Analyse : Theresa May maintenue au 10 Downing Street en raison de sa totale perte de crédit

Theresa May sort plus endommagée encore de la séquence ouverte par l’incendie de la Grenfell Tower que des élections générales. Alors que son secrétaire d’Etat au Brexit, David Davis, vient de lancer les négociations avec la Commission européenne en vue d’une sortie effective du Royaume-Uni, la première ministre ne jouit plus d’aucune autorité. Sa popularité s’est également évaporée dans la torpeur d’une après-midi qui l’a vue quitter une église sous les cris de « lâche ».

C’est probablement à cette situation que Theresa May doit sa survie politique au 10 Downing Street. Minée par le résultat des élections du 8 juin, Theresa May est en butte aux critiques de ses proches alliés. Ainsi, Philip Hammond, chancelier de l’Echiquier, a concédé devant les caméras de télévision que sa contribution à la campagne électorale avait été bien moins importante que ce qu’il pensait pouvoir apporter. Une manière élégante de s’exonérer de toute responsabilité dans la perte de la majorité absolue dont disposaient les tories à la Chambre des Communes voilà un mois.

Mais c’est bien la gestion calamiteuse de la crise ouverte par l’incendie de la Grenfell Tower qui a mis fin à toute possibilité de rémission politique pour la première ministre. Le bilan officiel est établi, ce lundi 19 juin, à 79 morts. Dans un premier temps, le jour même du drame, jeudi 15 juin, Theresa May s’est rendue sur place pour rencontrer les services de secours. Elle a refusé de recevoir les résidents. Des images qui ont contrasté avec l’humanité dont a su faire preuve Jeremy Corbyn, sur les lieux quelques heures plus tard.

Après une visite de la Reine le lendemain, la cheffe du gouvernement a fini par aller à la rencontre des habitants de la tour sinistrée. Face à la colère qui s’est exprimée, elle s’est éclipsée par une porte secondaire mais la foule l’a accompagnée sous les lazzis, la traitant de « lâche ». Un qualificatif qui ne devrait plus la quitter tant qu’elle demeurera au 10 Downing Street. Ainsi, ce lundi matin, après l’attaque terroriste à proximité de la mosquée de Finsbury Park, Theresa May a été accueillie par des huées. « Tu arrives bien vite », pouvait-on entendre parmi la foule, en référence à sa lenteur pour se rendre à Grenfell.

Et cela risque de durer. Le parti conservateur semble incapable de réunir ses factions autour d’un leader aussi neuf qu’indiscutable. Pas question de convoquer de nouvelles élections générales alors que le parti travailliste caracole désormais en tête de tous les sondages. Dans ce contexte, la présence de Theresa May à la tête du gouvernement s’impose comme une évidence. Sans plus aucune autorité politique, déconsidérée dans l’opinion, elle ne présente plus aucun danger pour qui que ce soit. Au contraire, elle fera office de fusible le jour où les tories n’en auront plus besoin.

Il faut d’ailleurs préciser que ce qui est en passe de devenir une « affaire Grenfell » éclabousse tous les conservateurs. Boris Johnson est en ligne de mire pour avoir supprimé dix casernes de pompiers et plusieurs centaines d’emplois. Le directeur de cabinet de la première ministre est l’ancien ministre du logement qui a été incapable d’inscrire dans la loi que « les logements devaient permettre l’accueil d’êtres humains » (sic). Michael Gove est, également, fragilisé. Le bouclier May a encore un peu d’utilité.

Pour le moment, personne ne veut courir le moindre risque. C’est pourquoi le Queen’s speech, officiellement rédigé par le 10 Downing Street, sera présenté mercredi 21 juin, pour deux ans. Cela signifie concrètement que la première ministre minimise le risque d’être mise en minorité dans ce laps de temps. Pour ce qui vaut de la Chambre des Communes.

David Davis, secrétaire d’Etat au Brexit, et Michel Barnier ce 19 juin au siège de la Commission européenne

Officiellement, ces deux ans correspondent au temps prévu pour mener les négociations sur le Brexit avec la Commission européenne. Officieusement, la feuille de route a été élaborée, sans Theresa May, dans le cadre d’un compromis entre travaillistes et conservateurs. La prolongation de la période dite de « législation » d’un à deux ans a pour seul objet de maintenir madame May à la seule merci des barons tories.

Le risque d’une nouvelle élection pour une cheffe de gouvernement mise en minorité est écarté mais la probabilité d’un leadership interne aux conservateurs pour la remplacer, quand le temps sera venu, vient d’augmenter.

Alors que les services du 10 Downing Street ont du démentir que leur patronne a envisagé de démissionner, une rumeur persistante tourne selon laquelle il resterait dix jours à Theresa May pour faire ses preuves. Faute de quoi, les backbenchers pourraient réunir les 48 signatures nécessaires pour initier une procédure de leadership. Mais ces dix jours seront-ils suffisant pour dégager un compromis en faveur d’un nouveau leader ?

 

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