Labour leadership, les candidats face aux syndicats

Mardi 30 juin, un nouveau débat voit une nouvelle confrontation entre les quatre candidats au leadership du Labour. Il est organisé par Unions Together, le regroupement des 13 syndicats affiliés au Labour Party. La rencontre publique a lieu à la mairie de Camden. Le journaliste du Daily Mirror Kevin Maguire anime le débat. Signalant que le débat va durer une heure et demi, il  rappelle que l’ancien président du Vénézuela, Hugo Chavez, s’est exprimé dans le même lieu à Camden durant… 4 heures. Nul besoin de vous présenter le cadre du débat, les candidats font d’abord une déclaration, puis suivent des questions.

A Camden, dans un débat face aux syndicats, Corbyn joue à domicileCette fois, Jeremy Corbyn s’exprime le premier devant un public acquis à sa cause. Il commence par rappeler qu’il était présent quand Chavez a prononcé son discours dans le même lieu. De son point de vue, l’argent des syndicats est le plus propre qui soit dans le domaine politique. Il précise qu’il était présent au rassemblement pour manifester sa solidarité avec le peuple Grec. Il souhaite raviver l’idée que les syndicats et le Labour font partie du mouvement social pour changer la société. Pour lui, le dernier gouvernement Labour a trop concédé au secteur privé la prise en charge des services publics. Le Labour doit en revanche faire quelque chose pour les salaires dans les services publics dont certains ont perdu 20 % de pouvoir d’achat depuis le crash financier (de 2008).

Le NHS « droit de l’Homme »

Enfin, le candidat de la gauche estime que le Labour doit défendre le NHS (service hospitalier public) comme un droit de l’Homme. Il doit en être de même pour ce qui concerne les prestations sociales. Personne ne doit se retrouver sans toit, ou sans nourriture.

Cette première intervention lui vaut des applaudissements nourris.

yvette CooperYvette Cooper, à sa suite, explique qu’elle ne voulait pas être là aujourd’hui, elle aurait « préféré être au gouvernement en tant que ministre de l’Intérieur ». Selon elle, le Labour a perdu les les élections malgré un soutien sans faille des syndiqués. On ne peut pas laisser tomber la population. Le Labour a besoin d’un leader suffisamment fort pour défier David Cameron et changer le parti. Le mouvement des syndicats a donné aux travailleurs une voix dans les corridors du pouvoir. Elle précise que son grand-père était mineur et que son père était un dirigeant de syndicat qui s’est battu contre Margaret Thatcher. Elle souhaite qu’une nouvelle loi soit adopté pour faire de l’exploitation un crime mais aussi mettre en cause la discrimination dont sont victimes les mères de famille qui travaillent. Elle même a pu prendre un congé maternité lorsqu’elle était ministre, tout en étant conscient que bien des femmes ne sont pas en capacité de le faire.

« S’en prendre à UKIP »

Elle relève également qu’il n’est « pas raciste » de parler d’immigration. En revanche, le racisme c’est, comme certains candidats de UKIP l’ont fait, de dire à Lenny Henry, comédien et présentateur noir de la BBC, d’«émigrer vers un pays noir pour ne plus vivre avec les Blancs». Le Labour devrait s’en prendre à UKIP.

Andy BurnhamAu tour de Andy Burnham qui commence par expliquer que le Labour a subi une défaite sévère. Pourtant, tout ce que le Labour a fait n’était pas erroné. Burnham ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il salue l’effort d’Ed Milliband pour que le Labour renoue avec ses fondamentaux, notamment des points clés comme la question des bas salaires. Mais le Labour a perdu son attrait, il a d’ailleurs rencontré des anciens électeurs qui lui ont dit qu’ils ne voteraient plus pour le Labour.

« Protéger les droits des syndicats »

Il déclare vouloir s’exprimer librement sur ce qui lui semble juste. Il réitère sa prise de position selon laquelle le Labour est allé trop loin dans les concessions au secteur privé en matière de santé. Il souhaite développer des solutions alternatives concrètes, telles que la possibilité pour les conseils locaux d’acquérir des maisons appartenant a des propriétaire voyous, qui laissent celles ci se dégrader.

Il estime enfin que la protection des droits des travailleurs devrait être la base des renégociations avec l’Union Européenne. Et il promet de protéger les droits des syndicats, mis en cause par le gouvernement conservateur.

