Brexit : Theresa May trouve une majorité pour un accord condamné par avance

UN VOTE POUR RIEN. La Chambre des Communes a donné une majorité à la proposition défendue par Theresa May, ce mardi 29 janvier. Après avoir intégré un amendement retoquant l’idée d’un « filet de sécurité » pour prévenir le retour à une frontière physique entre les deux Irlande, la première ministre va donc devoir revenir à Bruxelles pour tenter de renégocier sur ce sujet plus délicat que jamais. Mais l’Union européenne a dégainé la première, affirmant dès lundi que ce point ne serait pas rediscuté. « Les négociations sont finies« , a rappelé Sabine Weyand, l’adjointe allemande au négociateur en chef de l’Union européenne. Elle a également affirmé que le risque d’une sortie du Royaume-Uni sans accord est « élevé« .

Dans une ambiance délétère, où les cris ont succédé aux insultes et aux lazzi, la Chambre des Communes a passé son mardi après-midi à débattre d’un plan qui n’a de B que le nom. Un exercice rendu obligatoire par la défaite cruelle qu’a connue Theresa May sur son premier projet. La première ministre n’a modifié sa copie qu’à la marge, confirmant que la Grande-Bretagne paiera la facture du divorce (39 milliards de livres) et souhaitant que la période de transition soit étendue au 31 décembre 2021 (au lieu de 2020). Et pour sceller l’unité des conservateurs, ce qui semble être sa seule obsession, la première ministre a accepté un amendement déposé par Graham Brady, le patron du 1922-Committee, qui rassemble les backbenchers tory.

Le texte, adopté avec le soutien des europhobes conservateurs du European Research Group (ERG) et 16 voix de majorité, stipule que le « filet de sécurité » sera « remplacé par un autre dispositif destiné à prévenir le retour à une frontière physique » entre les six comtés de l’Ulster dépendant de Londres et la République d’Irlande. Les leaders du ERG ont toutefois averti : ce vote doit permettre à Theresa May d’obtenir un recul de Bruxelles. « En cas d’échec, nous ne sommes liés à rien« , prévient Steve Baker, son vice-président. Le groupe qui compte près de 70 membres du parlement préfère toujours clairement un no-deal plutôt que ce qu’ils considèrent comme « un mauvais accord ». Le son de cloche est strictement le même du côté des Unionistes du DUP. En clair, si l’UE recule sur le filet de sécurité, ils soutiendront le projet d’accord présenté par Theresa May, sinon ils le torpilleront.

Conséquences de ces arrangements entre amis, l’amendement présenté par le parti travailliste pour empêcher, par la loi, une sortie sans accord de l’Union européenne a été battu par une majorité de 31 voix. Une proposition très similaire mais « indicative« , donc sans valeur contraignante, a été, en revanche, adoptée par 318 votes contre 310. Une proposition d’amendement transpartisane déposée par la MP Labour Yvette Cooper a été également retoquée par 23 votes de majorité. Elle prévoyait l’extension de l’article 50 jusqu’à la fin de l’année 2019. Pour relancer la guerre interne qui couve parmi les travaillistes, 14 parlementaires du Labour, malgré le soutien officiel du Frontbench, n’ont pas soutenu le texte présenté par Yvette Cooper.

Un autre ajout, présenté par l’ancien Attorney General conservateur et europhile Dominic Grieve a été encore repoussé par une majorité de 20 voix. Il proposait de donner la prééminence des pouvoirs à la Chambre des Communes dans le processus à venir, en l’autorisant à déposer des motions transpartisanes à examiner en priorité. Le soutien officiel du Labour n’aura pas suffi tant les tories se sont, lors de cette série de votes, regroupés autour du texte de Theresa May. Cette dernière n’a eu de cesse, depuis sa défaite d’il y a deux semaines, de donner des gages à son aile droite.

Le point clé, ce soir, est qu’il n’y a aucune majorité pour étendre l’article 50, c’est à dire la période de négociation avant le retrait effectif de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Cela montre aussi qu’il n’y aura aucune majorité possible pour un éventuel second référendum sur le Brexit.

Du côté de Bruxelles, le ton semble s’être raffermi depuis lundi. Négociateurs et chefs d’Etat se succèdent pour affirmer que la position britannique accroît le risque d’une sortie sans accord « par accident ». Sabine Weyand a sorti l’artillerie lourde pour rappeler que le « filet de sécurité » entre les deux parties de l’Irlande « est une proposition élaborée par le 10 Downing Street ». Elle laisse peu de place à ce que le camp européen accepte de rouvrir ce dossier. Les fissures que nous observions de ce côté de la Manche semblent bien avoir été comblées et l’Irlande refait l’unanimité, de façade, en sa faveur.

Pendant ce temps, un groupe baptisé « new IRA » (Nouvelle armée républicaine irlandaise) a renoué avec les attentats. Un ancien commandant de l’IRA du temps des « troubles » glisse que la violence pourrait reprendre si la communauté nationaliste nord-irlandaise se « sentait trahie » avec la mise en oeuvre d’un Brexit dur, sans accord.

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