PMQs : entre grève des internes et recul sur les académies, Cameron à bout de souffle

C’est dans un contexte social particulièrement tendu que la séance des questions au Premier Ministre s’est ouverte mercredi 27 avril. Les internes de médecine – les Junior doctors – étaient en première ligne et fortement mobilisés contre le projet du secrétaire d’Etat à la Santé Jeremy Hunt. Deux jours de grève totale avec 78 % des concernés qui ont cessé le travail, 20.000 manifestants dans la rue le 26 avril, un large soutien de l’opinion… pas de doute, David Cameron était attendu au tournant. D’autant que, de son propre aveu, les séances de questions n’ont rien d’une partie de plaisir. Le premier ministre britannique est secoué par sa propre majorité sur le Brexit, touché par le scandale des Panama Papers, et mis en difficulté sur l’académisation  forcée des écoles laquelle est loin de convaincre, y compris dans les rangs conservateurs.

La séance s’est ouverte sur les conclusions de l’enquête sur le « désastre d’Hillsborough ». Jeremy Corbyn, leader de l’opposition, a déclaré qu’après 27 ans, justice était enfin rendue aux 96 victimes d’Hillsborough. Il s’est félicité des excuses présentées par le premier ministre concernant les actions menées par le gouvernement de l’époque, dirigé par la conservatrice Margaret Thatcher. Il a salué les familles ainsi que les membres du Parlement Andy Burnham et Steve Rotheram ainsi que les autres parlementaires qui ont mené campagne.

Andy Burnham lors des PMQs sur l'enquête HillsboroughLa secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Theresa May, s’est montrée claire sur le sujet. Elle a annoncé que des poursuites judiciaires seraient engagées d’ici à la fin de l’année contre les policiers impliqués. Quelques heures plus tard, on apprenait que le chef de la police du South Yorkshire, unité mise en accusation, a été suspendu. La Home Secretary a particulièrement déploré que la police n’admette toujours pas la réalité. Andy Burnham, secrétaire à l’intérieur du cabinet fantôme et leader de la campagne aux côtés des familles des victimes de Hillsborough, a répondu à Theresa May, avec un discours particulièrement salué par les Liverpuldiens :

« Pendant 27 ans, il y a eu dissimulation. Le verdict est simple, clair, puissant et marqué par l’empathie. Mais comment une chose aussi évidente a pris tellement de temps ? En premier lieu, la police a dissimulé ses propres actes. Il y a aussi eu collusion entre les forces de l’ordre et la presse écrite. Enfin, le système judiciaire a failli. »

Dans la continuité de la précédente séance de questions au Premier ministre, Jeremy Corbyn a concentré ses six questions sur l’éducation, dans un contexte où le gouvernement commence à amorcer un recul sur la privatisation forcée des écoles. Mais Cameron ne renonce pas et espère forcer la généralisation. Comme nous l’avons relevé le 26 avril, les chiffres ne plaident pas en faveur du projet du Premier ministre : 86% des écoles gérées par les autorités locales sont évaluées comme « bonnes » ou « très bonnes » contre seulement 82% pour les academies, selon l’observatoire officiel sur le sujet.

Jeremy Corbyn pmqsLa semaine passée, Corbyn avait taclé David Cameron sur le sujet, rappelant tous ceux qui s’opposent à la privatisation des écoles : les enseignants, les parents, les directeurs d’école et « même les élus locaux ou les parlementaires » conservateurs. Mercredi 27 avril, le leader travailliste a relevé que le gouvernement s’apprêtait à « gaspiller 1,3 milliards de livres, dans une réorganisation verticale imposée du haut » et qui « ne figure pas dans le programme électoral » des tories.

Le membre du parlement pour Islington-North a donc demandé à David Cameron : « qui soutenait son projet d’académisation forcée ? ».
Le premier ministre a cité le leader de l’observatoire sur l’enseignement, l’OCDE et les patrons des academies. Or, le premier a signé un rapport au vitriol sur le sujet tandis que l’OCDE a émis plus que des réserves sur le sujet… Jeremy Corbyn a donc demandé à son interlocuteur, lors de la dernière PMQs en date, s’il envisageait de passer en force en inscrivant la privatisation dans le discours de la Reine. David Cameron a répondu, sèchement :

« Nous allons mettre en place des academies pour tous et cela figurera dans le discours de la Reine. »

Corbyn et McDonnell lors de la manifestation des junior doctors le 26 avril

Corbyn et McDonnell lors de la manifestation des junior doctors le 26 avril

Cameron devra, pour ce faire, passer par dessus le puissant lobby des backbenchers tories réuni au sein du 1922-committee, qui a sommé Nicky Morgan, secrétaire d’Etat à l’éducation, de venir s’expliquer sur le sujet. Le syndicat des enseignants a annoncé qu’il était prêt à appeler à la grève si le gouvernement maintenait son projet. Jeremy Corbyn a eu tout loisir de faire le lien entre la réforme de l’éducation et la manière dont le secrétaire d’Etat à la santé gère le conflit sur le nouveau contrat des Junior Doctors : 

« Ce gouvernement n’écoute personne et cherche systématiquement le passage en force. »

Finalement, David Cameron a trouvé une planche de salut en profitant des derniers remous au sein du parti travailliste. Alors que la membre du parlement Naz Shah a été démise de sa fonction de secrétaire parlementaire privée du shadow chancelier de l’Echiquier, après avoir proposé, en 2014, que les Israéliens soient envoyés aux Etats-Unis pour « régler le conflit entre Israël et la Palestine », le premier ministre a accusé le Labour de complaisance au sujet de l’antisémitisme. Il a jugé « assez extraordinaire » que la jeune parlementaire de Bradford n’ai pas été exclue du parti travailliste en raison de propos qu’il a qualifiés de « racistes ».

Naz_ShahQuelques heures plus tard, Jeremy Corbyn a fait connaître sa position sur le sujet. Il a précisé, pour commencer, que Naz Shah avait été suspendue du Labour. Après avoir qualifié les propos de la jeune femme comme « offensants » et « inacceptables », il a réaffirmé :

« Le parti travailliste est farouchement opposé à l’antisémitisme et à toutes les formes de racisme ».

Jeremy Corbyn aurait pu se passer de cette polémique. La réticence vis à vis des mesures disciplinaires de celui qui a enfreint à 577 reprises les consignes du parti a eu pour conséquence d’offrir un bol d’oxygène inespéré à un David Cameron acculé à la défensive. Il aurait été bien plus simple de suspendre Naz Shah d’emblée puis de mener une enquête afin de prendre les décisions définitives qui s’imposaient. Ken Livingstone qui s’est exprimé publiquement tout au long de la journée dans les médias pour la défendre a également fait l’objet d’une suspension du Labour Party.

Silvère Chabot


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