La semaine de tous les dangers pour Theresa May

UNE SEMAINE A QUITTE OU DOUBLE s’ouvre pour Theresa May. Ce lundi 5 février à l’heure du déjeuner, le secrétaire d’Etat au Brexit, David Davis, rencontre le négociateur de l’Union européenne, Michel Barnier, pour évoquer les relations après la sortie effective, notamment la période de transition. Or, ce n’est que mercredi et jeudi que le cabinet va arrêter la position du gouvernement sur ces deux sujets. Possiblement, c’est à l’issue de ces deux jours que l’avenir de la Première ministre sera scellé. Selon le Sunday Times, elle pourrait être débarquée au profit de Boris Johnson, avec Michael Gove comme vice-premier ministre et Jacob Rees-Mogg à la chancellerie de l’Echiquier.

Les Brexiters sont en effet vent debout contre l’idée d’une union douanière avec l’Union européenne, quelle qu’elle soit. Boris Johnson n’a jamais caché son souhait d’une relation régie par les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce. Cette ligne dure semble séduire une majorité relative des parlementaires conservateurs. Tant que Theresa May ne propose pas de « plan B ».

Pour l’heure, la locataire du 10 Downing Street multiplie les concessions au camp du hard Brexit. Elle a, dans un premier temps, pris ses distances avec son chancelier de l’Echiquier, Philip Hammond, qui envisage une relation avec l’Union européenne dont le cadre serait, en substance, assez proche de celle en vigueur aujourd’hui. En fin de semaine dernière, elle a annoncé des restrictions sur la liberté de mouvement des ressortissants de l’Union européenne dès mars 2019, échéance prévue pour que le Brexit soit effectif. Elle a aussi laissé entendre qu’elle recule sur la question de l’union douanière.

Dimanche, un de ses porte-paroles a confirmé cette position, évoquée publiquement par Liam Fox, secrétaire d’Etat au commerce international, depuis la Chine :

« Nous quittons clairement l’Union douanière, a affirmé le représentant du 10 Downing Street. Nous devons être libre de signer des accords commerciaux avec qui nous voulons. Ce n’est donc pas notre politique de rester dans l’union douanière de l’Europe. »

Ce mouvement de la leader virtuelle – tant ses marges de manoeuvre sont faibles – des conservateurs a provoqué la colère du côté de Bruxelles. L’Union européenne a en effet décidé – sans la Grande-Bretagne – d’une période de transition de 21 mois, soit jusqu’au 31 décembre 2020. Durant ce laps de temps, les règles actuelles seraient encore en vigueur, notamment sur le sujet délicat des ressortissants européens. Pour la Commission européenne, il s’agit là du résultat de l’accord conclu en décembre 2017. Les propos de Theresa May sont donc vécus comme un recul de la part du gouvernement britannique.

Pour autant, les deux camps espèrent toujours parvenir à un accord sur la période de transition d’ici au sommet européen des 22 et 23 mars. « D’ici sept semaines, nous aurons un accord avec l’Union européenne, à savoir le calendrier de la période de transition », a déclaré la première ministre vendredi 2 février.

La rencontre de ce jour entre David Davis et Michel Barnier ouvre une séquence de négociations qui doit durer trois jours : du 6 au 8 février. Le hic majeur demeure que le gouvernement britannique n’arrêtera sa position définitive que jeudi… Soit le jour prévu pour terminer ce round de discussions…

Ce timing fait les affaires de Theresa May. Elle peut jouer sur les délais serrés pour imposer son point de vue, comme elle a réussi à le faire en décembre dernier. Si elle donne des gages aux Brexiters, elle pourra gagner quelques précieuses semaines de répit et profiter encore des commodités de Chequers, la villégiature des premiers ministres du Royaume-Uni.

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