Les élections locales, premier test pour Corbyn et Cameron

Bien malin qui peut prédire le visage politique qu’affichera la Grande-Bretagne dans 5 semaines. Le 5 mai, les Britanniques sont appelés aux urnes pour les élections locales. Trois scrutins seront particulièrement observés : les élections à l’assemblée nationale pour le Pays-de-Galles, celles au Parlement écossais et la succession de Boris Johnson comme maire de Londres. Mais, en parallèle, les électeurs désigneront leurs représentants dans bon nombre de comtés et de districts ainsi que dans les assemblées métropolitaines. Le scrutin pour 40 des 42 Police and Crime Commissioners pour l’Angleterre et le Pays-de-Galles se tiendra le même jour de même que l’élection des membres de l’Assemblée d’Irlande du Nord. Pour le Labour comme pour les Tories, ce sera un premier test, un an après les élections générales. Alors que les travaillistes étaient partis pour encaisser un recul, les dernières enquêtes d’opinion font apparaître un retournement assez net.

En bleu : comtés tories ; en rouge : comtés labour ; En noir : comtés sans majorité

En bleu : comtés tories ; en rouge : comtés labour ;
En noir : comtés sans majorité

 

Pour Jeremy Corbyn, les sondages récents constituent une bouffée d’air frais. Le leader du Parti travailliste est attendu au tournant de ce 5 mai. Son agenda politique de gauche fait toujours face à l’opposition larvée d’une majorité du Parliamentary Labour Party, qui regroupe les membres du Parlement et de la chambre des Lords. Une défaite des travaillistes lors des scrutins de mai sonnerait le début de la fin pour le vétéran socialiste. D’autant que, lors des précédents scrutins locaux, le Labour n’a jamais perdu de sièges quand le gouvernement était dirigé par les conservateurs, même sous Thatcher. C’est dire combien les deux premières enquêtes qui donnent le Labour en tête face aux Tories sont réconfortantes pour l’équipe Corbyn. C’est particulièrement vrai quand l’une d’elle met – pour la première fois depuis son élection à la tête du parti – le membre du parlement pour Islington-North devant Cameron en termes d’opinion favorable.

Reste que les situations sont extrêmement contrastées. En Irlande du Nord, les accords de paix stipulent que le premier ministre est forcément un protestant et le vice-premier ministre un catholique. L’enjeu est donc de prendre le leadership au sein de sa propre communauté. Si le Sinn Féin est assuré de garder sa position au sein de la communauté catholique, du côté protestant l’affrontement politique est à son comble entre le Democratic Unionist Party, dont est issu l’actuel premier ministre, et l’Ulster Unionist Party, qui ambitionne de retrouver son aura passée. Le Social democrat and Labour Party, allié nord-irlandais du Labour, actuelle 3e force politique de la région après le DUP et le Sinn Féin, tentera de conserver ses positions.

Pays-de-Galles : le Labour en tête

Le travailliste Carwyn Jones devrait retrouver sa place de First minister du Pays-de-Galles

Le travailliste Carwyn Jones devrait retrouver sa place de First minister du Pays-de-Galles

Au Pays-de-Galles, l’annonce mardi 29 mars de la vente du site sidérurgique de Port Talbot par son actuel propriétaire Tata Steel obère toute possibilité de progression du vote conservateur. Dans ce bastion travailliste, la confrontation se jouera, une fois de plus, entre les travaillistes au pouvoir au parlement national gallois et les nationalistes de centre-gauche Plaid Cymru. Les derniers sondages confirment la bonne tenue du Labour qui dirige le Pays-de-Galles sans discontinuer depuis la dévolution. Il est crédité de 34 % des intentions de vote, pour 21 à Plaid Cymru et 21 aux Tories. Réalisé le 22 mars, il ne prend évidemment pas en compte l’effet dévastateur des annonces sur l’avenir de la sidérurgie. Plaid Cymru, en progression, pourrait obtenir entre 11 et 15 sièges sur 60. Mais les nationalistes sont bien loin de leur score de 2001. Puissamment implantés dans le nord du Pays-de-Galles, ils ont toutes les peines du monde à se poser en alternative au Labour qui règne en maître dans le sud industriel.

