Accord sur le Brexit : l’introuvable majorité à la Chambre des Communes

Discréditée faute de combattants, l’aile dure des Tories laisse Theresa May poursuivre la course d’obstacles du Brexit

La menace d’un vote de confiance se dissipe pour Theresa May, Jacob Rees-Mogg et  son European Research Group se sont ridiculisés en ne parvenant pas à obtenir le nombre de courriers de parlementaires favorables à un changement à la tête du parti conservateur.

Réputé regrouper 80 membres, le groupe de partisans d’une sortie dure du Royaume-Uni de l’Union Européenne, autrefois redouté, s’est montré affaibli et divisé : seuls 26 parlementaires ont écrit leur lettre au 1922 Committee, alors qu’il en fallait au moins 48 pour déclencher une élection pour désigner un nouveau leader du parti Tory.

De l’aveu de Jacob Rees-Mogg, la collecte des signatures était « plus difficile que prévu ». Ce qu’il n’avait pas vu venir, c’est qu’avant tout, les parlementaires conservateurs préfèrent encore Theresa May au poste de Premier Ministre plutôt que quiconque. Aucun prétendant ne suscite l’enthousiasme, et de fait, cela laisse un peu de marge de manœuvre à Theresa May pour rester au 10 Downing street.

Pour autant, elle ne peut guère savourer cette victoire en interne, les unionistes Nord-irlandais du DUP sont soudés et mettent leurs menaces à exécution à la Chambre des Communes. Non seulement pour eux le « pacte de confiance » est rompu avec les conservateurs, mais en plus, ils votent et permettent l’adoption d’amendements du Labour Party au projet de loi budgétaire en cours d’examen.

La porte-parole unioniste Arlene Foster déclare, provocatrice, que le projet de Brexit soutenu par Theresa May est « plus nocif que Jeremy Corbyn au pouvoir ». En prime, le DUP affiche ses préférences en invitant samedi à sa conférence à Belfast, Boris Johnson, acclamé une fois n’est pas coutume, par des centaines de militants unionistes.

Theresa May a reçu sans surprise le soutien de l’Union Européenne qui valide le projet depuis ce week-end, et qui a adopté la ligne de conduite à tenir après la sortie. Mais la principale difficulté demeure : l’épreuve du vote au parlement qui doit intervenir le 11 décembre.

Un peu d’arithmétique illustre l’ampleur des difficultés :

Il faut une majorité de 320 Parlementaires pour adopter le texte actuel.

Les 10 élus du DUP ont fait défection.

Les Brexiteers s’ils ne veulent pas dégager Theresa May, ne veulent pas plus de cet accord, 60 élus.

Les quelques partisans conservateurs du maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne rejettent eux aussi l’accord, 14 élus.

Reste du côté de Theresa May, 242 élus du groupe parlementaire conservateur.

Les autres partis ont tous rejeté le projet. Néanmoins du coté du Labour quelques élus pourraient voter en sa faveur, mais cette quinzaine d’élus ne suffira pas. En l’état avec moins de 260 parlementaires le projet est dans l’impasse.

Cela explique pourquoi Theresa May tente la dramatisation et le chantage, elle veut convaincre, durant deux semaines, les élus que son projet est le seul viable pour « l’intérêt national », écrivant une lettre ouverte aux citoyens britanniques (tout en refusant une nouvelle consultation dans les urnes), et verrait d’un bon œil une confrontation télévisée avec Jeremy Corbyn (ce qu’elle avait refusé lors des élections générales de 2017).

Elle se dit absolument certaine qu’il n’y a pas de possibilité de meilleur deal sur la table, soutenue en cela par Jean-Claude Juncker, qui a confirmé que les 27 pays de l’Union Européenne ne proposeront rien de plus.

Theresa May n’a pas d’autre choix et fera campagne jusqu’au vote. En cas d’échec, Keir Starmer du Labour Party a mis les choses au point : soit elle retourne à la table des négociations, soit elle laisse la place et de nouvelles élections générales doivent avoir lieu au plus tôt.

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