Empoisonnement d’un ancien agent russe, Corbyn confronté à une fronde chez les travaillistes

CORBYN N’A JAMAIS CRAINT D’ETRE ISOLE. L’examen de ses prises de positions montre que le membre du parlement pour Islington-North s’est bien souvent singularisé, notamment sur la politique étrangère, par rapport au Labour party, traditionnellement le plus atlantiste des partis de gauche européens. Ce jeudi 15 mars, il se retrouve à nouveau seul dans un pays uni contre la Russie, après la tentative d’empoisonnement de l’ancien agent double Sergeï Skripal. Theresa May a annoncé hier des mesures de rétorsion contre Moscou qu’elle accuse d’être à l’origine de cet assassinat raté. La grande majorité des membres travaillistes du parlement soutiennent la première ministre.

En répondant à la locataire du 10 Downing Street, le leader du Labour a condamné sans ambiguïtés l’attaque menée à l’aide d’un agent neuro-toxique, le Novichok, produit par les laboratoires russes dans les années 80 :

« L’usage de neuro-toxiques est une abomination en période de guerre. L’utiliser dans un contexte civil est totalement inconscient. »

Mais le militant pacifiste a refusé de condamner l’état de Russie, en tant que tel, estimant en substance que les preuves ne permettaient pas de faire porter la responsabilité de la tentative d’assassinat sur Moscou. Il a souhaité que la Grande-Bretagne se réfère aux traités en vigueur et saisisse les instances internationales telles que l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Il a laissé ouverte, à l’instar de ce que Theresa May avançait lundi, la possibilité qu’un autre groupe ait pu se procurer le Novichok. Son porte-parole s’est chargé de l’explication de texte dans le lobby de la chambre des Communes.

Rappelant la manière dont l’état soviétique s’est effondré, il a souligné que l’état russe était encore faible dans ses structures et que des éléments extérieurs auraient pu en tirer parti pour se procurer des substances chimiques, telles que cet agent neuro-toxique.

« Concernant la possible perte de contrôle de l’agent de combat novichok, nous avons rappelé, à plusieurs reprises, les dangers que représentent les groupes mafieux et les intérêts oligarchiques à Londres, qui disposent de relais dans les services gouvernementaux russes. Nous devons nous attaquer fermement à ce problème », a suggéré le porte-parole de Jeremy Corbyn.

Il a clairement fait allusion aux précédents concernant les accusations d’usage d’armes chimiques qui se sont révélées, ultérieurement, sans fondement. Il n’a pas prononcé le mot « Irak » mais, pour lever tout doute, les termes « armes de destruction massive » ont bien été prononcés dans une référence ouverte à l’intervention contre Sadam Hussein en 2003. Ce qui a soulevé encore plus d’indignation de la part des membres conservateurs du parlement mais aussi de certains élus travaillistes.

Un petit groupe d’entre-eux, moins d’une vingtaine à cette heure, a signé une motion confirmant son soutien aux mesures prises par Theresa May. Parmi eux figurent la présidente de la commission des affaires étrangères, Yvette Cooper, et Chuka Umunna, l’étoile montante de la droite travailliste. Plus inquiétant pour le leader travailliste, la numéro deux officielle de son shadow cabinet et une alliée sûre, Emily Thornberry, en charge des affaires étrangères, a estimé qu’il y a une « présomption de preuve » contre la Russie dans la tentative d’empoisonnement de Segeï Skripal. Enfin, deux membres du shadow cabinet

Le parti travailliste est, souvent, très divisé sur la politique étrangère. Et le camp pacifiste, incarné depuis des décennies par Jeremy Corbyn, n’y est pas majoritaire. Le dernier affrontement en date sur un dossier similaire remonte à deux ans avec le débat enflammé sur les frappes aériennes en Syrie. L’actuel leader du Labour pourra rappeler qu’il a eu raison sur la guerre en Irak, puisque les armes de destruction massive n’existaient pas. Son porte-parole ne s’en est d’ailleurs pas privé hier.

Et la fidèle Diane Abbott a pu aussi rappeler, ce matin dans les colonnes de LabourList, que Theresa May n’a apporté aucune preuve de l’implication du gouvernement russe dans l’attaque contre Skripal. Selon la shadow Home Secretary, donc en charge des questions de sécurité intérieure, la première ministre n’a pas prononcé le mot « preuves », elle a juste affirmé qu’il est « hautement probable » que la Russie en soit responsable.

Mais Corbyn peut surtout faire valoir que, s’il est isolé en Grande-Bretagne, sa position ne l’est pas à l’échelle internationale. Hier soir, un porte-parole du président de la République française a fait valoir que la France attend « des conclusions définitives » et des preuves irréfutables que « les faits sont absolument fondés » avant de prendre une position.

2 comments

  • Chagot

    ce n’est qu’une hypothèse , mais peut être qu’afin d’amadouer les européens dans le cadre des négociations sur le brexit les anglais ont peut être asssassiné l’ex espion russe en essayant de faire retomber la responsabilité sur les Russes en expliquant que nous faisons parti de la même sphère d’intérêt et qu’en conséquence il ne faut surtout affaiblir le Royaume Unis

    • Oh, c’est un peu tiré par les cheveux comme hypothèse. Clairement, nous ne partageons pas ce qui s’apparente, un brin et avec tout notre respect, à une théorie du complot.
      Nous pensons qu’une enquête doit être menée de manière approfondie et qu’il serait préférable pour tout le monde de respecter la présomption d’innocence, que ce soit celle des individus ou des états.
      En la matière, un changement semble s’opérer puisque la police britannique va faire parvenir un échantillon de sang prélevé sur Sergeï Skripal à l’organisation internationale en charge de la prohibition des armes chimiques.

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