Liz KendallEnfin, Liz Kendall se dit persuadée que le Labour peut gagner en 2020. Mais, pour cela, il doit regagner sa crédibilité sur l’économie, ou le parti sera inaudible. Elle souhaite élever le salaire décent à un autre niveau et l’étendre. Elle n’accepte pas que l’on ne soit pas pro-business au sein du parti, tout en se positionnant en faveur de la justice sociale. Elle milite pour que le salaire minimum devienne un salaire décent, tout en reconnaissant que ce sera difficile. Elle revendique que la commission des bas salaires puisse avoir le pouvoir d’élever le salaire minimum, secteur par secteur. Elle affirme qu’elle ne prendra pas de positions confortables pour le parti, mais choisira toujours de dire ce qu’elle pense juste.

Questions et réponses

Question 1 : soutiendrez vous un seul taux pour le salaire (horaire) minimum et élèverez vous son taux à 10 livres ? Défendrez-vous un taux plus bas pour les jeunes ? 

Salaire horaire minimum (2014)

 

21 ans et plus : 6,5 livres
18 à 20 : 5,13
Moins de 18 : 3,79
Apprentis (16/18) : 2,73

Cooper déclare que le taux concernant les jeunes est si bas qu’il faudrait examiner la question : « Le Labour devrait étudier le niveau de salaire minimum. Le prochain parlement devrait l’élever à ce niveau (10 livres de l’heure) ». Elle souhaite que le taux des jeunes soit revu à la hausse.

Burnham ne veut pas soutenir un taux séparé pour les jeunes : « Une heure de travail mérite une heure de paie. Et le taux horaire des apprentis est trop faible ». Il ne peut pas s’engager maintenant sur un taux à 10 livre de l’heure, mais il souhaite qu’il soit revu à la hausse.

Kendall souhaite que la commission des bas salaires examine le taux horaire pour les jeunes. Elle croit au dialogue social et pense que les partenaires sociaux doivent régler cette question entre eux.

Corbyn se rappelle avoir mené campagne pour un salaire minimum dans les années 70. Il salue le fait que le Labour ait soutenu cette campagne. « Le salaire minimum doit être revu à la hausse vers les 10 livres. Le taux des jeunes est injustifié. Les jeunes mangent autant que les personnes âgées », explique-t-il.

Labour hustings camdenQuestion 2 : Comment garantissez vous que les personnes âgées reçoivent les soins dont elles ont besoins et que les salariés du secteur de la santé soient convenablement payés ?

Burnham estime que c’est une question clé : « Comment pouvons nous montrer aux gens que ce sont des métiers importants si les travailleurs sont payés au niveau du salaire minimum, ou moins en raison du coût des temps de trajet ? »

Kendall déclare qu’il devrait « y avoir des mesures radicales pour favoriser le secteur ». Elle souhaite que la commission des bas salaires puisse aider a élever les salaires du secteur santé et social.

Corbyn soutient le plan élaboré dans le manifeste du Labour. Il souligne que les coupes budgétaires dans les collectivités locales ont empiré la situation.

Manifeste 2015
Le Labour propose de créer dans son manifeste une nouvelle taxe sur les propriétés, sur le tabac et les fonds de pension pour financer la création de 20.000 emplois d’infirmières, 8000 médecins, 5000 travailleurs sociaux, et 3000 sages-femmes. Le Labour souhaite également limiter les profits du secteur privé dans le NHS à hauteur de 5 %.

Cooper estime que cette question illustre à quel point les services publics ont été dégradé par les Tories.

 

Question 3 : Avions-nous le bon manifeste ? Quel rôle ont joué les médias alors que les attaques contre Ed Milliband sont les pires depuis Michael Foot en 1983 ? Allez vous vous dresser pour ou contre la presse ? Allez vous agir pour la réguler ?

Kendall estime que le manifeste n’était pas assez bon. Il n’avait pas grand chose a dire aux gens qui n’étaient pas au salaire minimum ou sous le régime des contrats « zéro heure ». « Ce n’est pas la faute des médias si le Labour a perdu. »

The Tory election poster that even drew the Daily Mail's scorn.Corbyn pense qu’il y avait plein de bonnes idées dans le Manifeste, il aurait aimé qu’il soit publié plus tôt, « ainsi il aurait pu être mieux connu de tous ». Il ne soutient pas l’idée de réduction des dépenses publiques. Le Labour doit aborder la question de la pluralité des médias. Près de 70 % des organes de presse sont possédés par 3 personnes. Le Labour doit se servir plus efficacement des médias sociaux.

Cooper relève qu’Ed Miliband a été “outrageusement maltraité”, notamment via son père. Il a répondu avec une grande dignité. Le Labour doit utiliser plus les médias sociaux.

Burnham considère que le Labour « était trop proche des médias quand il était au pouvoir », par conséquent il n’a pas écouté les victimes d’Hillsborough *. Il pense que les attaques d’une partie de la presse contre Ed Milliband sont liées à sont soutien à l’enquête Leveson (enquête publique sur la culture, les pratiques et l’éthique de la presse britannique menée en 2011). Il pense que le Manifeste a plus de choses à dire aux citoyens sur les bas salaires que les autres, « le parti doit s’appuyer la dessus pour construire ».

