Parti travailliste : pas de trève pour Jeremy Corbyn

Changements dans la continuité au Labour party. La cuisante défaite du candidat Owen Smith soutenu par l’aile droite du parti l’été dernier n’a pas entamé la volonté des nostalgiques de Tony Blair, ils ont en revanche opté pour le contournement de Jeremy Corbyn. Comme le dit « à regrets » Tom Watson, le deputy leader, le membre du parlement pour Islington-North est le leader légitime, confirmé par sa large victoire face à Owen Smith.

Les choses ont cependant changé depuis la réélection de Corbyn. Selon Tom Watson, le numéro deux officiel du parti travailliste ne serait plus consulté sur les décisions clés ou sur la stratégie. Il affirme dans la presse qu’il « ne sait pas avec qui le leader du parti discute de la ligne politique ». C’est ce qu’il à répondu dans une interview au magazine GQ magazine, à l’ex spin doctor de Tony Blair, Alastair Campbell qui lui demandait à quelle fréquence il discutait de la stratégie et de la ligne du Labour avec le leader du parti.

“Je ne suis pas dans son comité stratégique,” a répondu Watson. Interrogé par Campbell qui voulait savoir qui en faisait parti, Watson à répondu: “Je ne sais pas,” déclenchant en réaction un  “Quoi ? C’est incroyable ». Aussi étrange que cela puisse paraître d’écarter le numéro deux du parti, qui lui a permis de concourir au leadership en 2015, il est pourtant logique de la part de Jeremy Corbyn d’écarter Tom Watson, compte tenu de ses prises de position de derniers mois et de ses tentatives de faire démissionner le leader du parti.

« C’est de cette façon qu’il dirige, a ajouté Watson. La seconde élection de Jeremy Corbyn signifie qu’il est le leader établi. Je suis au NEC et dans le Shadow Cabinet, mais il ne fait aucun doute que le prochain manifeste politique du Labour sera le sien. »

Pour autant,  il salue les prestations de Jeremy Corbyn lors des  PMQs, relevant : “il y a une chose qu’il fait vraiment bien, il ne se laisse pas aiguillonner. Il est toujours calme, il sait ce qu’il a à dire, il ne se soucie pas des réactions à la Chambre. Il reste concentré sur son message, vous devriez allez voir les réactions qu’il suscite sur sa page facebook.”

Pour Tom Watson, il ne fait pas de doute que Corbyn sera à la tête du parti jusqu’aux prochaines élections générales. Questionné par Campbell qui lui demandait si c’était une bonne chose, Tom Watson à répondu : « Cela n’a aucune importance, c’est la situation ».

L’aile droite du parti a donc décidé de changer de stratégie. Faute de pouvoir faire tomber Jeremy Corbyn avant les élections générales, la bataille se déplace du côté du syndicat Unite. Le premier syndicat du Royaume-Uni est l’un des principaux soutiens du leader du parti. Len McCluskey, son secrétaire général, remet son mandat en jeu en avril 2017.

« Red Len » a décidé de démissionner de son mandat pour renforcer sa position au sein de Unite après que son engagement en faveur de Corbyn ait suscité quelques remous au sein de l’appareil. McCluskey entend se faire légitimer par sa base dans une opération très classique outre Manche. S’il gagne, il est assuré de rester secrétaire général jusqu’à la prochaine élection générale. Ce serait un coup dur pour les Blairites qui sont déterminés à ne pas laisser faire.

L’aile droite du parti travailliste a jeté toutes ses forces dans la bataille en soutenant Gerard Coyne, le secrétaire régional de Unite pour les West Midlands. Leur argument est que le challenger de Len McCluskey prendra en main les « vrais problèmes » auxquels les travailleurs ont à faire face. Les Blairites affirment encore que les membres du syndicat n’auraient rien à faire des luttes intestines au Labour party, dont Unite est pourtant membre.

Len McCluskey est effectivement très actif dans la vie du Labour. Il bénéficie d’une réputation de faiseur de roi et, pour l’heure, n’a jamais mégoté son soutien à Corbyn. Pourtant, « Red Len » a réaffirmé ne pas donner de chèque en blanc à son allié politique. Il a ainsi glissé, en ce début d’année, que le leader travailliste pourrait devoir se démettre si les sondages lui demeuraient aussi défavorables.

Diane Abbott, membre du parlement pour Hackney et proche de Corbyn, a livré également une déclaration similaire.

L’impopularité du leader travailliste dans les sondages demeure son talon d’Achille. Ses opposants, s’ils se font plus discrets publiquement,  ne manquent pas de relayer une étude selon laquelle, en cas d’élections générales anticipées, le parti pourrait perdre jusqu’à 110 des 231 élus qu’il compte au Parlement. Le rapport soulève que le Labour se verrait
cantonné dans les circonscriptions urbaines et celles où l’industrie dominait, réduisant son score à 20 % des voix.

Selon le think tank à l’origine de l’étude, le Labour n’aurait pas d’autre choix que de proposer une large coalition rassemblant Libéraux-démocrates et SNP, une perspective qui a été rejetée par la direction du Labour.

Les derniers sondages d’opinion font état d’un Labour qui oscille entre
27 et 31 % de intentions de votes, tandis qu’au fil des élections partielles locales le Labour rassemble plus de 27 % des voix (contre 28 aux conservateurs).

La vénérable Fabian Society, qui se présente comme une boite à idées de gauche, mais apparaît comme proche de Progress, le think tank blairiste, charge Jeremy Corbyn. Selon la Fabian Society, le leader du Labour n’aurait pas de ligne de conduite jusqu’aux prochaines élections au point de rendre le parti inaudible.

« A la place du bruit et de la furie des douze premiers mois du leadership Corbyn, il y a du calme, de la passivité et de la résignation. Et sur le Brexit, la question politique majeure pour deux générations, la position du Labour est inaudible et inconsistante.”

En Ecosse où le Labour est plongé dans le marasme depuis longtemps, Kezia Dugdale ne fait pas porter la responsabilité des mauvaises sondages au seul Corbyn. Corbyn qui explique à qui veut bien l’entendre que les sondages sont mauvais depuis que nombre de représentants du parti étalent critiques et divergences en public.

La sortie de Dugdale démontre une nouvelle fois l’incapacité des opposants à Corbyn à présenter un front uni. Mais elle montre aussi que la jeune leader du Scottish Labour prend un peu de hauteur. En refusant d’entonner le refrain à propos d’un Corbyn responsable de tous les maux, elle joue sa propre partition pour renforcer sa position à la tête d’un parti écossais auquel le leader du Labour envisage d’accorder une plus grande autonomie.

Au final, la première grande faiblesse de l’aile droite travailliste demeure de ne pas réussir à faire émerger une figure rassembleuse pour relever, avec constance et méthode, le gant face à Corbyn. Elle se contente d’attendre le faux pas fatal du vétéran socialiste.

Dans ce contexte, les yeux se tournent vers la prochaine législative partielle à Copeland. Son représentant, Jamie Reed a démissionné pour travailler dans l’industrie nucléaire – à Sellafield – en tant que chargé des relations avec la communauté. La circonscription, qui envoie un membre du Labour à la chambre des Communes depuis 1935, serait en danger selon les sondages relayés par la presse. A Oldham, lors de la dernière élection partielle, les mêmes brandissaient la menace de victoire de UKIP sur le labour, il n’en a rien été.

Silvère Chabot & Nathanael Uhl

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