L’aile droite du Labour vote pour la guerre en Syrie et dans le parti

Le compromis adopté lors de la conférence d’automne semble loin. Après une semaine de débats tendus, le Labour se retrouve dans une situation délicate. Tard dans la soirée du 2 décembre, 66 Membres du Parlement Labour ont voté l’autorisation à l’aviation britannique de mener des frappes aériennes en Syrie contre l’Etat islamique Daesh. David Cameron l’emporte par 397 voix contre 223. L’ampleur du résultat lui permet d’avoir les coudées franches, mais il risque bien d’avoir du mal à tenir sa logique guerrière sur la longueur, tant les arguments en faveur de l’intervention armée ont pris du plomb dans l’aile lors du débat de dix heures qui a eu lieu, mercredi à la Chambre des Communes. D’ailleurs, il n’a pas traîné : 57 minutes après le vote, la Royal Air Force décollait pour mener des bombardements.

Pourtant, David Cameron conserve une capacité à se tirer une balle dans le pied comme personne. La veille du débat parlementaire, il n’avait pas hésité à déclarer que Jeremy Corbyn était un « sympathisant des terroristes », ramenant sans aucun doute des Membres travaillistes du Parlement à la raison. Cette fois le premier ministre n’a pas présenté d’excuse, malgré une quinzaine d’interventions exigeant qu’il le fasse.

Le jour même du vote, les manifestants s'opposaient à la guerre

Le jour même du vote, les manifestants s’opposaient à la guerre

L’issue de cette séquence politique laisse évidemment un goût amer à bon nombre de partisans de Jeremy Corbyn qui doivent se confronter à la réalité. Les suffrages des militants n’ont pas d’influence sur le groupe parlementaire, marqué par une sur-représentation des nostalgiques du blairisme, convaincus de leur fait et qui ne se remettent pas en en question malgré le bilan désastreux de l’intervention armée en Afghanistan, en Irak ou encore de celle en Libye, plus récemment. Il va de soi que pour certains MPs l’occasion était également trop belle de tenter de porter un coup au leadership Jeremy Corbyn.

L’émotion contre la raison

Pourtant malgré un rapport de force très défavorable – seuls 15 MPs sont proches de la gauche du parti-, Corbyn est tout de même parvenu à réunir derrière lui 152 membres du Parliamentary Labour Party. Et ce, en dépit d’une intervention qui manquait de conviction au parlement. Est-ce l’âpreté d’une semaine de débats particulièrement violents qui l’a amené à s’en tenir à un discours sans relief ? Son principal adversaire sur la question de l’intervention militaire, le shadow Foreign secretary, Hilary Benn lui a même ravi la vedette avec un discours salué par une exceptionnelle salve d’applaudissements. Jouant sur la corde sensible, le blairiste a réussi à éluder toutes les questions concrètes. L’émotion fait bien du mal à la raison, en Grande-Bretagne aussi.

Le leader et Hilary Benn ont porté des vues strictement opposées

Le leader et Hilary Benn ont porté des vues strictement opposées

Au sein du Shadow Cabinet, alors que la presse, dans la foulée de sa campagne permanente de dénigrement, décrivait un Jeremy Corbyn isolé, 16 membres le suivent, un s’abstient (le chief whip, comme la tradition l’exige quand il n’y a pas de consigne de vote et des divergences importantes) pendant que 11 ont voté pour l’intervention militaire. Cela n’a rien de surprenant, compte tenu du fait que le Shadow Cabinet a été constitué en rassemblant toutes les sensibilités au sein du Labour. Il n’y a pas de désaveu. En revanche on peut s’interroger sur le timing de la direction du Labour. Après un week-end de tensions, elle a tenu un discours très ferme sur le vote avant de lâcher du lest une heure avant la dernière réunion du cabinet fantôme. A l’évidence, en accordant la liberté de vote avant la rencontre, Jeremy Corbyn n’a pas réussi à apaiser les tensions.

Le scrutin montre qu’il n’y aura aucun répit pour le leader du parti. On le savait du côté de la presse quotidienne. Désormais, l’aile droite du parti redresse la tête espérant que les jours de Jeremy Corbyn à la tête du parti soient comptés. Nombre de ses représentants, s’ils ne s’accordent pas sur une personnalité pour les mener, répètent à l’envie qu’au mois de mai, si les résultats sont mauvais, ils demanderont la tête de Corbyn. Ca et là, la presse se fait l’écho de consultations pour trouver des bases légales à un coup d’état interne au parti travailliste.

La RAF a frappé Daesh une après le vote

La RAF a frappé Daesh une après le vote

Mais Corbyn doit, désormais, relever un autre défi, peut être tout aussi compliqué. Il doit calmer l’ardeur de ses partisans, qui ont manifesté fermement leur opposition aux frappes en Syrie en bombardant de mails, appels téléphoniques quand ce n’était pas en manifestant devant les permanences des MPs favorables à l’intervention militaire. Le leader du parti a du intervenir personnellement pour rappeler ses troupes à la raison, alors qu’il avait déclaré plus tôt que les MPs allaient devoir rendre des comptes aux adhérents. Les appels à désélectionner les MPs sortants qui ont voté pour les frappes aériennes se multiplient. Ken Livingston, co-président du comité de défense au sein du Labour et considéré comme un allié du MP pour Islington-North, a clairement appelé à ce faire. Reste à savoir dans quelle mesures ces mouvements d’humeur seront suivis d’effets.

#Notinmyname

En guise de lot de consolation, le vote des militants fait apparaître que 80 % des adhérents du Labour sont en accord avec Jeremy Corbyn (108.000 adhérents consultés l’ont fait savoir, soit un membre du parti sur six). Et plus largement, dans l’opinion publique, les sondages montrent qu’une majorité des personnes interrogées se disent opposées à la solution militaire de Cameron. Témoignant de l’émotion bien réelle, bon nombre d’artistes populaires s’exprimaient ce jeudi 3 décembre au matin en condamnant le vote de la Chambre des communes en utilisant le hashtag #Notinmyname.

Dans le spectre politique, le SNP demeure le parti le plus visible dont les représentants au parlement ont tous voté contre la guerre. Les écologistes, s’ils n’ont qu’une élue, sont restés soudés. Le Social Democratic and Labour Party a voté contre, ainsi que les gallois du Plaid Cymru. Le représentant de UKIP s’est aligné sur les Tories. Les Libs Dems ont mis au placard leurs divergences sur l’Irak, 6 d’entre eux sur 8 au parlement ont voté avec les tories.

Silvère Chabot

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