La Chambre des Communes s’offre un Brexit sans fin

UN BREXIT SANS FIN. Theresa May semble condamnée à revivre sans cesse le même vote. la deuxième fois, le projet de traité de sortie présenté par la Première ministre a été sèchement battu par la Chambre des Communes mardi 12 mars. Le lendemain, les parlementaires ont retoqué, à une courte majorité de quatre voix, la possibilité d’une sortie de l’Union européenne sans accord. Jeudi 14 mars, en conclusion, le Parlement a adopté une prolongation de l’article 50, demandant un délai supplémentaire avant, le cas échéant, le Brexit effectif. Ce faisant, ils ont accordé aux 27 dirigeants européens la décision sur l’avenir du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.

Les membres du Parlement ont voté, par 413 voix contre 202, en faveur du report du Brexit si un accord n’est pas conclu le 20 mars au plus tard. Deux échéances émergent dans ce cadre. La première impose aux Britanniques de trouver un compromis avant l’installation du nouveau parlement européen. Dans ce cas, la sortie effective de l’Union serait repoussée au 1er juillet, la prochaine assemblée de Strasbourg devant être installée le lendemain. Cependant, le texte adopté par la Chambre des Communes ne précise aucune date fixe. Donc, le Brexit pourrait être repoussé au-delà d’un an…

Les trois votes qui se sont succédé cette semaine montrent l’incapacité pour les parlementaires britanniques de s’accorder sur ce qu’ils veulent. La chambre des Communes a montré clairement qu’elle ne veut ni de l’accord proposé par Theresa May ni d’une relation avec l’Union européenne régie par les seules règles de l’Organisation mondiale du Commerce (la fameuse sortie sans accord ou hard Brexit). Mais il n’existe aucune majorité en faveur d’une solution de compromis.

Les partisans du hard Brexit forment une minorité de blocage qui fait face à un camp europhile favorable au maintien, aussi minoritaire mais plus composite. Les défenseurs d’un Brexit soft ne disposent pas plus de majorité. Témoin de cette impasse, le 14 mars, deux amendements défendant l’organisation d’un deuxième référendum ont été battus. Le premier, déposé par The Independent Group, issu de la récente scission du Labour, n’a obtenu que 85 voix. Le second, présenté par des backbenchers de plusieurs partis, a été repoussé par deux voix de majorité. Il ne disposait d’aucun soutien des principaux partis ni de celui de la campagne officielle en faveur d’une nouvelle consultation des citoyens.

La situation est rendue plus complexe par l’absence de leadership de Theresa May d’un côté et de Jeremy Corbyn de l’autre. Les deux figures supposées centrales de la scène politique britannique se montrent incapables de contenir les rebellions au sein de leurs camps respectifs. Ainsi, de nombreux élus travaillistes se sont affranchis de la consigne de vote du parti contre le second référendum. Auparavant, des élus conservateurs avaient bravé le whip posé par Theresa May pour voter contre l’amendement empêchant toute sortie sans accord. Pour autant, les parlementaires ne parviennent pas non plus à adopter un texte qui leur confère le pouvoir de décision sur les conditions d’une éventuelle sortie. Ce vendredi, Theresa May a fait savoir qu’elle proposera, une troisième fois, son projet de traité au vote des parlementaires le 20 mars prochain.

Les Européens ne cachent plus leur agacement face à l’incapacité du gouvernement britannique à faire adopter un texte qui a été, en grande partie, écrit par les négociateurs insulaires. Pourtant, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait savoir que l’Union européenne pourrait accorder à la Grande-Bretagne ce délai supplémentaire « afin que le Royaume-Uni puisse repenser sa stratégie sur le Brexit ». La décision sera prise lors du sommet européen qui se tient les 20 et 21 mars prochain. Le camp continental n’est pas opposé à la prolongation, même au-delà d’un an. Mais il réclame des éléments tangibles pour ce faire. En l’occurrence, soit un texte largement remanié soit un second référendum.

Dans ce contexte, la seule information nouvelle est que la Grande-Bretagne n’est plus maîtresse de son destin. La prolongation de l’article 50, portant retrait de l’Union européenne, est du seul ressort des 27. C’est le grand paradoxe d’un Brexit qui était sensé rendre au Royaume-Uni le contrôle de son avenir.

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