En Ecosse, Nicola Sturgeon dans un fauteuil

En Ecosse, rien ne semble résister à Nicola Sturgeon

En Ecosse, rien ne semble résister à Nicola Sturgeon

En Ecosse, en revanche, les nationalistes de centre-gauche du Scottish national party (SNP) sont en bonne voie pour reconduire Nicola Sturgeon au poste de première ministre. Surfant sur la dynamique née du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, le SNP pourrait bien finir d’éradiquer toute forme d’opposition au parlement local. Le parti de Nicola Sturgeon a remporté 56 des 59 constituencies de la région lors des élections générales de mai 2015. Malgré une élection à double niveau qui associe scrutin majoritaire uninominal de constituencie à un scrutin de liste, rien ne semble en capacité d’empêcher le SNP de rafler la majorité absolue des suffrages et des sièges dans le nouveau parlement écossais. Pour le Labour, conserver ses 38 sièges (sur 129, le SNP en dispose de 64) apparaîtrait comme une victoire. Las, au regard de la situation politique actuelle, elle semble hors de portée malgré l’élection de la jeune Kezia Dugdale à la tête du Scottish Labour, l’annonce d’une nouvelle autonomie des travaillistes écossais vis-à-vis de Londres et les venues mensuelles de Jeremy Corbyn sur place.

Londres devrait renouer avec le rouge

Sadiq Khan (droite) devrait triompher du tory Zac Goldsmith (gauche)

Sadiq Khan (droite) devrait triompher du tory Zac Goldsmith (gauche)

Reste Londres où le Labour est en bonne position de reconquérir ses positions. Le candidat travailliste, Sadiq Khan, fils d’un conducteur de bus pakistanais, est crédité d’une confortable avance sur son adversaire conservateur, le milliardaire Zac Goldsmith. Londres pourrait donc bien retrouver sa couleur rouge traditionnelle après les deux mandats du conservateur eurosceptique Boris Johnson. Le candidat conservateur a donné, depuis plusieurs mois, un tour aigre à la campagne. Alors que Sadiq Khan n’a jamais caché sa confession musulmane, Zac Goldsmith a évoqué la « radicalité » de son adversaire. En une période marquée par les menaces terroristes de Daesh sur la Grande-Bretagne, le qualificatif « radical » a fait grand bruit amenant Goldsmith à un semi retrait sur une soit disant « radicalité politique », alors que l’attaque initiale jouait sur l’ambiguïté religieuse. Elle est d’autant plus irrecevable que Sadiq Khan n’est pas un fervent partisan de Jeremy Corbyn. Plus récemment, les équipes de campagne conservatrices ont envoyé des courriers ciblant principalement les Londoniens dont le nom de famille laisse à penser qu’ils sont d’origine Indienne, jouant sur l’opposition entre l’Inde et le Pakistan. Ces manœuvres ne semblent toujours pas permettre à Zac Goldsmith de combler son retard.

Il faut aussi relever que les Londoniens ont pris pour habitude de se doter de maires en rupture, ne serait-ce que symbolique, avec l’establishment. Ken « red » Livingston apparaissait ainsi comme le meilleur opposant interne à Tony Blair lors de ses deux mandats. Boris Johnson, bien que digne représentant d’Oxbridge, était plus apprécié pour sa gouaille, ses gaffes calculées et ses costumes tachés. Dans ce contexte, le fils d’un chauffeur de bus a plus de chances de remporter la mise qu’un millionnaire lisse et conservateur à l’excès.

Silvère Chabot et Nathanaël Uhl

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Bonus vidéo : Massive Attack feat. Young Fathers – Voodoo In My Blood

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