Labour Leadership, premier débat télévisé à Nuneaton

Les 4 candidats à la direction du Labour party se sont retrouvés à Nuneaton (Warwickshire) le 17 juin pour le premier débat politique retransmis par la BBC 2. C’est l’occasion de voir Andy Burnham, Yvette Cooper, Jeremy Corbyn et Liz Kendall se confronter après qu’ils aient obtenu leur nomination.

Chacun a pu se faire une idée de ce que le débat aurait donné sans la présence du candidat de gauche Jeremy Corbin, les trois autres prétendants se sont livrés à des présentations autobiographiques, promettant de sortir de la bulle de Westminster ou de regagner les 5 millions d’électeurs que le Labour a perdu depuis 2010.

Jeremy Corbin s’est affranchi de l’exercice rituel pour aborder directement le cœur du sujet, une intervention politique résumée par ces mots : « du travail, des logements et de l’espoir pour tous« .

Un slogan plus mobilisateur que les présentations de ses prédécesseurs, qui lui a valu une victoire à l’applaudimètre. Il a été le seul à aborder la question de la guerre « illégale » en Irak dont le Labour paie encore le prix parmi ses électeurs, recevant encore des applaudissements nourris. Pas un mot des trois autres sur cette question, mais il sera difficile pour eux d’ignorer la réaction du public.

le labour converti au contrôle de l'immigrationSur l’immigration, Cooper, Kendall et Burnham ont rivalisé d’engagements pour encadrer plus fortement les flux migratoires. Quelques jours plus tôt, un sondage faisait état que la classe ouvrière britannique juge le Labour « pas assez patriotique ». Sur ce point encore, seul Jeremy Corbyn a fait entendre un autre son de cloche rappelant, notamment, que le NHS serait en plus mauvais état sans la main d’œuvre immigrée. Il a plus généralement souligné l’apport de l’immigration à l’économie.

Puis, la journaliste de la BBC a questionné les candidats sur Nicola Sturgeon, leader du Scottish National Party, censée les embarrasser. Le MP d’Islington North, Jeremy Corbyn, a rappelé qu’il a partagé une plateforme avec la première ministre écossaise : « Elle a mis en avant une plateforme anti-austérité conséquente. Le Labour ne l’a pas fait pendant ces élections. »

Labour partyQuestionné sur ses chances de victoire, le candidat de gauche a conclu : « Les gens en ont assez de la politique des personnalités. Il veulent quelque chose plus en rapport avec une politique de mouvement ».

La question économique a ensuite pris le dessus, le Labour ayant été accusé de manquer de contenu sur le sujet. Le parti travailliste doit aussi faire face à une remise en cause de ses choix de dépenses lorsqu’il était au gouvernement. L’animatrice de la soirée a donc demandé aux prétendants si l’excédent budgétaire était l’objectif prioritaire. Evidemment, Corbyn a répondu par la négative estimant que le « plus important reste d’avoir un service de santé efficace, un toit et un emploi. Il devrait y avoir une croisade nationale contre la crise du logement quand on voit le nombre de gens qui dorment dans la rue et demandent la charité ».

Liz Kendall a affirmé, à cette occasion, son désaccord avec son adversaire. « Tant que nous n’équilibrerons pas les comptes et que nous ne réduirons pas la dette, les gens ne nous ferons pas confiance. Nous devrions soutenir le monde des affaires ; nous devrions encourager les gens qui ont la tripe d’aller de l’avant. Nous sommes trop sur les bas salaires, sur une économie de peu de talents ».

Le débat s’est conclu sur la question des allocations. En effet, le système britannique a ceci de particulier qu’il est plus facile d’obtenir des indemnités pour un arrêt maladie de longue durée que des indemnités pour perte d’emploi. Qui plus est, les indemnités pour maladie sont plus élevées que celles liées au chômage. Yvette Cooper a rappelé que, lorsqu’elle était au gouvernement, elle a créé le « Future Jobs Fund » qui obligeait les bénéficiaires à travailler pour pouvoir bénéficier des allocations… Quant à Burnham, il a estimé que « les gens considèrent que les allocataires touchent trop. Mais il y a une campagne qui vise à diaboliser les bénéficiaires de l’aide social. C’est cruel. A la fin, la réponse reste plus d’emplois et plus de meilleurs emplois ».

les quatre prétendants avant le débatGrâce à la présence de Jeremy Corbyn, nous avons échappé à un débat convenu. Néanmoins, certaines interrogations demeurent. Dans un cadre de débat étriqué (une heure de questions réponses), nombre de personnes dans le public sont restées sur leur faim. Le candidat de la gauche a apporté peu d’éléments de réponses concrets, allant au delà de la dénonciation du système, ou de la nécessité de « croire en la Grande Bretagne ».

Il n’y a donc pas de vainqueur à l’issue de cette première confrontation. Outre Corbyn qui fait entendre une voix singulière, Yvette Cooper a réussi à faire parler son expérience et son vécu, pour défendre la ligne du Labour. Liz Kendall a été la plus offensive sur les questions économiques sans que l’auditoire ne semble réceptif à ses arguments. A l’issue du débat, les commentateurs commencent à évoquer la possibilité que la candidate blairiste se retire de la course. Quant à Burnham, il a semblé peu à son aise. C’est peut être lui qui a perdu le plus de points, ce qui n’est pas anormal tant il est archi-favori. Mais sa maladresse dans l’expression en public va compter. Le leader du Labour est appelé à devenir Premier ministre en cas de victoire électorale….

Silvère Chabot

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Bonus vidéo : The Streets – Let’s Push Things Forward

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