Qui est Theresa May, la nouvelle première ministre britannique ?

Une nouvelle dame de fer va prendre possession du 10 Downing Street. A l’issue des Prime Minister Questions (PMQs, les questions au premier ministre), David Cameron a quitté officiellement son poste de chef du gouvernement britannique. Il a été remplacé dans l’heure par Theresa May, actuelle secrétaire d’Etat à l’Intérieur. Agée de 59 ans, la nouvelle dirigeante du Royaume-Uni a triomphé, sans coup férir, de tous ses adversaires dans un Tory leadership express. L’ancienne présidente du parti conservateur voit enfin la réalisation de ses ambitions et la récompense d’un parcours quasiment vierge de toute erreur politique.

Ancienne cadre de la Banque d’Angleterre, elle est membre du parlement pour Maidenhead dans le Berkshire depuis 1997. Elle a été réélue en mai 2015 avec 54% des voix. Auparavant, elle était allée se faire les dents dans le bastion travailliste de North-West Durham lors des élections générales de 1992 puis dans la constituency de Barking, autre fief du Labour, lors de la partielle de 1994 qui a vu l’élection de la blairite Margaret Hodge. Ces expériences ont fini de forger le caractère de Theresa May. Elle n’a jamais reculé devant les tâches difficiles, acceptant avec joie le poste toujours très exposé de Home Secretary dès le premier cabinet Cameron en 2010. Six ans plus tard, elle détient le record de longévité dans cette fonction, tous gouvernements confondus.

Theresa May Home secretaryCe n’était pas gagné d’avance. Theresa May a entretenu des relations difficiles avec les services de Police. Après les émeutes de 2011, elle a condamné l’usage des canons à eau sur les émeutiers, précisant : « Ce n’est pas ainsi que nous faisons la police en Grande-Bretagne. La manière dont nous assurons la police dans ce pays est au travers du consentement des communautés ». Dans le même ordre d’idées, elle a tenu des propos très fermes sur la police du South Yorkshire après qu’une commission indépendante ait établi la responsabilité des unités chargées du maintien de l’ordre dans le massacre de Hillsborough.

Cela ne signifie pas que Theresa May soit une libérale en matière de sécurité. Toujours après les émeutes de 2011, elle a demandé que l’anonymat des jeunes émeutiers condamnés soit levé, contre la tradition judiciaire britannique. Plus récemment, elle s’est illustrée par une fermeté radicale dans la gestion de la crise des réfugiés. Bénéficiant d’une réputation de libérale, la nouvelle première ministre est, pourtant, un pur produit du conservatisme britannique des années 80, quand Margaret Thatcher était au pouvoir.

Elle a gardé de sa désormais prédécesseur une rhétorique plus proche du peuple que celle de Cameron. Elle emprunte certes à ce dernier le « one nation conservatism » mais elle le renforce d’une attaque, à tout le moins verbale, contre la caste des privilégiés. Présentant sa candidature au leadership des conservateurs, elle a affirmé :

« Je veux que la Grande-Bretagne ne soit pas un pays pour une poignée de privilégiés mais pour chacun d’entre nous ».

Theresa May à CalaisUn registre discursif qui, tout en se référant au projet « inclusif » de David Cameron, trouve des échos chez Margaret Thatcher qui avait pour but d’élargir la base sociale du parti conservateur en direction des cols bleus. En élisant le duo d’aristocrates Cameron et Osborne à leur tête, les tories avaient envoyé un message de rupture avec cette stratégie. Theresa May va la reprendre à son compte. Premier signe : elle a annoncé son intention de s’attaquer aux « avantages acquis d’une minorité de privilégiés » dans le monde de l’entreprise. Ainsi, elle indique souhaiter que des représentants des salariés siègent dans les conseils d’administration des principales sociétés britanniques et que le contrôle des rémunérations des dirigeants soit beaucoup plus étroit.

Pour renforcer la crédibilité de son propos, Theresa May n’oubliera pas de rappeler qu’elle est la fille d’un vicaire Anglican. Elle est donc issue d’un milieu plutôt modeste et affiche, également, une certaine rigueur morale. Rigueur que l’on retrouve dans ses rapports humains. Si elle connaît bien le parti conservateur, notamment pour l’avoir présidé, elle ne goûte guère les rapports sociaux obligés. On ne la trouvera guère au bar de la chambre des Communes ou à réunir des « amis » de circonstance pour un repas. Theresa May compte sur son travail pour faire reconnaître ses capacités.

Theresa May n'a jamais caché son dédain pour son prédécesseur

Theresa May n’a jamais caché son dédain pour son prédécesseur

Cela étant, il ne faut pas attendre de la future première ministre un changement radical de position politique par rapport au gouvernement précédent. Elle partage l’idée que la classe ouvrière serait désormais réceptive à « la valeur travail contre l’assistanat ». Elle fait sien le credo de Cameron et Osborne selon lequel la Grande-Bretagne doit devenir un pays avec « moins d’impôt, moins d’aides sociales mais des salaires plus élevés ». Et moins d’immigrés aussi. Cette ligne politique a présidé à la suppression de près de 12 milliards de livres en crédits d’impôt et aides sociales…

Enfin, Theresa May a, à plusieurs reprises, confirmé que le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. Elle l’a encore précisé la veille de son arrivée prévue à Downing Street :

« Le brexit est le brexit. Et nous allons en faire une victoire. »

Si elle a choisi le camp de David Cameron lors de la campagne référendaire, ce n’est que par loyauté. Outre-Manche, nul n’ignore que May est une eurosceptique pragmatique, tout comme celle qui l’a précédée dans la demeure des premiers ministres britanniques. Elle s’est d’ailleurs tenue très en retrait de la campagne, gagnant en hauteur. Cela a sans doute contribué à faciliter son accession à la fonction suprême.

Dans les nombreuses rumeurs qui alimentent la composition de son cabinet, un seul poste ne change jamais : le secrétariat d’Etat au Brexit sera occupé par Chris Grayling, un des principaux organisateurs de la campagne sortiste et son directeur de campagne dans la guerre éclair qui a tenu lieu de tory leadership. Chris Grayling n’est pas réputé très arrangeant. Et Theresa May non plus.

Nathanaël Uhl

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