme la première ministre sortante a disparu des écrans de télé depuis lundi soir. Toujours décidée à ne pas affronter Corbyn en tête à tête, Theresa May a donc snobé le débat organisé par la BBC mecredi 31 mai. Elle s’est faire remplacer par sa fidèle et ministre de l’Intérieur Amber Rudd. Un choix qui ne grandit pas Theresa May. La Home Secretary a perdu son père lundi, deux jours plus tôt. Jeremy Corbyn  a donc fait face à Amber Rudd ; Tim Farron pour les Lib-Dems ; Angus Robertson pour le SNP ; la leader des Greens Caroline Lucas ; celle de Plaid Cymru Leanne Woods et Paul Nuttall, leader de UKIP.

Le débat a eu lieu à Cambridge, une ville peu connue pour son attachement aux valeurs de gauche. Pourtant, le public n’a pas plus hésité que celui de Sky deux jours plus tôt à se moquer de manière sonore quand Amber Rudd a souhaité que les tories soient « jugés sur leur bilan ». Le refus de participer de Theresa May a été mis en lumière par tous les participants. Sauf Corbyn, lequel maintient sa ligne de ne se livrer à aucune attaque personnelle. Il a par contre savouré la multiplication des tacles délivrés par ses co-débatteurs à l’endroit de Theresa May. Le leader travailliste avait déjà mis en oeuvre cette tactique lors des deux scrutins internes qu’il a remportés.

Poussée dans ses cordes par les participants, Amber Rudd a fait mieux que tenir son rang. Elle s’est tout de même pris les pieds dans le tapis de la politique étrangère. Mise en cause dans les ventes d’armes aux pays du proche orient, lesquelles pourraient contribuer à l’instabilité de la région, elle s’est défendue en parlant de « contribution à une économie forte ».

Tentant de reprendre l’avantage sur les questions économiques, la Home Secretary a été sèchement remise en place par un Cobyn bien moins calme que lors de sa prestation sur  Sky deux jours plus tôt. Après une série d’attaques en règle sur les coupes opérées par les conservateurs dans les dépenses sociales, Corbyn a porté le coup final :

« Avez vous été dans une banque alimentaire ? Voyez-vous les personnes qui dorment dans la rue ou sur les quais de nos gares ? Mesurez-vous l’augmentation de la pauvreté après les décisions que votre gouvernement a pris en conscience sur la question des déficits ? »

La charge, portée avec émotion, a soulevé une salve d’applaudissements dans les rangs du public. Lequel a aussi salué le naufrage de Paul Nuttal. Le leader de UKIP a perdu ses moyens et s’est livrés à des coups dans le vide qui n’ont servi qu’à mettre en lumière son désarroi. Mais le gagnant de la soirée télévisée est, encore une fois, Jeremy Corbyn. Il ne s’est pas illustré par le contenu de sa prestation, mais parce qu’il était sur le plateau. Tout simplement.

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