« Save Dave » : premières ratées pour l’opération sauvetage de Cameron

Il faut sauver le soldat Cameron. C’est devenu une obsession pour l’équipe du Premier ministre, lequel a vécu, la semaine passée, sa pire période depuis qu’il occupe le 10 Downing Street. En proie à une guerre civile au sein du parti conservateur, qu’il a lui-même déclenchée, il est mis en accusation à propos de l’origine de sa fortune en marge du scandale Panama Papers. Les spéculations vont bon train alors que the Guardian a révélé, le week-end des 9 et 10 avril, que David Cameron avait reçu deux dons de sa mère en liquide, pour un montant de 200,000 livres. Samedi dernier, des milliers de personnes ont manifesté devant la résidence de fonction du premier ministre et d’autres militants de gauche se sont rassemblés devant le forum de printemps des Conservateurs.

C’est pourtant là que David Cameron a lancé la première étape de l’opération « Save Dave ». Il a fait acte de contrition devant les délégués tories quant à sa « mauvaise réponse » face aux allégations relatives au rôle de son père dans la mise en place d’un fonds offshore. Fonds dont il a lui-même bénéficié, lorsqu’il a vendu ses actions dans le Blairmore Holding Inc, réalisant un bénéfice de 19,000 livres.

« N’accusez personne, ni les conseillers, ni l’équipe du 10 Downing Street. Je suis le seul responsable de cette semaine horrible. J’aurais du, j’aurais pu, gérer les choses autrement », a déclaré David Cameron.

"Au secours", semble crier David Cameron lors du forum tory de printemps

« Au secours », semble crier David Cameron lors du forum tory de printemps

C’était avant que le quotidien de centre-gauche The Guardian ne révèle qu’aux 300,000 livres qu’il a touchées dans le cadre de son héritage, après le décès de son père, sa mère a ajouté deux dons directs d’un montant total de 200,000 livres. Cette donation de son vivant, autorisée par la loi, a permis tout de même à David Cameron d’éviter de verser 85,000 livres de taxes sur son héritage… La manœuvre fiscale touche au sujet sensible, au Royaume-Uni, de la morale. Elle a amené des ministres conservateurs, certes pas de tout premier plan, à considérer que le Premier ministre devait désormais « reconstruire la confiance avec le public ».

Cette mise en lumière des fonds perçus par Cameron a fait oublier son engagement à créer une task force pour réduire l’évasion fiscale. Cette force spéciale, qui devrait être dotée d’un budget de 10 millions de livres, aurait pour but de rassembler les spécialistes de la fiscalité et de la dissimulation pour réduire le blanchiment de fraude fiscale. Un malheur ne venant jamais seul, on apprenait ce lundi matin que le patron du HMRC, Her Majesty’s Revenues and Customs, organisme phare en matière de taxes, avait auparavant travaillé dans le cabinet qui conseillait le Blairmore Holding Inc… Et qu’il avait qualifié, en 1999, l’impôt comme étant une « extorsion légale ».

Plusieurs milliers de personnes rassemblées le 9 avril devant Downing Street

Plusieurs milliers de personnes rassemblées le 9 avril devant Downing Street

Décidément, rien ne réussit à Cameron en ce moment. C’est quand il a décidé de publier l’intégralité de ses déclarations de revenus pour la période couvrant sa présence à Downing Street, soit de 2010 à aujourd’hui, que l’information sur la donation maternelle est apparue. Il voulait se présenter comme « totalement ouvert et transparent » sur l’état de ses biens et couper court aux spéculations. Elles n’ont fait qu’empirer. Désormais, les médias britanniques multiplient les questions sur l’origine de ces fonds. Proviennent-ils, ou non, de placements offshore ? Les tabloïds de droite comme de gauche se déchaînent.

Le Premier ministre devait se fendre d’une déclaration solennelle ce lundi 11 avril à la Chambre des Communes, pour tenter de clore, enfin, cet épisode. Pas sûr que la presse lui fasse ce cadeau. Le Labour, de son côté, maintient la pression. Et si les appels à la démission se font plus discrets de la part de l’opposition travailliste, elle joue sur du velours. Jeremy Corbyn appelle à ce que tous les responsables politiques, membres du Cabinet en tête, publient leurs déclarations d’impôts et identifient les ressources qui, éventuellement, proviendraient de fonds offshore.

Pour Corbyn la période est plutôt fastePour donner l’exemple, Kezia Dugdale, leader du Scottish Labour, a publié la sienne samedi 9 avril. Elle a mis au défi ses homologues écossais de faire de même. Dans la foulée, la leader des Scottish Tories a publié la sienne et, dimanche, la première ministre Nicola Sturgeon a rendu publics ses propres revenus. A cette heure, ni Jeremy Corbyn ni John McDonnell, shadow Chancelier de l’Echiquier, n’ont communiqué leurs déclarations d’impôts. A leur décharge, George Osborne, numéro deux du Cabinet et chancelier de l’Echiquier en titre, résiste toujours à la pression qui grimpe pour qu’il suive le mouvement de transparence qui semble, enfin, gagner la classe politique du Royaume-Uni.

Alors que l’opération « Save Dave » semble bien mal démarrer, Cameron a tenté de profiter du forum de printemps des Tories pour sécuriser son avenir à Downing Street. Une gageure puisque le premier ministre a annoncé, avant même son élection surprise en mai 2015, qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Annonce qui l’a considérablement fragilisé, presqu’autant que sa décision de convoquer un référendum pour décider du maintien ou non de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. Des informations ont filtré ce week-end faisant état de tractations secrètes entre les équipes de Cameron et de Boris Johnson, candidat quasi déclaré à la succession. L’actuel premier ministre proposerait au maire de Londres de rejoindre le cabinet avec un « top job », soit la santé, soit l’Intérieur… tandis que Michael Gove, ami personnel de Cameron mais aussi figure de proue du Brexit, pourrait se voir proposer un poste de premier ministre adjoint…

Sera-ce suffisant pour calmer les appétits de Boris Johnson qui bénéficie d’une popularité très importante parmi les adhérents du parti conservateur ? Rien n’est moins sûr. « Bo Jo » n’est pas connu pour son sentimentalisme et frapper un homme à terre n’est pas grand-chose pour celui qui est capable de sécher un enfant japonais dans une démonstration de rugby. Pour Cameron, le choix sera, à la fin, soit de passer la main à son rival historique, en sacrifiant son protégé Osborne, soit de convoquer des élections générales anticipées. Un pari hasardeux quand il s’agit juste de sauver son image personnelle.

Nathanaël Uhl

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