Labour party : basses eaux pour Jeremy Corbyn

SALE TEMPS POUR JEREMY CORBYN. Le leader du parti travailliste se trouve confronté à une succession de mauvaises nouvelles que ce soit sur le plan personnel, politique ou organisationnel. Une biographie récente étrille un personnage « incapable de diriger le parti et encore moins d’être premier ministre« . Il se trouve confronté à une nouvelle rébellion de la part des membres labour du parlement sur fond de Brexit. Enfin, les finances du parti plongent dans le rouge alors que les effectifs sont orientés à la baisse et que les syndicats revoient leurs donations à la baisse.

Pourtant, en juin 2018, le parti travailliste était, pour la première fois depuis deux décennies, le plus riche de Grande-Bretagne. A l’occasion des élections générales de 2017, il avait réussi à lever 55.8 millions de livres en un an, soit 10 millions de plus que les conservateurs sur la même période. Les adhérents, alors au nombre de 575,000, portaient cette dynamique. Outre le montant de leur adhésion, ils abondaient les campagnes de levée de fonds. Au coeur de la campagne électorale, le Labour pouvait engranger 500,000 livres de dons par jour.

 

Quelques mois plus tard, la courbe s’est inversée. Le 1er février dernier, Jennie Formby, la nouvelle secrétaire générale du Labour, a présenté un rapport financier devant le National Executive Committee (le comité exécutif national, organe de régulation et de direction du parti). Selon les prévisions, le Labour va finir l’année avec un déficit cumulé de 25 millions de livres. Un retour aux dérives financières de l’ère Blair-Brown, que le prédécesseur de Jennie Formby, Iain McNicol, avait mis quatre ans à résorber.

Derrière les chiffres se cachent une baisse brutale du nombre d’adhérents mais pas que. Depuis son accession au leadership du parti travailliste, Jeremy Corbyn a diligenté ses équipes pour remplacer les permanents du parti recrutés majoritairement sous les mandats de Tony Blair et Gordon Brown. Suspects a priori de manque de loyauté vis à vis de la nouvelle équipe, ils ont été remerciés pendant que des proches de Corbyn prenaient la place. Les effectifs ont également reculé de manière impressionnante, pour atteindre 512,000 membres fin janvier 2019. A l’heure actuelle, le Labour perd 6,000 adhérents par mois. Enfin, le festival mêlant musique et politique, Labour Live, tenu samedi 16 juin 2016, a connu un succès d’estime avec « 13,000 billets vendus en pré-réservation » et « bien plus le jour même« , selon le parti. Mais le résultat financier pèse sa part dans le déficit actuel.

Ce retour aux « années dette » jette un voile délicat sur la gestion corbynite du Labour. « Afficher un tel déficit, quand on prétend diriger le pays, c’est délicat« , glisse, sous couvert d’anonymat, un membre travailliste du parlement au HuffingtonPost UK. La brutalité du revirement ne manquera pas d’être utilisée par les détracteurs du leader. Ces derniers ne manquent pas d’arguments pour le tacler. Outre les partisans du maintien dans l’Union européenne qui dénoncent sa frilosité pour lutter contre le Brexit, Corbyn est toujours mis en cause pour sa gestion de l’antisémitisme au sein du parti travailliste.

Selon Jennie Formby, qui a promis de s’atteler à cette tâche, ce sont 673 cas d’antisémitisme qui ont été signalés en dix mois au National Executive Committee. Répondant aux pressions d’une partie des membres du parlement, elle a affirmé que 96 adhérents ont été suspendus du Labour entre avril 2018 et janvier 2019 pour cette raison. Par ailleurs, 12 ont été exclus. Selon le NEC, 211 enquêtes sont en cours et 44 personnes mises en cause ont quitté le parti de leur propre chef.

Même si c’est la nième d’une longue série depuis son élection à la tête du Labour, la rumeur d’une scission « centriste » revient sur le devant de la scène. Mardi 5 février, l’ancien chef d’état-major de Tony Blair, Jonathan Powell. Le dîner a été marqué par la présence, au sein des 50 invités, de l’écrivaine JK Rowling, auteur de la série Harry Potter et adversaire déclarée du membre du parlement pour Islington North. Les hôtes ont évoqué la création d’un parti « blairite » (sic) après le Brexit et affirmé qu’il pourrait gagner 100 sièges dès la prochaine élection générale.

Deux jours après ce dîner, Owen Smith, un temps challenger malheureux de Jeremy Corbyn, a annoncé qu’il pourrait quitter le Labour sur la question du Brexit. Pourtant, le membre du parlement pour Pontyprid ne fait pas partie de ceux dont le nom est cité fréquemment comme tentés par le départ. D’autres noms circulent mais, ce n’est pas rien, trois des plus avancés : Angela Smith, Chris Leslie et Luciana Berger, ont démenti fermement la rumeur. Concernant la dernière, membre du parlement élue à Liverpool, rien n’est simple puisque son Constituency Labour party envisage de la désélectionner.

Enfin, la perspective d’une scission est alimentée par la baisse du Labour dans les sondages. Les dernières enquêtes d’opinion concordent, qui placent les Tories en tête des intentions de vote en cas d’élections générales anticipées. Selon The Observer, l’édition dominicale du quotidien de centre-gauche The Guardian, les conservateurs disposeraient désormais de 7 points d’avance sur les travaillistes, lesquels encaissent un recul de 6 points. On comprend mieux pourquoi les backbenchers tory rechignent bien moins au retour aux urnes qu’il y a quelques semaines.

Dans ce contexte, Dangerous Hero, la biographie à charge écrite par Tom Bower et dont les bonnes feuilles ont été publiées par le tabloid de droite Mail On Sunday, constitue le moindre mal pour Corbyn. Il y est accusé de s’inspirer des dirigeants soviétiques, d’avoir secrètement souhaité la victoire du Brexit et de ne pas savoir mener ses affaires personnelles. Tom Bower et le tabloid se satisfont de cela pour qualifier le leader travailliste comme étant « inapte au pouvoir ». Mais, au final, ce pamphlet pourrait faire le jeu de « Jezza », comme l’appellent affectueusement ses supporters. Sa virulence en disqualifie le propos. Le soutien des tabloids de droite, qui en ont tous repris de larges extraits, pourrait aussi ressouder les rangs de la base travailliste. Comme toujours, elle préfère laver son linge sale en famille.

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