Yvette Cooper, la candidate du clan Brown

PORTRAIT. Si les quatre candidats au labour leadership sont les 4 fantastiques, Yvette Cooper serait assurément la chose. Comme la créature créée par Marvel, la favorite de l’ancien premier ministre Gordon Brown ne ménage pas ses adversaires et donne l’impression que rien ne peut l’atteindre. Sauf, glisse-t-elle dans chacune de ses interventions, la détresse de ses concitoyens confrontés à la violence de la bedroom tax, une des mesures les plus impopulaires prises par les conservateurs mais qui n’a pas empêché leur réélection à la tête du pays. Après un démarrage poussif, Yvette Cooper, économiste de formation, entend terminer la course au leadership sur un rythme soutenu. La virulence de ses attaques contre le candidat de gauche, Jeremy Corbyn, traduit sa détermination. Elle a annoncé la couleur en indiquant qu’elle célébrera, le cas échéant, sa victoire au son de « The Winner Takes it All » (le vainqueur remporte tout) du groupe suédois Abba.

L’itinéraire personnel d’Yvette Cooper n’est pas, à proprement parler, celui d’une enfant gâtée. Fille d’un dirigeant syndical et d’une professeur de mathématiques, petite-fille de mineur, elle doit sa réussite à sa capacité de travail. Après un passage par l’enseignement public, elle intègre le prestigieux Balliol College de l’université d’Oxford où elle suit le cursus qui ouvre à la carrière politique : philosophy, politics and economics (PPE – Philosophie, sciences politiques et économie). Ses résultats lui permettent de décrocher une bourse qui lui permet de passer un an à l’université américaine d’Harvard puis elle intègre le fin du fin : la London School of Economics.

Yvette Cooper est aisément irritable

Yvette Cooper est aisément irritable

A sa sortie, elle collabore avec John Smith, à l’époque shadow chancelier, qu’elle va aider à construire le contre-budget qui aurait été à l’origine de la défaite travailliste en 1992. Elle participe ensuite à la campagne présidentielle, victorieuse elle, de Bill Clinton. Mais l’année qui suit la voit atteinte d’une maladie grave qui la cloue au lit pour plus de douze mois. Mais la jeune femme est une battante qui a hérité de ses origines modestes et de sa première expérience du monde du travail – dans une ferme – une capacité à faire face à l’adversité.

Success story politique

En revanche, son parcours politique, lui, a toutes les apparences d’une success story comme on l’aime bien dans le nord dévasté de l’Angleterre. Après avoir travaillé pour Harriet Harman (actuelle leader par intérim du Labour) puis Gordon Brown, elle esquisse un début de carrière comme journaliste économique au sein du quotidien The Independant. Elle opte finalement pour la politique et, après avoir battu un blairiste de choc lors de la désignation, elle se fait élire, en 1997, dans le Yorkshire (circonscription de Pontefract et Castleford), l’ancien bassin minier anglais dévasté par le thatchérisme dans les années 80. Autant dire une sinécure pour n’importe quel travailliste. 1997 est aussi l’heure de la victoire pour le Labour et Tony Blair. Mais c’est dans l’ombre de Gordon Brown que grandit Yvette Cooper.

Cooper - Balls, couple à la ville comme au gouvernement

Cooper – Balls, couple à la ville comme au gouvernement

A seulement 30 ans, en 1999, elle devient junior minister (l’équivalent de secrétaire d’Etat en France) à la santé, ce qui fait d’elle la plus jeune membre du gouvernement. Elle ne quittera les bancs ministériels qu’en 2010, à l’occasion de la victoire des tories menés par David Cameron. En 2001, cette féministe défraie la chronique : elle est la première femme ministre à prendre un congé de maternité à l’occasion de la naissance du deuxième enfant qu’elle a avec son mari Ed Balls. En 2007, l’arrivée de son mentor Gordon Brown au 10 Downing Street lui vaut une promotion puisqu’elle prend la tête du ministère du Logement. Six mois plus tard, elle devient la première femme à occuper la fonction de Secretary for Treasury (ministre du Budget). Son mari devient lui aussi ministre, ce qui fait de leur couple le premier à siéger ensemble au gouvernement. Mais aujourd’hui, l’ancien conseiller politique de Gordon Brown, Ed, reste en retrait de la campagne de sa femme.

