Escalade politicienne dans la crise des migrants de Calais

Si le leadership du Labour passionne la frange militante et les médias considérés comme sérieux, le vrai sujet de cet été 2015, en Grande-Bretagne, reste la question des migrants. Considérée comme étant à son plus haut niveau historique, la question est jugée comme un des sujets les plus importants auxquels le pays doit faire face par un britannique sur deux. La crise humanitaire qui se déroule dans l’indifférence générale à Calais, singulièrement, alimente une surenchère entre les tabloids et une partie de la classe politique britannique. Ainsi, l’eurodéputé eurosceptique Nigel Farage, leader de UKIP, peut tranquillement appeler à « envoyer l’armée » pour « stopper l’invasion ». Bien peu s’en émeuvent.

En fait, bien peu se questionnent sur les raisons de cet afflux massif de réfugiés en Europe, la Grande-Bretagne ne constituant pas une exception dans ce domaine. Les guerres civiles en Syrie et en Erythrée ; la violence aveugle déchaînée par Daesh en Syrie et en Irak ; l’abandon des Kurdes qui résistent à l’organisation terroriste par la communauté internationale amplifient le flot des émigrants économiques et des réfugiés climatiques. La Méditerranée est devenue un lieu de confrontation entre une Europe qui dit vouloir « se protéger » et des migrants promis à une mort certaine.

Barrières à CalaisPourtant, le toujours « très modéré » Daily Mail peut titrer tranquillement « Nous n’avons pas laissé entrer Hitler. Pourquoi nos dirigeants affaiblis ne peuvent-ils pas stopper quelques milliers de migrants épuisés ? » D’autres tabloids se sont déchaînés au fil de l’été sur le même thème, reprenant à leur compte la rhétorique de Nigel Farage sur « l’invasion » et l’appel aux forces armées. Le message a été reçu au 10, Downing Street. Ce dimanche 24 août, selon Daily Mail, le gouvernement britannique a soutenu le recours à la force pour imposer des relevés d’empreintes digitales aux migrants, suivant en cela une directive de la Commission européenne. Cette ligne dure prévoit que les migrants qui refuseraient de se faire enregistrer seraient incarcérés avant d’être renvoyés dans leurs pays d’origine.

UKIP a réussi à imposer ses thèmes

Il se trouve que, selon les termes du ministre de l’Immigration britannique James Brokenshire, « il est devenu clair que certaines nationalités (Syriens et Erythréens) refusent de suivre les consignes relatives aux empreintes digitales ». Là encore, aucun questionnement sur les raisons potentielles de ces refus de masse, comme les probables conséquences sur les familles obligées de rester au pays, par exemple… Quelques jours plus tôt, le jeudi 20 août, Theresa May, ministre de l’Intérieur britannique, et son homologue français Bernard Cazeneuve, se sont rendus à Calais. Ils ont mis sur la table leur accord pour une politique essentiellement répressive. Ils ont ainsi signé un accord franco-britannique qui prévoit la mise en place d’un centre conjoint de commandement et de contrôle à Coquelles. Il s’agit de « trouver et démanteler les membres du crime organisé qui tentent de faire passer en contrebande des migrants vers le nord de la France et à travers la Manche », précise le ministère britannique de l’Intérieur dans un communiqué.

Theresa May à CalaisL’accord majoritaire de la population en faveur de mesures anti-immigration ne résulte pas d’une montée du racisme chez le britannique lambda. Le parti eurosceptique et anti-immigration UKIP a réussi à imposer ses thèmes de campagne à la majorité de la classe politique londonienne qui, depuis, se livre à une redoutable surenchère sur le sujet. Même le Labour a reculé en acceptant d’inclure dans son programme en vue des élections générales de mai 2015 le durcissement des contrôles anti-immigrés… Ceci alors que, en 2014, la Grande-Bretagne a eu à instruire 31,745 demandes d’asile (pour 10,000 réponses positives) quand la Suède en a reçu 81,180 et l’Allemagne plus de 2020,000…

La fermeture du centre de Sangatte, pour controversé que son fonctionnement ai pu être, en 2002, a aggravé les conditions d’accueil du côté français. Les migrants en sont réduits à construire des abris de fortune, à proximité du port, dans une zone désormais baptisée « la jungle ». La société Eurotunnel, qui affirme avoir consacré plus de 9,7 millions de livres depuis le début de l’année 2015, estime à 37,000 le nombre de tentatives de passage clandestin vers la Grande-Bretagne.

Les migrants de Calais tentent désespérément de passer le ChannelCôté travailliste, on se fait toujours majoritairement discret sur le sujet jugé épineux. Il faut pourtant relever deux exceptions. Yvette Cooper, candidate au Labour leadership et shadow secretary à l’Intérieur, en a appelé, comme nous l’avons déjà écrit, aux Nations-Unies. Son concurrent de gauche, Jeremy Corbyn, a défendu, de son côté, une approche plus humanitaire. Il a notamment déclaré : « Est-ce que nous abordons les questions internationales, dont les réfugiés, sur la base de notre capacité militaire ou en partant du principe que nous sommes tous des êtres humains sur une même planète ? »

Dans le plus grand silence médiatique, une partie de la population britannique apporte sa réponse aux questions soulevées par le désormais favori au leadership du Labour. Le site de crowdfunding JustGiving recense un nombre croissant d’initiatives appelant à la solidarité avec les migrants de Calais. Au 14 août dernier, selon un article du quotidien de centre-gauche The Guardian, JustGiving annonçait 2,500 donations en provenance de 32 pays pour cette seule cause. L’une de ces pages, initiée par un couple de Glasgow, a levé 3,000 livres alors que leur objectif initial était de 500.

Silvère Chabot

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