Question 4 : Le Labour devrait-il cesser de financer les écoles privées ?

« Oui ! » répond Corbyn.

Cooper : « Le principe derrière la question est le bon », mais elle ne veut pas prendre d’engagement parce qu’elle ne sait pas comment cela se traduirait dans la pratique…

Burnham est d’accord sur le principe.

Kendall n’est pas d’accord avec la proposition mais elle souhaite améliorer l’école.

 

Labour, le vote aura lieu en septembreQuestion 5: Allez vous rétablir les budgets de la culture victimes de coupes ?

Cooper ne veut pas s’engager sur la question. Elle « ne sait pas dans quel état seront les finances publiques dans 5 ans ».

Burnham : « C’est une question difficile pour un ancien secrétaire à la culture. » Mais il ne peut pas promettre de protéger le budget de la culture, alors qu’il y a des coupes budgétaires dans les fonds destiné aux enfants aux besoins complexes. Mais il comprend « l’importance des arts ».

Kendall ne peut pas donner l’assurance qu’elle protégera ce budget.

Corbyn souhaite défendre la BBC qui investit beaucoup dans la culture. Il ne voit pas les dépenses culturelles comme des subventions, mais comme des investissements. « Le Labour a instauré le conseil des Arts et il doit continuer à investir dans ce domaine. »

 

Question 6 : Soutenez vous les travailleurs du métro de Londres ? Que feriez vous pour établir un service public du rail ?

Corbyn répond qu’il viendrait soutenir les salariés sur leur piquet de grève. « Le Labour devrait aussi soutenir les travailleurs des ferry Calmac qui luttent contre la privatisation menée par le gouverment SNP en Ecosse ».

Cooper ne se rendrait pas sur le piquet de grève. Les conflits politiques et sociaux devraient être séparés selon elle. « Et le mieux, c’est d’éviter la grève. »

Burnham : « Les citoyens veulent plus de contrôle public du secteur ferroviaire. Comme pour la santé, il y a eu trop de privatisations et de fragmentation. »

Kendall : « Revenir en arrière n’est pas la solution. Le secteur ferroviaire a besoin d’investissement c’est tout ce qui compte. »

 

Question 7 : Si vous étiez à la tête du Labour, vous vous opposeriez aux lois anti-syndicales ? 

Cooper pourrait s’opposer aux nouvelles lois proposées par les Tories.  Mais elle ne voudrait pas s’opposer au consultations par vote pour décider d’une grève.

Burnham : « On doit mener les batailles actuelles et non passées ». Il combattra les projets des Tories « par tous les moyens ».

Kendall s’opposerait au projet actuel des Tories. Et les annulerait en 2020 si nécessaire. Elle « étendrait les droits pour les salariés flexibles et les travailleurs sociaux ».

Corbyn rappelle qu’en 1997 le Labour n’a pas annulé la législation anti-syndicale instaurée par les Tories. « Chaque salarié devrait avoir le droit de se syndiquer et d’être couvert par une convention collective (…) les fonds des syndicats devraient être protégés. »

 

Question 8: Que devrait faire en priorité un premier Ministre Labour ?

« améliorer les conditions de vie de chacun », déclare Burnham.

Kendall pense que les priorités seraient « le travail et la croissance ». « Il y a un problème chronique avec les bas salaires et la croissance faible. »

Corbyn pense que le Labour a besoin de se démocratiser et d’avoir un projet aux idées enthousiasmantes pour intéresser et impliquer les citoyens.

Cooper aimerait « en finir avec la pauvreté infantile en une génération ».

 

En conclusion

Dans l'opinion travailliste, Corbyn se détacheAprès deux heures de débats, chacun de des candidats a présenté ses conclusions.

Pour Jeremy Corbyn, le fait est qu’il est le candidat anti austérité. « C’est un mot qui est signifie accroissement des inégalités. Les 100 personnes les plus riches du pays possèdent l’équivalent de 30 % de la richesse du reste de la population. C’est une inégalité grotesque, et qui s’aggrave. » Son succès dans les réseaux sociaux s’est encore confirmé aujourd’hui devant un public conquis.

Liz Kendall insiste sur le fait qu’elle est « la candidate du changement » : « La situation du Labour pourrait s’aggraver mais nous pouvons tourner la page et gagner à nouveau ».

Yvette Cooper et Andy Burnham essaient tant bien que mal de se distinguer, tout en s’engageant le moins possible.

Silvère Chabot

 

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Bonus vidéo : Elvis Presley – A Little Less Conversation (JXL Remix)

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