Elections locales : Jeremy Corbyn lance la campagne travailliste et rêve de faire passer Westminster au rouge

LES TRAVAILLISTES SONT EN ORDRE DE MARCHE. Ce jeudi 22 mars 2018, le leader du Labour, Jeremy Corbyn, a choisi Trafford, dans le Grand Manchester, pour lancer la campagne de son parti en vue des élections locales de mai prochain. Pour Corbyn et les travaillistes, tous les clignotants sont au vert. Il peut espérer prendre ce fief tory (au sein d’une aire métropolitaine acquise de longue date au Labour) tout comme les travaillistes rêvent de faire basculer les derniers conseils dont les conservateurs disposent encore à Londres.

Dans la capitale britannique où Sadiq Khan a défait les tories en 2016, le but avoué est de prendre les councils de Wandsworth et Barnet. Ces deux bastions bleu semblent devoir virer au rouge. Mais l’appétit du Labour ne s’arrête pas à puisque, sans l’avouer, ils nourrissent le secret espoir de prendre le symbolique council de Westminster, après que Karen Buck ait arraché une de ses deux constituencies aux tories en juin 2017. Sous couvert d’anonymat, un membre conservateur du cabinet a admis que ces trois councils pourraient bien passer aux rouges.

Le maire travailliste de Londres espère ramener les tories à leur score de 1992

Les tories semblent résignés à une défaite inéluctable. Selon Lord Hayward, le spécialiste conservateur des cartes électorales, le Conservative party serait en piste pour perdre la moitié de ses sièges à Londres. Ce qui pourrait le ramener sous la barre des 519 élus locaux dans la capitale, son score de 1992 et l’un des pires de son histoire. Selon le quotidien The Independent, le membre du gouvernement aurait indiqué que le parti conservateur, dont la direction a été remaniée en janvier, ne dispose d’aucune stratégie pour affronter le scrutin de mai prochain.

Selon une étude menée par un autre poids-lourd tory, Lord Michael Ashcroft, les Britanniques qui seront appelés aux urnes semblent décidés à utiliser les élections locales pour « punir » le gouvernement de Theresa May en raison du Brexit mais aussi des coupes budgétaires. Même les électeurs traditionnels du parti conservateur font part, selon Lord Ashcroft, de « donner un bon coup de pied au gouvernement« .

Selon l’ancien trésorier puis vice-président des tories, mêmes les électeurs qui ne tiennent pas rigueur au gouvernement du fiasco autour du Brexit « voient un gouvernement divisé sur la question européenne et qui manque à la fois d’énergie et de compassion pour s’attaquer aux autres problèmes urgents ».

Les coupes effectuées par le gouvernement dans les budgets alloués aux collectivités locales semblent désormais préoccuper les Britanniques. Elles sont estimées à 1.4 milliards de livres pour l’exercice 2017-2018. Selon la Local Governements Association (LGA – l’association non partisane des élus locaux), ces réductions ne seront pas compensées par la hausse de la fiscalité locale qui va rentrer en vigueur dès avril prochain. La hausse des dépenses sociales à la charge des autorités locales devrait, toujours selon la LGA, déboucher sur la réduction des dépenses en faveur des centres d’accueil pour enfants, des bibliothèques et même des réparations de route.

Dans ce contexte, le Labour peut, tranquillement, dérouler son axe de campagne selon lequel l’austérité imposée par Theresa May, dans la continuité de David Cameron, aura pour effet que les Britanniques devront payer plus pour disposer de moins de services. Lors des Prime Minister’s Questions (PMQs – la séance hebdomadaire des questions à la première ministre), Jeremy Corbyn n’a pas manqué de concentrer ses attaques sur ce seul sujet. Dans la foulée, il a estimé, ce matin à Trafford, que le gouvernement « a réduit de moitié » les budgets alloués aux autorités locales.

« Il faut utiliser les élections locales pour dire à ce gouvernement que, désormais, trop c’est trop », a proposé Corbyn.

Il y a même désormais des élus tory pour reprendre les arguments développés par le leader travailliste. Il en va ainsi de la leader du Northamptonshire, qui est officiellement en faillite faute de pouvoir équilibrer ses comptes. Ce council était pourtant présenté comme le meilleur élève du conservatisme local. En 2014, les tories y ont initié un « plan pour la prochaine génération ». Estimant que « le vieux modèle de gouvernement local a fait son temps », ils ont lancé la généralisation de la sous-traitance des services du comté quand ces derniers n’ont pas été transformés en entreprises lucratives. Pour la leader du Northamptonshire council, Heather Smith, la responsabilité de la banqueroute du comté revient aux coupes budgétaires décidées par le gouvernement.

Militants travaillistes de Traffort et Altrincham (c) Stephane Savary

Dans ce contexte, les travaillistes n’ont pas le droit à la défaite. D’autant qu’ils doivent faire oublier les quelque 400 sièges perdus lors des élections locales de mai 2017. Pour Theresa May, limiter la casse, notamment dans les bastions conservateurs, est une question de survie politique.

Les élections vont se tenir dans 32 councils londoniens et 119 autres en Angleterre le 3 mai prochain. Par ailleurs, les électeurs sont appelés à désigner les maires de Hackney, Lewisham, Newham, Tower Hamlets, Watford ainsi que celui de Sheffield City region.

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