One Planet Summit : Theresa May se lance dans le greenwashing du parti conservateur

Elle a choisi le quotidien de centre-gauche de référence pour lancer sa campagne. Le jour même où se tient le sommet de Paris sur le climat, One Planet Summit, qui se tient à Paris ce 12 décembre, Theresa May a appelé, dans une tribune publiée dans The Guardian, à prendre à bras le corps la question du changement climatique. Elle qualifie l’aide aux pays vulnérables comme un « impératif moral ». Une position qui pourrait être saluée si les réalisations du gouvernement qu’elle dirige le permettaient. C’est loin d’être le cas.

Comme le rappelle Alternatives économiques, le Royaume-Uni se classe à l’antépénultième rang des pays d’Europe en ce qui concerne l’écart entre la situation de 2015 et les objectifs 2020 pour la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie. Seuls la France et les Pays-Bas font pire, selon les chiffres fournis par nos confrères.

Et la situation ne risque pas de s’améliorer malgré les propos vertueux de Theresa May. Selon une analyse du think tank Green Alliance, au fil de l’année 2016, un milliard de livres, initialement destinés à l’investissement dans les énergies vertes, ont purement et simplement disparu du budget de la nation. L’organisation non gouvernementale annonce que les budgets alloués aux éoliennes, au développement du solaire et de la géothermie ainsi qu’à la valorisation énergétique des déchets vont donc diminuer de 95% entre 2017 et 2020.

Qu’attendre d’autres d’un gouvernement dont la première ministre a supprimé le département de l’Energie et du changement climatique après sa prise de fonction à l’été 2016 ? On se rappellera aussi que sa secrétaire d’Etat à l’écologie d’alors, Andrea Leadsom, avait sollicité une rencontre avec des fonctionnaires pour être convaincue de la réalité du réchauffement climatique.

Par ailleurs, le cabinet de Theresa May continue de soutenir le développement de la centrale nucléaire nouvelle génération Hinkley Point C, dont le coût atteint désormais 20,3 milliards de livres et dont la livraison a été repoussée de 15 mois. Le nucléaire est donc l’alternative que soutiennent les conservateurs face au charbon, « l’un des moyens les plus sales et les plus destructeurs de produire de l’énergie« , selon les mots de la Première ministre. Le nucléaire et la fracturation hydraulique qui est, désormais, autorisée sur 45% du territoire.

Elle a donc fixé sa ligne de conduite en matière de changement climatique, prônant une approche résolue en direction des pays les plus défavorisés, auxquels elle promet de dégager 140 millions de livres de crédits supplémentaires :

« Il y a un impératif moral clair pour les économies développées, comme le Royaume-Uni, d’aider ceux qui, dans le monde entier, ont le plus à perdre des conséquences du changement climatique qui résulte de l’activité humaine. »

Elle aurait pu commencer à penser aux victimes des inondations qui, chaque année, frappent de plus en plus durement la Grande-Bretagne. Cette année, les premières ont eu lieu lorsque la tempête Brian a frappé le pays, le 23 octobre. Un nouvel épisode s’est produit un mois plus tard. Chaque fois, des centaines de familles ont du être évacuées. Et force est de constater que toutes les régions du Royaume-Uni ne sont pas traitées de la même manière, en matière de prévention des crues.

Enfin, Theresa May pourrait aussi se rappeler qu’un foyer britannique sur dix connaît la précarité énergétique, un chiffre qui s’élève à un sur cinq pour les familles qui vivent dans un logement appartenant à un propriétaire privé. Ces chiffres, datant de fin 2016, sont issus des statistiques du gouvernement. Au total, ce sont 2.3 millions de foyers qui souffrent d’une dépense énergétique disproportionnée par rapport à leurs revenus. Un tiers d’entre-eux sont constitués de personnes âgées de 60 ans et plus, selon l’ONG HomeCare.

Or, plus aucune obligation n’est imposée au niveau local en termes de mesures de lutte contre la précarité énergétique en vertu du localism agenda, imposé par la coalition entre tories et lib-dems entre 2010 et 2015. Les autorités locales sont libres de définir leur propre politique et de lever, ou non, les fonds nécessaires. Autant dire, là encore, que l’égalité de traitement des citoyens sur l’ensemble du territoire n’est plus garantie.

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