Labour : Le temps long par obligation, mais pas sans complications

La crise survenue cette semaine à la tête du Labour party à la suite du second souffle donné au shadow cabinet par Jeremy Corbyn était difficile à éviter. La gauche du parti travailliste a été considérablement affaiblie par des années de coups portés sous Thatcher puis, en interne, sous le règne de Tony Blair. Aussi, lorsque Jeremy Corbyn est arrivé triomphalement à la tête du Labour, elle n’était pas en mesure de faire le ménage au sein de la direction du parti. Elle a pu se présenter et faire campagne pour le leadership du parti mais elle n’envisageait pas une seconde, en juin 2015, qu’elle serait en capacité de l’emporter.

C’est là que la stratégie du « temps long » s’impose, du côté de Mc Donnell et Corbyn. Pas question de jouer une partie de foot à l’ancienne en mode kick and rush, quand on tape le ballon et on rentre dans le lard de l’adversaire. La nouvelle direction n’en n’a pas les forces. C’est une partie d’échecs qui se joue, des échecs en trois dimensions même, selon l’expression de Corbyn lui-même. Au point, parfois, d’agacer les alliés syndicaux impatients ou les jeunes militants avides d’en découdre avec l’aile droite blairiste. Cela s’est illustré lors du débat sur les frappes aériennes en Syrie. Cela se reproduit sur la question de l’aménagement du cabinet fantôme qui a pris une place démesurée : trois jours pour un remaniement, somme toute mineur.

Jeremy Corbyn seul à la manoeuvreJeremy Corbyn, fidèle à ses habitudes, a pris le temps de discuter et d’écouter tout le monde, quand bien même la pression médiatique était plus élevée que jamais, au point de s’attirer les moqueries des Tories, trop contents de parler d’autre chose que la météo et des inondations. Pour « Jezza », peu importe que trois démissionnaires du cabinet organisent un coup médiatique afin de se faire connaitre. Cependant, l’entretien du buzz sur le remaniement par la communication du Labour à propos des changements dans le shadow cabinet se révèle inquiétant.

Ce choix a littéralement torpillé la campagne du parti sur les mesures nécessaires à la remise sur les rails des trains britanniques. La tentative de contre-attaque menée par l’équipe de John Mc Donnell contre la BBC, qui a effectivement créé un coup de toutes pièces autour des démissionnaires, n’a guère d’effet au delà des convaincus. Jeremy Corbyn s’est pourtant entouré de cadres expérimentés issus de l’entourage de Ken Livingstone, l’ancien maire de Londres.

LAbour Shadow CabinetLa prestation du leader du Labour lors des questions au Premier Ministre est l’autre victime collatérale des choix opérés par l’entourage du duo Corbyn-Mc Donnell. Elle est passée inaperçue alors que David Cameron s’y est retrouvé, une nouvelle fois, en grande difficulté. Il a éprouvé le plus grand mal à justifier les coupes budgétaires qui ont aggravé les effets des inondations dans le Yorkshire. D’ailleurs, le premier ministre préférait répondre à Jeremy Corbyn en évoquant le remaniement du cabinet fantôme…

Les grains de sable dans les rouages donnent l’occasion à la presse d’en rajouter sur le prétendue amateurisme de la direction. Les débats menés à leur terme par Corbyn apparaissent comme une incapacité à réagir rapidement et à communiquer vite pour contrer l’adversaire. Le temps de réaction de l’équipe de Corbyn est long, bien trop long. Il aurait fallu expliquer dès les nominations que désormais le cabinet compte 17 femmes sur 31 postes, au lieu de laisser filer 72 longues heures.

Dans la perspective des élections locales à venir au mois de mai 2015, on pardonnera à la direction actuelle ses hésitations si les résultats sont là. Dans le cas contraire, cela risque de tanguer à nouveau.

Silvère Chabot

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