Libéraux Démocrates : le parti invisible

En cette semaine du 21 septembre 2015, les Lib-Dems (Libéraux Démocrates) tiennent leur conférence à Bournemouth dans l’indifférence générale. La presse britannique s’intéresse plus volontiers à l’introduction du pénis de David Cameron dans une tête de cochon mort, entre autres révélations croustillantes du livre « Call Me Dave » de Lord Ashcroft. Tim Farron, nouveau leader élu dans un scrutin impliquant quelques dizaines de milliers d’adhérents, avait annoncé à la veille de ce rassemblement annuel, qu’il y aurait des ralliements de membres du Parlement issus du Labour en faveur des Lib-Dems à la suite de l’élection de Jeremy Corbyn. Finalement, la seule annonce qui s’en rapproche est la défection d’une conseillère libérale de Londres en faveur… du parti travailliste.

Tom Watson, deputy leader du Labour, n’a d’ailleurs pas manqué de moquer les annonces sans lendemain de Tim Farron : « Ces défections, ce serait comme quitter les Beatles et rejoindre un tribute Band de Bananarama ». Et, finalement, c’est même le contraire qui se produit comme un retour de boomerang. Jennifer Churchill, élue de Teddington, a annoncé qu’elle quitte les Libs Dems pour rejoindre le Labour Party. Elle explique ce choix par la nouvelle ligne politique libérale-démocrate.

Tout va au mieux pour les Lib-Dems

Tout va au mieux pour les Lib-Dems

En conférence, les Libs Dems font comme si de rien n’était. Ils débattent du désarmement nucléaire unilatéral et votent contre ; puis discutent de la crise du logement et des aides sociales. Sans se montrer totalement dans le déni quant aux raisons de la défaite catastrophique aux élections générales qui a réduit leur groupe parlementaire de 57 à 8 élus, ils continuent d’expliquer à qui veut bien l’entendre que l’élection de Jeremy Corbyn ouvre aux Lib-Dems « un espace politique considérable ». Pourtant les sondages se succèdent et rien ne semble faire décoller le parti. Tim Farron annonce que le parti aurait 80.000 membres dont 3.800 à Londres et qu’il est « celui qui gagne le plus d’élections partielles ». Les statistiques ne plaident pas en sa faveur, mais plutôt en celle du Labour et du SNP.

Nick Clegg, ancien leader et vice-premier ministre de David Cameron jusqu’en mai 2015, continue à présenter son parti comme l’enfant prodigue qui va forcément revenir au premier plan. Pour le nouveau patron des libéraux-démocrates, Tim Farron, les Lib-Dems sont « les seuls opposants crédibles » au gouvernement conservateur. Pour assurer la cohérence politique, il a lancé une attaque contre les tories qui, du haut d’une majorité reposant sur 24 % des électeurs inscrits, « n’ont pas de mandat démocratique ». Dans la foulée, il a menacé David Cameron de bloquer, avec les 101 pairs Lib-Dems à la Chambre des Lords, l’engagement d’étendre le « droit d’acheter » les logements sociaux aux associations de locataires (113.000 logements sont concernés).

Tim FarronMalgré la déroute de mai dernier, les Lib-Dems estiment toujours que la coalition avec les conservateurs de 2010 à 2015 était justifiée, même si Tim Farron a fait campagne pour le leadership du parti en critiquant la participation au gouvernement. Ce dernier a même annoncé, à Bournemouth, que son parti pourrait participer, si leur nombre de parlementaires le permet, à un gouvernement Tory (excluant d’emblée une coalition avec le Labour) en 2020. La crédibilité de la posture de Tim Farron quant à la politique du logement menée par David Cameron est donc questionnée.

Sur l’Europe, le parti est plus constant. Il va (sans surprise) se positionner en faveur du maintien du Royaume Uni dans l’Union Européenne. Tandis qu’à Londres, Tim Farron se dit prêt à un compromis sur la question de l’aéroport d’Heathrow. S’il refuse l’extension de celui ci avec une troisième piste, il est prêt à accepter l’agrandissement de Gatwick ou Stansted, malgré l’opposition des militants Lib-Dems locaux qui ont déjà refusé ces propositions. Dans ce contexte ce sera difficile pour Caroline Pidgeon, nouvellement désignée candidate Lib-Demn à la maire de Londres. En effet, elle a déjà expliqué que Londres est « une ville enregistrant le honteux record en matière de pollution de l’air qui affecte particulièrement les enfants et qui envoie prématurément au cimetière des milliers de personnes chaque année ». Ce qui justifie le refus de l’extension de tout aéroport.

Lors des élections à la mairie de Londres en 2008, les Lib-Dems sont arrivés quatrième, dépassés par le Green Party. Avec cette cacophonie aéroportuaire en vue, ils risquent fort une nouvelle sortie de route.

Silvère Chabot

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Bonus vidéo : The Dead Weather – I Can’t Hear You

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