« Seconde division »

Dans ce cadre, Yvette Cooper gagne une solide réputation à l’occasion de ses réponses à l’opposition conservatrice d’alors. Si ses arguments sont rodés et témoignent de sa maîtrise des dossiers, la forme pèche. Elle apparaît froide, robotique et masque mal son irritation face aux postures de l’adversaire. Dans la même lignée, elle commet en 2010 un vrai faux pas. A l’occasion d’une rencontre avec les journalistes, elle fait passer une note à son collègue ministre évoquant « une conférence de presse de seconde division ». La note est filmée et, évidemment, diffusée.

Yvette Cooper et la presse de seconde divisionAprès la défaite électorale de 2010, Yvette Cooper songe à se présenter au leadership du Labour, consécutif à la démission de Gordon Brown. Finalement, elle décide de laisser son mari, Ed Balls, se présenter. Elle avance l’âge de ses enfants et la nécessité de préserver sa vie de famille pour expliquer son renoncement. La famille est à la fois le point fort et le talon d’Achille de cette mère de trois enfants. Elle tâche réellement de les protéger, à l’inverse de son collègue au sein du shadow cabinet et rival au sein du leadership Andy Burnham. Mais c’est aussi sur son absence d’enfants qu’elle attaque sa rivale, Liz Kendall, âgée de 40 ans.

Aujourd’hui, Yvette Cooper, shadow secretary à l’Intérieur, porte les espoirs du clan Gordon Brown dans le labour leadership, soit le centre-droit du Labour si le virevoltant Andy Burnham en incarne le centre-gauche.

Coincée entre Burnham et Kendall

Toujours aussi brutale, comme en témoigne son attaque ad feminem contre Liz Kendall, il faut reconnaître à Cooper qu’elle est, à l’heure où ces lignes sont écrites, la seule à tenter de répondre aux propositions politiques portées par le candidat de gauche Jeremy Corbyn. Elle lui a fait mal sur un point, lorsqu’elle a considéré comme démagogique la possibilité de rouvrir des puits de mines dans le sud du Pays de Galles. En tant que représentante d’une ancienne circonscription minière, Yvette Cooper a tapé juste.

Yvette Cooper, c'est plus la rage de vaincre.

Yvette Cooper, c’est plus la rage de vaincre.

En revanche, sa campagne a tardé à démarrer. Et elle a peiné à apparaître, coincée entre Andy Burnham, soutenu par les fidèles d’Ed Miliband, et la blairiste Kendall. Mis à part taper sur Corbyn, elle n’a fait émerger aucune proposition apte à réunir « le cœur et la raison », selon ses propres propos. C’est là toute la difficulté de faire vivre une campagne quand la différence ne se fait pas sur les idées et que l’on refuse d’utiliser les autres armes de la politique spectacle. Le slogan « une femme première ministre en 2020 » ne suffit pas au Royaume-Uni, puisque cela ne constituerait nullement un événement. Yvette Cooper est donc réduite au rang de candidate d’une fraction de l’appareil : celle du camp des héritiers de Gordon Brown, lequel ne le lui a même pas rendu. L’ancien premier ministre, marqué par sa défaite en 2010, s’est contenté, dimanche 16 août, d’une attaque fielleuse, entre les lignes, contre Jeremy Corbyn. Mais a refusé de soutenir un candidat.

Nathanaël Uhl

A suivre : mercredi 19 août, retrouvez le portrait de Liz Kendall.

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Bonus video : INXS – Suicide Blond

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