Cameron attaque les syndicats pour imposer l’austérité

Pour les conservateurs nostalgiques de Margaret Thatcher, les syndicats sont des adversaires à (mal)traiter en priorité. A la veille d’annoncer des coupes budgétaires sévères – 12 milliards de livres -, David Cameron souhaite neutraliser au maximum la capacité des Trade Unions à mener la résistance face à sa politique. Il n’oublie pas que la seule opposition à la privatisation de la poste britannique a été le fait des syndicats. Le projet de loi annoncé lors du discours de la reine, le 27 mai 2015, confirme la volonté de mettre à mal le droit de grève dans les services publics.

Le texte prévoit d’exiger que les syndicats ne puissent appeler à la grève, dans le secteur public (notamment la santé, l’éducation, les transports et chez les pompiers), que si une majorité absolue de votants se prononce. Si la barrière des 50 % est franchie, il faut franchir un autre seuil : qu’une majorité de 40 % des salariés pouvant être syndiqués se soit prononcée en faveur de l’arrêt de travail. Ce qui aurait pour conséquence de réduire très fortement le nombre d’appels à la grève.

La dernière grande grève date de 2014 quand les syndicats se sont opposés à la privatisation du service public postal.

La dernière grande grève date de 2014 quand les syndicats se sont opposés à la privatisation du service public postal.

Du côté des Trade Unions, on prend la menace très au sérieux. Personne n’a oublié qu’à la veille de l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, la TUC (Trade unions confederation) rassemblait près de 13 millions d’adhérents, pour à peine plus de 6 millions à sa chute en 1990, après des années d’attaques contre le mouvement social.

La secrétaire générale de la TUC, Frances O’Grady, n’est pas dupe :  « Les travailleurs sont inquiets d’un discours de la reine qui remet en cause tant de leurs droits et protections. Un gouvernement qui prétend être du côté des salariés veut modifier l’équilibre du pouvoir contre eux en instaurant des conditions draconiennes au droit de grève. Le véritable objectif du gouvernement est d’empêcher les salariés du secteur public de combattre les coupes budgétaires extrêmes et le gel des salaires que prépare George Osborne (ministre du Budget –  NDLR)« .

Comme le fait remarquer Dave Prentice, secrétaire général du syndicat Unison, « le Royaume-Uni a déjà une législation très dure concernant le droit de grève. Il n’ y a pas besoin de la rendre plus stricte. La démocratie ne sera pas améliorée en élevant les seuils mais en faisant passer le vote au 21e siècle« .

tory hypocrisy

L’alibi démocratique derrière lequel se cache le gouvernement conservateur est bien faible. Comme le souligne le député du Labour Ian Lavery, dans son article « Les travailleurs sont les vrais victimes de l’attaque conservatrice contre les syndicats« , si l’on applique le seuil des 40% aux 330 députés conservateurs élus en mai dernier, la coupe serait brutale. 274 d’entre-eux n’ont pas dépassé le seuil de 40 % des suffrages. La moitié des membres du gouvernement n’auraient pas été élus, dont Sajid David, qui porte le nouveau projet de loi à la Chambre des communes. Comme souvent chez les Tories, on divise pour régner.

Dans un climat où la précarité s’emballe, où le nombre de travailleurs pauvres explose, la priorité c’est d’attaquer les syndicats. Sur tous les terrains. Au-delà du droit de grève, le gouvernement conservateur veut également rétablir une vieille mesure punitive datant de 1927, après la grande grève générale qui avait secoué le Royaume-Uni. Cette mesure, baptisée « opt in », le gouvernement d’alors imposait aux adhérents des Trade Unions de choisir s’ils voulaient participer au financement du Labour Party, inscrit dans les statuts de la TUC. En effet, il faut se rappeler que le parti travailliste a été créé, et donc financer depuis sa naissance, par les syndicats qui cherchaient à se doter d’une représentation parlementaire.

Cameron veut ranger la droit de grève aux archives.

Cameron veut ranger le droit de grève aux archives.

David Cameron reprend donc à son compte l’attaque sur le financement du Labour par les syndicats, dont les fonds pèsent lourd dans la balance budgétaire des travaillistes. Les versements syndicaux représentent environ 60 % des 110 millions de livres de budget du parti. Ils sont déjà soumis au vote des adhérents réunis en congrès mais le changement législatif souhaité par le gouvernement conservateur, durcissant les règles, aura un effet dévastateur.

Il est à ce titre regrettable que les travaillistes soient plus occupés par leur course de petits chevaux, laissant vacante la place d’opposant politique face à Cameron. Mais il faut reconnaître que le manque de réaction du Labour face à ces attaques d’ampleur n’est pas seulement dû à ses préoccupations nombrilistes. N’oublions pas que les gouvernements menés par Tony Blair puis Gordon Brown n’ont pas remis en cause le durcissement de la législation sur le droit syndical opéré par les Tories durant les années 80. De là à penser que les nostalgiques de Blair voient d’un bon œil l’affaiblissement des syndicats par Cameron, il n’y qu’un pas. A qui profite le crime ? Les salariés en seront pour leurs frais.

 Silvère Chabot

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