Liz Kendall, espoir déçu du camp blairiste

PORTRAIT. Si les quatre candidats au labour leadership sont les 4 fantastiques, Liz Kendall serait assurément la femme invisible. Malgré une campagne choc, l’espoir des blairistes traîne en dernière position dans tous les sondages ; c’est aussi elle qui a obtenu le moins de soutiens dans les constituency labour parties, les organisations de base du parti travailliste britannique. Ce n’est pas faute, pour celle qui était il y a peu une totale inconnue, d’avoir manqué de courage ni de détermination dans le choix de ses angles de campagne. La benjamine des quatre prétendants, Membre du parlement pour Leicester-West depuis 2010, était peut être un peu jeune pour assurer la course. Elle porte aussi le poids mort du blairisme comme un sérieux handicap dans un parti qui questionne sérieusement l’héritage de Tony le magnifique.

A priori, rien de prédisposait Liz Kendall a une carrière politique et, encore moins, à devenir une cadre travailliste. Fille d’une mère institutrice devenue directrice d’école et d’un autodidacte devenu cadre de la Bank of England après avoir quitté l’école à 16 ans, elle grandit dans le cadre verdoyant et tranquille d’un petit village des Home counties, la banlieue chic de Londres. Après un passage au Labour, son père a rejoint le parti libéral, pour lequel il a été conseiller municipal, élu en 1979 (il a depuis rejoint le Labour).

Bronzage, Wham ! et philosophie

Sa scolarité exemplaire au sein de la Watford Grammar School for Girls – où elle côtoie la future Spice Girl Gerri Halliwell – lui ouvre les portes du prestigieux Queen’s College de l’université de Cambridge où elle étudie l’histoire. Liz Kendall raconte qu’elle aurait préféré Manchester mais qu’elle a cédé à l’insistance de ses parents. Elle est la première de sa famille à rejoindre les bancs de l’université. Elle en retire la conviction qu’il faut travailler dur si l’on veut réussir. A l’époque, ses camarades la décrivent bronzant sur le toit de l’établissement, écoutant Wham ! et discutant de philosophie.

Liz KendallPourtant, c’est en 1992, avant de sortir diplôme en poche l’année suivante, qu’elle rejoint le Labour, le « cœur brisé » après la défaite du travailliste Neil Kinnock. En 1993, elle rejoint le think tank favori des tenants du New Labour, le Institute for Public Policies Research. En 1996, Liz Kendall fait un pas important en direction de la carrière politique en devenant conseillère de la membre du parlement Harriet Harman (aujourd’hui leader par intérim du Labour). Après la victoire de 1997, Harman prend la tête du secrétariat d’Etat à la Sécurité sociale dans le premier gouvernement Blair et Liz devient sa conseillère spéciale. Mais en 1998, son mentor est viré du gouvernement et Kendall prend la tête d’une organisation caritative, la Maternity Alliance.

Inconnue du grand public

En 2001, la jeune femme, qui ne cache plus ses ambitions, rate la désignation comme candidate aux élections générales. Cela ne l’empêche pas de revenir aux affaires, cette fois comme conseillère de Patricia Hewitt, qui cumule le ministère du droit des Femmes et le secrétariat d’Etat au commerce et à l’industrie. La relation entre les deux femmes est marquée par une grande connivence et la doyenne laisse Kendall lui succéder lorsqu’elle décide de ne pas se représenter dans sa circonscription de Leicester-West en 2010. Alors que le parti travailliste est battu par les conservateurs, Liz Kendall est élue avec une majorité de 4,017 voix. Dans le cadre du leadership rendu nécessaire par la démission de Gordon Brown, elle soutient David Miliband, qui le lui rend bien aujourd’hui.

Elue membre du parlement en 2010, Liz Kendall connaît une ascension fulgurante

Elue membre du parlement en 2010, Liz Kendall connaît une ascension fulgurante

La victoire du clan Brown et l’accession d’Ed Miliband à la direction du Labour n’empêche pas Kendall de prendre rapidement de l’envergure en rejoignant les frontbenches et le shadow cabinet, comme membre suppléant il est vrai, sur les questions d’aide sociale et de personnes âgées notamment. Malgré cela, elle reste globalement inconnue du grand public en dehors de sa circonscription. Aussi, c’est une surprise quand elle annonce sa candidature au leadership, trois jours après la défaite électorale de mai 2015 et la démission de Miliband. Elle bénéficie, dans ce cadre, du retrait de Tristram Hunt, autre MP blairiste et membre de la direction du think tank Progress.

« La Nation en premier »

Rapidement, elle va se démarquer en posant les questions qui fâchent, de son point de vue. Il faut lui reconnaître à Liz Kendall qu’elle n’y va pas par quatre chemins. Que ce soit avec ses adversaires ou avec les journalistes. Quand un plumitif d’un tabloid britannique la questionne sur son poids, elle lui répond, tranquillement, « fuck off ». Elle fait partie de cette minorité qui estime que le parti travailliste aurait été battu parce que trop à gauche, ne parlant pas au pays dans son ensemble. Elle réitère dans un des débats qui rythment la campagne officielle en vue de la désignation du nouveau leader du parti. Quand Andy Burnham assume que « le parti vient en premier, toujours », la réponse de Kendall fuse : « Non, c’est la nation qui vient en premier ». Dans un Labour marqué par un fort patriotisme de parti, c’est courageux. De même, dans un débat organisé par le Operation Black Vote, une organisation afro-britannique, elle n’hésite pas à asséner que « la situation critique de la classe ouvrière blanche » est sa « priorité ». Le désamour du Labour dans cette partie de l’électorat, qui a évoluée vers le vote UKIP, a poussé la candidate blairiste à assumer ses choix. Ce, même si elle confie volontiers adorer Public Enemy et Dr Dre, deux artistes de rap américains.

Entre les deux concurrentes à la direction du Labour, les rapports sont froids

Entre les deux concurrentes à la direction du Labour, les rapports sont froids

Cette franchise, à cent lieues des préoccupations politiciennes d’un Burnham ou d’une Cooper, a fait de Kendall l’autre pôle d’animation du débat politique au sein du parti travailliste avec son exact opposé : le candidat de gauche Jeremy Corbyn. Pourtant, la dynamique n’a pas pris et l’espoir du camp blairiste peut mesurer sa perte d’influence en termes d’idées dans la famille travailliste, 8 ans après la démission de Tony Blair. Kendall, elle-même, tâche de se départir de son apparentement politique. « On ne va pas rejouer Blair contre Brown, explique-t-elle en substance. Ce sont des histoires du passé et nous devons construire les réponses du futur. »

Las, l’étiquette d’héritière de Tony lui colle à la peau. Ses prises de position contre l’idéologie – « Ce qui compte, c’est ce qui fonctionne » -, son soutien à Harriet Harman quand cette dernière plaide pour l’abstention face aux mesures de restriction des aides sociales, ses propos favorables à la privatisation de certains secteurs du National Health Service alimentent, si besoin, le portrait d’une héritière décomplexée de feu le New Labour.

Nathanaël Uhl

A suivre : vendredi, dernier portrait des prétendants au leadership avec Jeremy Corbyn

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Bonus vidéo : Dr Dre – Still D.R.E.

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